mardi 29 mars 2005

L'art d'offrir de la résistance

Nous sommes en 2005 après Jésus-Christ. Tout le Québec étudiant est occupé à user son pantalon sur l’asphalte et à scander des slogans idiots dès qu’un journaliste épaule sa caméra... Tout? Non! Un cégep* peuplé d’irréductibles Anglois tend toujours les fesses et relâche ses muscles pour mieux accueillir son gouvernement de droite.

Devinez où j’enseigne?

Heureusement, quelques étudiants marginaux (j’en connais 2 ou 3, je les chéris!) ont obtenu de leur association étudiante un vote général sur la grève (asso qui avait déjà, à huis clos, rejeté la grève!) Ainsi vote il y aura… le 5 avril! Et si jamais une étincelle de solidarité sociale s’échappait alors de la marge bourgeoise occidento-montréalaise, la grève serait pour le 11 avril. Ou le 12. Ou «don’t know yet». La maison brûle? Attendons voir si le feu s’éteindra de lui-même…

Quand le gouvernement pliera, ils raconteront à leurs enfants comment fiers ils sont de leur passé au sein de la résistance, comment grâce à eux leur pays diffère des U.S.

Et je vous jure qu’ils pensent que le film Elvis Gratton se moque des Franco-québécois «séparatisses».


* Pour les non-autochtones, le cégep (collège d'enseignement général et professionnel) correspond à la dernière année du lycée et la première universitaire.

lundi 28 mars 2005

Saoul âgé

Je bois plus que j’aboie
je saoule plus que j’enivre
je grisonne plus que je grise
je dégueule plus que je gueule
mais je gueule de bois plus qu’autres foies.

Tout ça ne me rassure guère
sur les vers qui espèrent
se délecter de ma dernière bière.

dimanche 27 mars 2005

Aphorisme

L'article de la mort est un déterminant singulier.

Le Thème de la semaine

Cette semaine, côté collectif, on revient à la vieille formule.
Toujours un texte à écrire sans contrainte aucune.
Le thème de cette semaine: Poisson d'avril!
Envoyez votre texte à : voyerca@videotron.ca avant le dimanche 3 avril, 20h (heure de Montréal)
Vous pouvez lire les textes reçus sur la page de Coïtus Impromptus.

mercredi 23 mars 2005

Déjà un trou, pourtant il était neuf.

Texte écrit pour le collectif Coïtus impromptus

Déjà un trou, pourtant il était neuf. Ce matin, madame Fleurie avait oublié l’étiquette après son slip à motif. Et cet après-midi, un trou. Faudrait un jour qu'elle me raconte ses journées... Puis passe un mec. Sans intérêt. Puis madame Fesses. Mmmmm..., madame Fesses. Toujours frais rasée. Mais il faut se méfier des femmes qui ne portent pas de culotte sous leur jupe; toutes des menteuses. Ou des avocates, c’est selon. Puis passe une adolescente qui me semble bien galbée, une brunette je crois. Pas clair sous cet angle. Elle est attifée d'un pantalon qui, de plus, est mal ajusté, la conne.

- Hey la jeune, tu pourrais pas porter une jupe comme ta mère? C’est le printemps, dis-je en chantant.

Surprise, elle lance un cri, me crache au visage et déguerpit en se cachant les fesses.

- T’as un pantalon, épaisse! J’ai pas les lunettes rayons X de Bazooka Joe...

Je ricane un peu. J’essuie le morviat sur ma joue avant de réinstaller la couverture sous ma tête et de retourner au spectacle. Madame Brésil arrive vêtue de sa jupe rouge. Hé! Hé! Dire que la plupart des passants qui me voient ainsi couché tout aviné sous l’escalier métallique s’attristent de mon sort. Les cons.

Qu’elles sont douces, les joies de mai, au travers les lames d’une marche d’escalier.

dimanche 20 mars 2005

Prise 4

Déjà le quatrième appel pour le collectif!

Cette semaine, on innove un brin:

Toujours un texte à écrire sans contrainte de genre ni de longueur.
Cependant, votre texte devra obligatoirement COMMENCER par la phrase suivante:
Déjà un trou, pourtant il était neuf.

Envoyez votre texte à : voyerca@videotron.ca avant le dimanche 27 mars, 20h (heure de Montréal)
Vous pouvez lire les textes reçus sur la page de Coïtus Impromptus

Les paris sont ouverts quant à savoir quel jeu de mots fera Patrick cette semaine...

jeudi 17 mars 2005

Aphorisme

Une excitation, c'est une citation tirée d'un roman d'Anaïs Nin.

mercredi 16 mars 2005

Renaissance

Texte écrit pour le collectif Coïtus impromptus

On s’était donné rendez-vous dans un de ces cafés à la mode. On ne s’était pas vus depuis cinq ou dix ans. Pas clair. Un livre rouge à la main, je lisais des mots, toujours les mêmes, sans chercher à les comprendre : «Les stéréotypes sont indispensables à la conservation de la moimére llecovite fjhy akdooop...» Chaque fois la lune après deux lignes. J’étais sur le point de ne jamais finir ce livre quand je l’ai tourné face contre table. Cesaria Evora gémissait dans les haut-parleurs. 13h20. Elle était en retard, comme autrefois.

