mercredi 5 avril 2006

Hervé

Hervé habite seul dans un petit deux pièces qu’il sait son dernier. Quand je vais le voir, nous bavardons un peu, écoutons beaucoup, les nouvelles télévisées surtout. Hervé aime être informé des événements.

Avant sa retraite, Hervé a été informaticien, un des premiers spécialistes de ces immenses trucs capables de miracles pour l’époque. Des trucs avec des bobines et des diodes rouges et vertes, des armoires grises qui occupaient des étages entiers, des calculateurs un peu inquiétants dans lesquels Hervé pouvait entrer le corps au complet quand il devait les réparer. Puis, tranquillement, les machines ont commencé à rapetisser. Plus ces bêtes se réduisaient, plus il était ardu de les comprendre. Bien sûr, Hervé n’y rentrait plus au complet, et il a appris à rester en surface des choses. C'était juste avant sa dépression.

Aujourd’hui, Hervé me raconte son métier et regarde sa montre. Ce petit boîtier de rien du tout est capable de calculer ce qu’un étage de monstres à bobines ne parvenait à produire en 1970. Mais plus personne ne peut la réparer, comme plus personne ne répare les ordinateurs. Au mieux, le plus vaillant des techniciens changera une pièce, mais jamais il ne la réparera. La nuance est immense.
- Aujourd’hui, lance Hervé presque à lui-même, quand c’est brisé ou usé, on jette.

Puis Hervé reste silencieux quelques secondes. Pendant cette pause, on fait semblant d’écouter Bernard Derome, mais on écoute le vide, le temps d’entendre le fracas d’une vie que personne ne réparera et qu’on aura remplacée demain.

lundi 3 avril 2006

Entre l’arbre et la Cops, ou carnet d’un vieil indépendantiste

Impossible que vous n’ayiez pas entendu parler de l’ouvrage «Parlons de la souveraineté à l’école». Le manuel se veut une réponse à l’endoctrinement tranquille qu’impose le mouvement fédéraliste dans les écoles. Allez voir dans les écoles : le drapeau canadien est partout : affiches, dépliants, brochures… Merci Sheila! Et programme des commandites (cessons d’en parler au passé, il est encore en place!) Quand j’étais petit, je chantais le Ô Canada tous les matins à l’école. Aujourd’hui, on ne chante plus l’hymne, on danse autour du drapeau.

Qui s’en offense? À peu près personne, et ça, ça m’attriste. On croit idiotement que ce n’est pas de la propagande, qu’un drapeau, ça ne vend aucune idée… Pourtant, fixez un point rouge sur une feuille pendant 1 minute puis fermez les yeux, vous le verrez encore. L’esprit, c’est comme les yeux, sauf que là, vous fixez un drapeau pendant 13 ans! Si ça marche avec Coke…

Donc, a priori, je serais pour toute résistance contre cet envahisseur. Je mange bleu, je bois bleu, je vis bleu depuis longtemps. Mais voilà, là, je vois rouge: la réponse qu’on envoie à l’injure est l’insulte. La feuille d'érable est dans les écoles? Plutôt que de la bouter dehors, comme on l'a fait avec Dieu, on y entre aussi! Misère! La seule défense digne de ce nom qu'a donné de leur livre les défenseurs de «Parlons de la Souveraineté à l'école» est qu'il est en vente libre, pas dans les écoles. Alors pourquoi ce titre à la con? Pour discréditer les souverainistes? Bravo, c’est fait!
Avec des amis comme ça, pas besoin d’ennemis.

Pourtant, il n’aurait fallu changer que quelques mots, tous sur la page couverture du livre. D'abord le titre: «Parlons souveraineté aux jeunes», ça aurait été plus sympathique. Ensuite, le nom de l’éditeur…

Et ce matin, qu’apprends-je? Que certains comparemt le geste à la propagande hitlérienne (un point Godwin! Il n'a pas tardé...) et que Sheila Cops accuse les souverainistes de propagande (remarquez que quand elle cause propagande, elle connaît la chanson!)

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai besoin d’un petit café. Et je me sens si las tout à coup…

jeudi 30 mars 2006

Il faut savoir dire nom...

Jusqu’à présent, Romane est notre premier choix de prénom pour la poussinette que porte Dame V. Mais quand elle est sûre du prénom, voilà que j’hésite, et dès le lendemain, on inverse les rôles...
Romane Rondeau, est-ce redondant ou ronronnant?