Mai s’abattait sur Montréal, mais il aurait bien pu être novembre tant je m’en foutais. Ariane m’avait quitté il y a dix ans, par dégoût ou par soif, je ne l’ai jamais su. Aujourd’hui ne m’apportera pas plus la réponse. L’heure n’était pas au règlement de compte mais à son besoin d’être rassurée, de constater que ce qu’on a mis de côté au fil des ans est devenu chauve, a pris du poids, a perdu des dents. Je savais qu’elle m’embrasserait un peu froidement, avec cette retenue que je n’avais jamais su apprivoiser. Je savais que je dirais n’importe quoi pour avoir l’air bien, heureux, serein. Elle m’écouterait à moitié en se disant que je disais vraiment n’importe quoi. Je savais surtout qu’après une heure, elle se plaindrait doucement qu’elle est si occupée, que son temps est compté, que Ciao! C’tait cool de te revoir... Après dix ans, je n’aurais droit qu’à soixante minutes. Pas plus. Une heure pour montrer mon sourire avec des trous, les cicatrices sur ma poitrine, ma cirrhose. Une heure de sons avec la bouche pour un parfum sordide du passé. Une heure à me dire tout bas de me la fermer. Et elle partirait, soulagée de ne plus être avec ce con. 13h25. Elle était toujours en retard. Je m'y attendais. J’en ai profité pour partir avant de devenir une abordable consolation à sa solitude.

Dehors, des oiseaux chantaient, et la première jupe qui est passée m’a souri. Le printemps pouvait revenir.

mardi 15 mars 2005

Question existentielle

Si Dieu était sur le Plateau, est-ce qu’on le louerait plus qu’ailleurs?

lundi 14 mars 2005

Nouveau Look

Merci Patrick de m'avoir fait perdre 1 heure à gosser sur mon /$%?&* de blog!
Mais je me sens frais, plus jeune, plus hip!
C'était ça ou un string dans un jeans taille basse...

dimanche 13 mars 2005

Collectif, Part III

Le thème de la semaine pour le collectif:
Renaissance
Aucune contrainte, ni en genre ni en longueur
Envoyez votre texte à : voyerca@videotron.ca avant le dimanche 20 mars, 20h (heure de Montréal)
Les textes seront affichés ici.

vendredi 11 mars 2005

L'Être et le néant

Texte écrit pour le collectif Coïtus impromptus

En 1905, Églantine et Firmin travaillaient pour se nourrir, allaient à l’hôpital quand le petit dernier faisait 108 de fièvre, s’habillaient pour cacher leur peau, et faisaient de l'exercice en courant après leurs onze marmots. Quand on leur demandait « P’is? À part de ça? », ils répondaient en souriant que le printemps s’en venait et que mémé n’était pas encore sénile.

En 1940, Jacqueline et Maurice travaillaient pour la patrie, allaient à l’hôpital visiter fiston qui avait reçu un éclat d’obus, s’habillaient pour se tenir au chaud, et faisaient de l’exercice en s’agenouillant, en se levant, en s'assoyant, en s'agenouillant à nouveau devant l’autel. Quand on leur demandait « P’is? À part de ça? », ils répondaient qu'ils avaient reçu une carte postale d'oncle Gaston posté en Normandie, et qu’on finirait bien par les avoir, ces foutus Allemands.

En 1970, Louise et Michel travaillaient seulement pour la commune (et encore!), allaient à l’hôpital que pour de rares overdoses, ne s’habillaient pas ou très peu, et faisaient de l’exercice en faisant l’amour pendant des spectacles en plein air. Quand on leur demandait « P’is? À part de ça? », ils répondaient que le champignon s’en venait, mais qu’ils construiraient une arche avec des cochons, des vaches et des amis.

En 2005, Brenda et William travaillaient afin d'avoir de l’argent pour pouvoir se faire beaux, allaient à l’hôpital se faire refaire des parties du corps pour être beaux, s’habillaient pour être beaux, et faisaient de l’exercice pour être beaux. Quand on leur demandait « P’is? À part de ça? », ils ne savaient pas quoi répondre.

mercredi 9 mars 2005

Attention, je vous écoute...

"Pourquoi six ça s'écrit avec un z?"
Véronique Boily (un peu fatiguée à ce moment, je tiens à souligner)

Rinvitation

Prise 2!

Écrivez un texte ayant pour thème
L'Être et le néant

Aucune contrainte, ni en genre ni en longueur

Envoyez votre texte à : voyerca@videotron.ca
avant le dimanche 13 mars, 20h (heure de Montréal)

Les textes seront affichés ici.

lundi 7 mars 2005

Les Anges qui bouffent l'univers

Je reviens de quelques jours de bois, de montagnes, d’amis et d’enfants. Nous étions «dans le nord», à Saint-Adolphe-d’Howard, ou d’Aweure, comme le disait Charles-Édouard, du haut de ses trois pommes, entre deux courses de la cuisine au salon. Un jour, quelqu’un devra m’expliquer comment un être humain grand comme quelques fruits peut contenir autant d’énergie.

Toujours est-il qu’après courir partout en proposant toutes sortes de jeux, le passe-temps favori de Charlot était de déneiger l’entrée. Comme il a beaucoup neigé, il a été servi. Une fois l’entrée libérée de sa neige folle, on a joué au hockey lui et moi. Mais au fond des bois, ce n’était pas nous qui jouions, mais Ken Dryden (avant qu’il ne soit politicien!) et Wayne Gretzky. À la fin, trop fatigués pour une xième prolongation, on s’est couchés dans la neige pour faire des anges, la bouche ouverte, des flocons sur la langue. Je vous jure que samedi matin, entre deux arbres, couché dans la neige, j’ai bouffé une partie de l’univers.

En attendant que la neige fonde, certains la pelletent, d’autres skient dessus. Moi, je me prends pour un vieux joueur de hockey, j’essaie d’arrêter les tirs d’un enfant qui finira un jour ou l’autre par me déjouer en riant, et je fais des anges.

mercredi 2 mars 2005

La Fascination du pire

Texte écrit pour le collectif Coïtus impromptus

Depuis ce matin, je l’écoute, l’oreille au plancher. La grosse voisine d’en bas a encore disjoncté et menace de castration le gnome qui lui sert de mari. Elle crie à qui ne veut pas l’entendre qu’il ne sait pas à qui il a affaire, qu’elle le fera mettre en prison, qu’elle a une quatrième année, elle, et qu’en plus, les femmes sont plus matures, ce qui lui fait une bonne sixième. Gna gna. J’entends ses sornettes et ça ne me rassure guère sur la race humaine.

Depuis ce matin, je me voûte, le corps au plancher. L’épaisse greluche est reconnue par tout le quartier pour ses rages aussi criardes que divertissantes. J’imagine la gueularde rouge de colère, à la limite de l’éclatement, ce qui, avec ses crinolines démodées et son décolleté hadal, lui a mérité le surnom de Boudin rouge. J’entends mais déjà je n’écoute presque plus.

Depuis ce matin, je m’égoutte, le moral au plancher. Mais plus pour longtemps, car mon regard est vide et mes veines le sont tout autant.

lundi 28 février 2005

La Promesse des rails

Éric a fait le tour de Bruges sans y penser, tel un chien sans odorat, à la manière de ces turbo-touristes à forfait «douze villes en une fin de semaine». Une heure trente. Peut-être moins. Gare, prison, moulin, boutique de dentelle, bistro et pinte de blanche parce que ce serait sacrilège sans. C'était partout beau à rendre malade. Il a essuyé sa moustache de bière et est revenu à la gare en se faufilant entre les 15843 vélos du stationnement. Ce jour-là, il aurait voulu voir Aryane. Mais il fuyait, il coulait. Depuis des jours, des hyènes lui grignotaient le coeur.

Il a consulté l’horaire des trains du côté flamand. De toutes manières, même en français, il ne comprenait rien depuis des mois. Le prochain train pour Bruxelles passait dans quarante minutes. Il s’est assis sur un banc du quai, au bout de la voie, le bout par lequel il croyait que le train arriverait. Il a regardé l'horloge. Encore trente-neuf minutes. Il était dans une des plus belles villes du monde, il faisait beau comme c’était interdit en Belgique, et Éric tuait du temps à mains nues en regardant des voies ferrées faire semblant de se rejoindre à l’horizon. Les rails font des promesses qu'ils ne savent tenir.

Sur un banc à sa droite, des amoureux s’embrassaient. Ils n'entendaient pas les hyènes rigoler tout près.

vendredi 25 février 2005

Invitation générale!

À tous les intéressés, blogueurs ou pas!

Écrivez un texte ayant pour thème

La Fascination du pire


Contrainte: aucune!
ni en genre
(poésie, biscuit chinois, nouvelle, histoire vécue, chèque personnel à mon nom, etc.)
ni en longueur
(10 mots, 1000 mots... Personnellement, je suis de cette génération qui zappe dès que le texte est plus long que deux écrans, mais bon...)


Envoyez votre texte à Catherine à l'adresse suivante:

voyerca@videotron.ca

avant le dimanche 6 mars, 20h (heure de Montréal)

Ceci n'est pas un concours. Juste du gros plaisir de lire nos créations.
Les textes seront affichés ici.

Voilà, c'est parti!

Attention, je vous écoute...

Lapsus qui en dit long (changez le o pour un p):

«Il faut que j'envoie mon manuscrit de thèse afin qu'il soit oublié.»
Katri Suhonen

mercredi 23 février 2005

Grossièreté-lé

Presque toutes les semaines, je vais faire un tour au Lion d'or voir les comédiens de la LIM (ligue d’improvisation montréalaise). Habituellement, je note un des thèmes d’improvisation, question de me mettre au défi. Puis, dès que j’ai deux minutes, je ponds un petit texte en lien avec ce thème. L’Homme des banalités était un de ces thèmes. Cette semaine, j’ai pris en note: La Fascination du pire.

Pour l’instant, je vous avoue être trop absorbé par l’émission de télé-réalité américaine où des gros doivent maigrir le plus rapidement possible pour écrire quoi que ce soit. Mais je vous jure, dès que je sors de mon ahurissement, j’écris un texte. En caractères gras.

mercredi 16 février 2005

Aphorisme

Parfois, quand quelqu'un meurt, ce sont les autres qui reposent en paix.

Trois minutes de poésie

Hier soir, j’ai passé quelques heures à la Casa del Popolo. Soirée Shift de nuit, animée par un Tony Tremblay maître de cérémonie et de la situation, qui nous prévenait d’entrée de jeu que «c’est noyés que nous mourrons». On était avisés. Il était 23h.

La règle était simple : chacun a trois minutes de micro. Moins long que pour la plupart des hits radio. Trois minutes pour faire valoir sa voix d’Amérique, pour faire sentir sa prose, pour clamer sa poésie à une salle qui essayait de tout saisir. C’était malheureusement sans compter sur Boisvert, le vieux poète qui, maintenant parvenu à la reconnaissance générale, se foutait de tous en parlant plus fort que les trois minutes de micro, en n’écoutant personne, en éructant des bêtises et en échappant son alcool sur ceux qui essayaient d’écouter. C’était sans compter sur cette faune qui toisait quand on lui demandait un peu de respect pour celui ou celle qui tremblait un peu de nervosité au micro, qui n’avait que trois minutes pour crier ses mots. Au travers le brouhaha, on a entendu Vaillancourt marcher dans sa poésie avec des bottes hautes, Marie-Sissi Labrèche lire vite vite, à la course, en un souffle court, un bout de son troisième roman, et Shawn Cotton danser sur ses mots avec un plaisir évident. Puis des trois minutes de tout et son contraire, des trois minutes suaves, des trois minutes imbuvables, des émules claudicants de Francoeur et Duguay, d'autres uniques et sans pareils.

Hier soir, j’ai passé plusieurs dizaines de trois minutes à la Casa del Popolo. Des trois minutes où des créateurs lançaient leurs mots choisis dans une mer de mots anodins, n’importe lesquels, que se lançaient vaniteusement quelques caricatures de poètes sans écoute venues faire acte de présence. C'est pourtant une bonne idée que ce Shift de nuit. Il parait que samedi dernier, c’était du plaisir pur. Hier soir, j’ai malheureusement passé trop de trois minutes à rager contre des poètes qui écrivent bien mais écoutent mal. Comme le disait Jean-François Domingue : «Il y a beaucoup d’amants de la langue, mais très peu de maîtresses de l’oreille

Mais j’apprends pas vite et j’y retournerai. Parce que trois minutes, c’est court et parfois très bon. Et contrairement à leur poésie, les vieux poètes irrespectueux finissent immanquablement par mourir.

lundi 14 février 2005

L’Homme des banalités, première partie

Je suis né dans une maison située tout juste après la voie ferrée, en sortant du village. Les trains du CN qui y passaient empêchaient tous les non-indigènes de dormir. Même la gardienne, qui ne venait pourtant pas de très loin, se réveillait en sursaut quand le métal des roues du train frottaient l’intérieur des rails. Moi je ne tournais même plus la tête. Certains ont les vagues de la mer, d’autres les chevreuils ou une autoroute. J’avais les trains et le sommeil lourd.

Je suis allé à l’école Notre-Dame-de-Fatima où il m’a fallu 3 ans avant de savoir épeler infirmière. Puis un jour, pendant une dictée, entre deux gouttes de sueur, je l’ai bien écrit. Ce jour-là, je n’avais pas grillé de fourmis avec ma loupe dans la cour de l’école.

Près de l’école, il y avait une bibliothèque. J’y dévorais les Buck Danny et les Michel Vaillant, j’y rêvais d’engins qui filaient à vive allure. Et il y a eu les scouts, les badges, les coups de griffes. Et tous les samedis, j’allais nager. Comme un poisson, disait mon père. Je disais rien, mais ça avait pour moi un goût de podium olympique.

Ensuite, on est déménagés. Pas fâché. Dans la nouvelle ville, dans notre nouvelle maison, je dormais dans une chambre pas encore finie au sous-sol. Chaque soir, en écoutant Just an Illusion à la radio, je regardais le bois du plancher du salon comme je regardais les grands et plus tard les jupes des filles, par en dessous. On y avait imprimé une date : 13 mars 1982. Dans ma nouvelle maison, les feuilles de bois avaient des dates de naissance. Puis il y a eu les emplois au McDonald, à la station-service IGS, au centre culturel Fernand-Charest. Des emplois tout petits dont je me lassais vite mais qui m'ont permis d'acheter les disques de Simple Minds et une moto en acier.

Un jour, je vous raconterai le reste, mais je vous avertis, c’est assez banal. Je tiens seulement à préciser qu’aujourd’hui, la voie ferrée du village de mon enfance n’est plus utilisée depuis longtemps; les trains n’y réveillent plus personnes, et les rails rouillent.

vendredi 11 février 2005

lundi 7 février 2005

Histoire de pêche illustrée

Samedi matin, nous revoilà sur la glace de la rivière des Outaouais en train de branler de la brimbales, tasses de café Ti-Motton à la main, comme de vrais Canadians.

Autour de nous éructait une faune de pêcheurs tout droit sortis du camping Ste-Madeleine (pour ceux qui ne connaissent pas cet endroit bucolique, le camping Ste-Madeleine – le québécois, pas celui sur la Côte d’Azur - est situé en pleine campagne, et a pour principaux attraits ses nains et ses biches en plâtre, en plus d’être à trois enjambées de l’autoroute la plus près. Le bruit incessant de la circulation donne aux campeurs la joyeuse impression d’avoir étendu leur sac de couchage au centre de la route). Ainsi, sur la rivière, c’était le festival du 4 roues sans pot d’échappement, de la motoneige jaune criard et des enfants chaussés de mini-skis que l’on tire derrière le 4X4 d’oncle Gilles, une musique vaguement country suintant visqueusement des fenêtres ouvertes. Ça rassure sur la race humaine, j’vous dis pas.

À la fin de la journée, malgré le tournoi de fers sur la glace des voisins, nous avions sorti une vingtaine de bêtes de l’eau. Comme nous étions tous de vrais pêcheurs, on rejetait tout ce qui n’était pas perchaude ou doré. Nous avons ainsi rejeté une bonne quinzaine de gros poissons en forme de lune qui rappelaient vaguement le crapet soleil. Pas perchaude? Flouch!

À la fin de la journée, après avoir remis toutes nos prises à l’eau (on aime la pêche mais pas au point de rapporter du poisson à la maison... C'est salissant!), nous avons rapporté brimbales et chaudières à la cabane du pourvoyeur. On y a appris que nos poissons-lune étaient en fait des mariganes noires, une espèce à la chair particulièrement délicieuse. Pour résumé le tout, nous avions vécu une pêche miraculeuse et nous l’avions remise à l’eau...

Morale? Souvenez-vous de cette histoire quand vous entendrez l’inévitable parallèle entre la pêche et la quête amoureuse...

dimanche 6 février 2005

Attention, je vous écoute...

Je vous laisse deviner du sujet de conversation...

«Je suis toujours une grosseur de mailloche en dessous.»
Jean-François Domingue

samedi 5 février 2005

Signes des temps morts

Où j’habite, les fous ne cessent de parler du temps qui passe et passent leur temps à demander aux infirmiers s’ils ont l’heure. Les infirmiers n’ont jamais l'heure. Ni le temps d'ailleurs. Alors, les malades n'attendent pas et me demandent l’heure.
-Avez-vous l’heure? Avez-vous l’heure?
Je n’ai pas l’heure. Je n’ai pas de montre non plus. On n’a pas le droit au centre. Il paraît que c’est pour éviter de trouver le temps long. Mais même court, on ne le trouve jamais, le temps. On ne fait que perdre du temps. Et dès qu’on en trouve un peu, on s’applique à le tuer.

Un infirmier arrive avec une aiguille. Je ne sais pas si c’est la grande ou la petite, mais je sais que ça veut dire qu’il est 20h et qu’il est temps de dormir.
J’ai 35 ans et je baille déjà.

jeudi 3 février 2005

Attention, je vous écoute...

(Constatant qu'il ne portait pas sa montre)
«Fini le temps où on avait besoin de savoir l'heure; on sait qu'il est toujours trop tard.»
Didier Lambert

Aphorisme

Ce n'est qu'au lendemain des choses qu'on trouve les bons mots, les beaux gestes. On est tous des génies tardifs et des cons ponctuels.

mercredi 2 février 2005

Marmotte, Dieu et petites filles

Aujourd’hui, la marmotte a vu son ombre. L’hiver durera encore six semaines. Puis viendra le printemps, reviendront les oiseaux. Il y a des hivers plus longs que d’autres et des petites filles qui ont hâte d'enlever leur manteau.

***

Avant-hier, Yvon a fait une chute. Il voulait aider sa fille Annick et son gendre dans leurs rénovations. Il s’est retrouvé à l’hosto, le corps fracturé, craquelé de partout. Mais la chute d’Yvon a surtout fracassé une façade fragile et toutes sortes de saletés longtemps oubliées dans les coins se sont appliquées à congestionner les vaisseaux, paralysant jambes et organes, menaçant cerveau et enfants. Le corps d’Yvon, depuis trop longtemps assiégé, ne pouvait contenir cette soudaine attaque, et la mort s’est glissée entre les tuyaux et les sérums, s’apprêtant à se mettre au lit. Annick pleurait beaucoup; comment? pourquoi tout basculait en si peu de temps? Les médecins, refusant l’irrémédiable, préféraient voir les hasardeux miracles opératoires. Sans véritables espoirs d’esquiver la mort, ils ont demandé à Annick d’accepter opérations, amputations et improbable guérison. Ils lui demandaient d’être Dieu alors qu’elle était redevenue une petite fille qui tenait la main de son père. Annick ne voulait pas être dieu.

Cette nuit, Yvon a abdiqué, et la mort, cette vieille salope, est venue se coucher près de lui. Yvon n’a pas eu à se faire opérer. Annick n’a pas eu à jouer dieu. Elle a pu accompagner son père dans son dernier rêve, et celui-ci est parti comme on souffle sur la flamme d'une chandelle, la main de sa petite fille dans la sienne. Parfois, tenir un enfant par la main réconforte davantage les grands que les petits.

***

Aujourd’hui, la marmotte a vu son ombre. L’hiver durera encore six semaines. Puis viendra le printemps, reviendront les oiseaux. Il y a des hivers plus longs que d’autres, et il y aura toujours des petites filles qui tiendront la main de leur père reconnaissant.

mardi 1 février 2005

Il faudrait tant

Il faudrait que je mange mieux
Il faudrait que je cesse d’acheter du pain blanc tranché
Il faudrait que je mastique mes bouchées plus longtemps
Il faudrait que je fasse de l’exercice
Il faudrait que je boive moins d’alcool
Il faudrait que je boive au moins 1 litre d’eau par jour
Il faudrait que je fasse un peu de ménage dans mes souvenirs
Il faudrait que je trouve une place pour entreposer ma collection de bouteilles de bière
Il faudrait que je recycle mes vieilles piles
Il faudrait que je change l’ampoule de l’entrée
Il faudrait que j’imprime mes feuilles recto-verso en mode écono
Il faudrait que je cotise à mon REER
Il faudrait que je relève le défi une tonne
Il faudrait que je fasse l’amour plus souvent
Il faudrait que je m’affirme plus clairement
Il faudrait que je parle moins vite
Il faudrait que je ferme ma gueule parfois
Il faudrait que j’arrête de me plaindre pour eurrien
Il faudrait que je sois positif
Il faudrait que je mette ma main sur la gueule des prétentieux qui se croient fils de dieu parce qu’ils ont écrit un livre
Il faudrait que je pousse mon cri primal
Il faudrait que je fasse des dons pour toutes les victimes de toutes les vagues
Il faudrait que je regarde d’où viennent les trucs que j’achète
Il faudrait que je fasse du bénévolat
Il faudrait que j’illumine l’humanité de ma vérité
Il faudrait que j’aille au Pérou ou en Afrique ou sur l‘île d’Anticosti
Il faudrait que j’aille vomir dans les chutes Niagara
Il faudrait que je change la litière du chat
Il faudrait que j’appelle mes amis pour rien
Il faudrait que j’écrive mon hostie de roman
Il faudrait que j’aille voir mon médecin
Il faudrait que je me discipline
Il faudrait que je prenne ma douche tous les matins
Il faudrait que j’accepte ma calvitie
Il faudrait que je fasse un enfant
Il faudrait que je plante un arbre
Il faudrait que je renouvelle ma garde-robe
Il faudrait que je baisse mon siège après avoir pissé
Il faudrait que je me passe la soie dentaire régulièrement
Il faudrait que j’aille travailler de bonne humeur
Il faudrait que je cède ma place au petit vieux qui vient d’entrer dans l’autobus
Il faudrait que j’assassine une fois, juste pour voir
Il faudrait que je boive du café déca
Il faudrait que je fasse plaisir à ma blonde
Il faudrait que je vérifie si le billet du médecin de mon étudiant est vrai
Il faudrait que j’inspire par le nez
Il faudrait que je ferme la télé
Il faudrait que je me guérisse de cette cleptomanie
Il faudrait que j’apprenne à ne plus patiner sur la bottine
Il faudrait que j’aille voir mes parents
Il faudrait qu’enfin, je devienne adulte
Il faudrait que je vieillisse
Il faudrait que je reste jeune
Il faudrait que je dorme
Il faudrait faire une liste de toutes ces choses qu’il faudrait que je fasse
Mais j’ai pas le temps
car il faudrait tant.

Comme dans l'temps

Aaahhh... La technologie.
Voilà plus d'une semaine que je vis sans ordinateur à la maison. Plus d'une semaine sans mes courriels du matin. Plus d'une semaine sans écrire de blogue, sans lire les vôtres. Plus d'une semaine que je dois ouvrir la porte pour savoir comment il fait dehors... Je vis comme en 1990! Le bon vieux temps; à l'époque, Michael Jackson, Bush, l'Irak faisaient la une...
Ce matin, je regarde le journal et je me dis qu'en 15 ans, on n'a pas fait tant de chemin que ça.

mardi 25 janvier 2005

Aphorisme

On prend plaisir mais on se donne la peine. Pas le contraire.
On est de généreux masochistes.

Mémoire morte

Ça y est.
Depuis des années, je me dis que je devrais me faire des copies de sécurité de mes fichiers. Tout d'un coup. Mais je remets tout cela à demain, toujours. Et demain, c'est inévitablement un autre jour, jamais aujourd'hui.
Et voilà que mon ordinateur décide de s'éteindre. Sans me prévenir. Il est mort comme le boucher de l'annonce publicitaire, sans avoir le temps de me livrer le secret du bon goût de sa saucisse...
Je me suis tapé une dépression de deux jours.
Voilà, j'ai beau jeu maintenant. Je peux prétendre qu'il y avait n'importe quoi sur ce disque dur, et personne ne pourra dire que ce n'est pas vrai.
Vous n'avez pas idée du roman phare de la littérature contemporaine qui a été effacé...

mercredi 19 janvier 2005

Écrits, famille et pseudonyme

Depuis quelques années, j'empile des nouvelles dans le but d'en faire un feu. Comme je n’ai jamais eu de foyer, l’idée a germé d’en faire un recueil. Mais je suis père-poule et je ne laisse pas aller mes petits loin du nid sans savoir exactement où ils sont. Ainsi, mes nouvelles ont vieilli à la maison, sous les plumes de papa, et j'ai maintenant la désagréable impression d'avoir engendré de multiples vieux garçons tant mes écrits sentent le renfermé.
Le blogue aidant, je me suis botté le derrière et j’ai décidé de les pousser hors du nid, en espérant qu’une maison d’éditions veuille bien les épouser. Mais pas sans un dernier coup de fer à repasser...
J’ai commencé à faire un premier élagage; dehors les textes mal embouchés, les phénomènes de foire et les provocateurs inarticulés. Cependant, je suis leur père, et je trouve de la beauté partout, même chez le petit dernier qui louche sans bon sens... Alors je dois confier la tâche à quelqu’un d’extérieur (j’ai fait le tour des quelqu’uns d’intérieur), en espérant que cette personne ne soit pas trop dure et qu’elle me laisse 2 ou 3 nouvelles à présenter à des maisons d’éditions. Parfois, je trouve que j’ai vraiment trop besoin des claques dans mon dos...
Merci Guillaume.

***

D’ici là, j’ai besoin d’un pseudonyme. Daniel Rondeau est un écrivain et journaliste qui a maintes fois publié. Je ne peux donc pas être Daniel Rondeau (ouf! je vais en psychothérapie et je vous reviens...) Le nom de ma mère est Hébert, ce qui pourrait donner Daniel H. Rondeau, mais j’ai peur d’avoir l’air du 6e RBO...
Alors, la question n'est pas qui suis-je? mais bien Qui serai-je?
Des suggestions quelqu’un?

Aphorisme

Un échec, c'est une tentative qui n'a pas eu de chance.

vendredi 14 janvier 2005

Un Coeur qui bat en retraite

Derrière un air de rien, il m’a regardé. Il m’a rasé la poitrine pour y greffer des ventouses. J’avais l’air important, complexe. Puis il m’a donné une blouse blanche, puis rendez-vous dans la salle d’examen. J’ai fait quelques pas avec ma blouse fendue, le temps de retrouver mon humilité. Couché sur du papier, j’ai pu voir mon coeur comme on voit les foetus, en ne comprenant rien aux images de sonde de fonds océaniques.
Ensuite je l’ai vu, je l’ai entendu. 2 valves faisaient mal un boulot pourtant simple; ferme, ouvre ferme, ouvre... Il ne faut pas la tête à Papineau. Elles persistaient tout de même à fermer n’importe comment, les connes. J’avais le coeur qui fuyait, qui ne filait pas trop, à l’anglaise. Un coeur fuyant. Ça fait réfléchir...
Mon cardiologue m’a souligné que ce n’était pas encore la panne, qu’il avait vu des athlètes courir avec des fuites du genre. J’ai failli lui dire que j’avais vu des gars courir pas mal vite avec des ours collés au cul, mais j’ai fait comme si ça me rassurait. Et bon, fallait revenir l’an prochain. Parce que, tsé...
J’y suis retourné quelques fois. Puis j’ai oublié. La mémoire, comme le coeur et les déserteurs, fuit aussi.
Depuis, je nage, je cours, je fuis la fuite. Et mon cardio a fait une crise cardiaque. C’est ben pour dire.

mercredi 12 janvier 2005

Aphorisme

Je n'ai jamais été chanceux. Même lors de concours de circonstances, ma circonstance arrive deuxième.

mardi 11 janvier 2005

Les Chiffres d'une pêche

Lundi, 9h30. -10 degrés. 1 lac gelé. D’un côté du lac, le Québec. De l’autre, l’Ontario. Sur le lac, 1 cabane grise. 4 voitures. La magie de rouler avec des tonnes de tôle sur de l’eau gelée. 20 trous. 20 brimbales. Mais surtout, 10 gars. 1 chien. 1 vent fort. Des bourrasques. De la poudrerie. 10 centimètres de neige sur 60 centimètres de glace. 2 mains bleues dans des chaudières d’eau glacée. 288 ménés éperonnés par 20 hameçons rouillés. De l’horizon. L’attente. Du temps. 20 brimbales immobiles. Point à la ligne.

Du bois dans le poêle. Du café, du bouillon puis déjà de la bière. 1 chaise d’été devant 1 trou dans la glace. 1 écuelle trouée pour enlever la glace à la surface du trou. 10 citadins attendant la perchaude ou mieux, du doré. Puis 8. Puis 5. Au bout d’une heure, 1 gars restait dehors. Et même là, pas toujours. Les autres dans la cabane surchauffée. Des sandwiches. Des cigarettes, 2 paquets achetés à 4 Amérindiens du village à côté. 627 questions de Quelques arpents de pièges. 1 guitare. 4 chansons. 157 jokes plates. 12 jokes très drôles. Toujours du vent. Toujours de la poudrerie. Toujours le même paysage. Toujours cette même beauté.

17h. 1 soleil parti en Ontario. 3 voitures prises dans 30 centimètres de neige sur 60 centimètres de glace. Pourtant il n'a pas neigé. Parfois la neige s'accumule sans tomber. Seule le 4X4 roule comme dans une publicité de 4X4. 9 gars poussent. 1 tracteur passe pour faire un chemin. 1 scène un peu surréaliste. 10 gars qui reviennent en ville. Je crois que j’ai dormi 5 minutes sur l’autoroute 15. 1 bar. 1 dernière bière. 1 appartement. 1 blonde. 1 lit. 1 grand sourire.

J’oubliais: près de 8 h de pêche, 2 poissons. 2 perchaudes. Bout à bout, près de 20 centimètres.
Mais rendus là, j’en demandais pas tant.

samedi 8 janvier 2005

Pour les ceuses et ceux qui veulent laisser un écho sans s'inscrire à Blogger, cliquez sur écho(s), puis sur post a comment, puis sur Or Post Anonymously (sous le bouton Sign In - ne cliquez pas sur Sign In!), sans inscrire de nom dans les cases blanches. Ça devrait marcher. Signez alors votre message!

Psycho-poético linguistique

Les vacances se terminent et mon âme de professeur de langues et de linguiste retrouve ses esprits après une courte hibernation. Alors, premiers étirements...

On n'a peu idée de la façon que la langue sculpte notre imaginaire. Dans plusieurs langues, les objets se distinguent par leur genre, ce qui entraîne inévitablement une forme de poésie animiste. Dans d'autres langues - tel le montagnais -, ces mêmes objets sont animés ou inanimés. Derrière son apparente logique, la fraise y est animée, mais pas la framboise... En anglais, tout est neutre. Alors quand on emprunte un mot anglais, on le travestit selon des standards plutôt obscurs; on a mis une robe au mot job au Québec, mais une moustache en France...

Parfois, la langue sculpte notre imaginaire par les mots qu'elle met à notre disposition. Il y a alors des distinctions de temporalité ou d'intensité intégrées aux mots. L'espagnol distingue deux verbes être; un temporaire (estar) et un permanent (ser). En anglais, on peu aimer un peu (to like) ou aimer tout court (to love to court). En français, il n'y a pas de mot pour aimer un peu. Si on aime, on aime!

Mais il serait parfois pratique d'avoir un verbe aimer permanent et un temporaire. Ce serait parfois impoli, mais on économiserait une fortune en coeurs brisés et en psy.

lundi 3 janvier 2005

samedi 1 janvier 2005

Il fera beau

On a d’abord dit le mot tsunami. On a ensuite raconté la mer qui se retire, puis la vague, ce mur qui ravage tout. Puis le retrait, puis un autre mur, comme une lente respiration. Puis des morts qu’on dénombre à chaque jour dans les journaux, en épelant le chiffre à l’envers, comme à toutes les 15 minutes dans un téléthon. 0 - 0 - 0 - 5 et... raraaaaaaaa 9!! 95000!! Lors de grandes catastrophes, les gens savent mourir au millier près.

Puis on a vu les images. Décevantes. Il faisait beau, pas de vent pas de terre qui bougeait. Puis la vague est arrivée. Ça, un mur? Depuis mon sofa, il me semblait que j’avais vu pire à Tadoussac, entre 2 bélugas. Mes attentes hollywoodiennes étaient déçues. Ça? 95000 morts? Ben voyons...

Puis j’ai imaginé cette eau trop abondante pour n’importe quel barrage, qui transformait les maisons et les chambres d’hôtels en autant d’aquariums funestes, ne laissant même pas quelques centimètres d’air au plafond. Et dans les rues, des enfants trop faibles, des voitures trop lourdes, des yeux qui rêvaient encore il y a quelques minutes. Pourtant, il faisait encore beau, il faisait toujours soleil. La vie est un tyran perfide qui coupe les jambes pendant qu’il masse les dos avec le sourire.

Puis j’ai pensé à ma rue, à ma ville. Combien d’âmes se noient tranquillement dans des chambres d’hôtel pendant que le soleil me bronze? Combien de corps se compriment doucement pendant que je bois ma pinte de rousse? Combien de coeurs cessent de battre en regardant le bleu d’un ciel trop haut?
Combien?
Même au millier près, je ne sais pas.
Tout ce que je sais, c'est que le chiffre sera plus grand demain.
Et qu'il fera beau.

jeudi 30 décembre 2004

L'Afrique n'est pas un continent

Tout d'abord victimes des colons, les Africains partaient ailleurs servir d'esclaves.
Puis ce fut les guerres, les famines, les génocides, la pauvreté, le sida.
L'Afrique ne cesse de perdre ses habitants.
L'Afrique fuit. L'Afrique coule.
L'Afrique est incontinent.

mercredi 29 décembre 2004

L'Homme rose

André habite avec Marie-Hélène depuis quelques mois déjà. Elle est comptable et aime le rouge, il est un peu lâche et il préfère recevoir un maigre chèque par la poste que de lécher les bottes d’un minable moustachu.

Entente informelle, André se tape la bouffe, Marie-Hélène se farcit la lessive. Quand arrive l'heure du «plus rien à mettre», elle oublie souvent de faire le tri des couleurs et la robe rouge se retrouve avec les vêtements pâles d’André. Il a tout d’abord connu les t-shirts roses. Puis les bas. Puis les caleçons, puis les pantalons. Après 6 mois de vie commune, André ne porte plus que du rose. Las de rappeler à Marie-Hélène les lois élémentaires de la lessive, André se décide finalement de la faire lui-même. Mais ce dernier est un peu lâche et sans le sou, je l’ai déjà dit, alors il ne renouvelle pas sa garde-robe. Aujourd’hui, en plus de faire les lavages, il ne porte que du rose.

Depuis quelque temps, Marie-Hélène suit des cours de danse sociale. Et son amant ne porte que du noir.

Attention, je vous écoute...

«[Je n'ai pas de blonde], mais j'ai une co-loc que je saoule de temps en temps.»
Laurence Lorca

lundi 27 décembre 2004

Aphorisme

À la naissance d'un enfant, on le présente ainsi: c'est une fille! 8 livres, 3 onces! Et tout est dit. Sexe, masse.
C'est fou comme la circonférence de notre personnalité est courte au seuil de la vie.

dimanche 26 décembre 2004

Attention, je vous écoute...

«C'est un matelas fait en mousse nasale.»
Gabrielle Paquette

(elle voulait dire fabriquée par la NASA...)

jeudi 23 décembre 2004

Aphorisme de Nouelle

Inspiré du blog de Jean-François du 21 décembre...

On est tous des Melchior, des Gaspar et des Balthazar: on suit les étoiles et on préfère donner à ceux qui sont déjà dieu...