Alors, on s’interroge, on suppose, on imagine…
Élisabeth? Trop royal;
Danaée? Trop proche de Daniel;
Frédérique va devenir Fred (Caillou);
Géraldine me rappelle la vache du voisin;
Lili est un surnom sans nom;
Léa est trop populaire;
Amélie est un nom d’ex;
Alice est une mode d’il y a quelques années;
Rogère fait trop testostéroné;
Jérémie, on hésite…
Bernadette, elle est très chouette
Noémie est très jolie
Moins que Zoé, mais plus que Nathalie
Marie-Louise, elle est exquise
Marie-Thérèse, elle est obèse
Marie-Berthe, elle est experte
Léontine fait la cuisine
Monsieur Gaston s'occupe du téléphon...

Alors on demande, on écoute, on fait semblant d’être cools avec cette valse des prénoms, mais la date butoir approche… Autour naissent des Olivia, des Béatrice et des Ariane alors qu’ici se prépare un bébé sans nom, ma fille à moi, mon lézard... Et mes amis me proposent des Gigota, des Echymire et d’autres niaiseries de taverne.

Alors... Romane or what?
Au secours!

dimanche 26 mars 2006

Bla bla bla...

Je me souviens des promenades avec ma mère, les après-midi ensoleillés de ces interminables étés de mon enfance. À mon grand dam, ma mère s’arrêtait pour placoter avec chaque adulte qu’elle croisait. Ça jasait de la voiture du voisin, de la maladie du chat, de tout et de rien. Surtout de tout. Pendant ce temps, je voyageais dans ma tête, perdu dans leurs interminables logorrhées. Je me disais que les adultes trouvaient de l’intérêt dans des choses bien ennuyantes. Et sincèrement, je m’inquiétais de savoir si une fois adulte je saurais quoi dire, si je trouverais seulement un intérêt à ces discussions de coin de rues. Errer en silence me paraissait beaucoup plus passionnant.

Maintenant que je suis adulte, je me pose toujours les mêmes questions.

jeudi 23 mars 2006

mardi 21 mars 2006

Toute une vie entre 9 et 2

Comme j’ai un mémoire de maîtrise qui se couvre de poussière sur une tablette de la bibliothèque de l’Uqam, mon nom est répertorié dans la liste des ouvrages qui y sont disponibles. Sous mon nom, il y a la plus brève des biographies : 1969 - _ _ _ _.
Une date, un tiret, quatre petits espaces. Des espaces qui attendent un verdict inévitable. Quatre espaces qui s’arrêtent de tourner tranquillement, un à un, comme les roues d’une vidéo poker. Sauf qu’à la place des citrons, des cerises et des bars, il y a des chiffres… 2 0 _ _. Jamais espaces m’ont paru si angoissants. Quelque part, dans la mémoire d’un ordinateur, le vide sur lequel s’étend mon avenir rétrécit.

Une fois les quatre espaces remplis, mon année arrivée, le pire restera le tiret. À lui seul, il résumera toute ma vie.

lundi 13 mars 2006

Guide de la femme enceinte (ou ce que les livres ne disent pas)

1- Dans le métro et l’autobus, personne ne se lèvera pour vous céder sa place. Il y aura bien quelques zigotos pour le faire, mais ils seront rares et probablement habillés d’un veston arborant un insigne religieux. Ne comptez pas sur la légendaire sympathie féminine; les femmes font aussi semblant de dormir ou de lire quand elles voient un ventre gonflé. Demandez à voix haute une place, ce devrait suffire pour réveiller un peu d’humanité chez certains. Sinon, frappez; votre statut vous offre une certaine impunité;

2- La photo de femmes enceintes épanouies, heureuses et bien dans leur peau que l’on voit dans les guides est représentative d’une réalité qui dure quelques jours par mois, lors des troisième et quatrième mois. Les femmes enceintes de neuf mois pleines de bonheur que l’on voit dans la littérature ne sont pas vraiment enceintes et/ou sont grassement payées pour sourire en regardant le ciel (elles sont les conjointes de ces hommes en caleçons pointant l’horizon dans les catalogues);

3- Vous connaissez ce clown-jouet gonflé qui revient toujours debout peu importe ce qu’on lui fait? La femme enceinte en est le contraire absolu : elle tient difficilement debout et revient toujours couchée, sauf lors des quelques jours des mois cités précédemment;

4- La femme enceinte comprend pourquoi les obèses aveugles n’ont pas de coupe brésilienne;

5- Mesdames, votre homme vous aime et vous trouve attirante même si vous êtes enceintes. C'est l'idée d'être épié par le trou de la serrure qui ne l'enchante guère.

vendredi 10 mars 2006

Vie de Malaises

Tous les jours où je vais à l’épicerie, Robert est là, quêtant trente sous, la main tendue, avec ce refrain à la tonalité calquée sur le chant de la tourterelle triste « Un peu de monnaie? - SVP - Bonne journée! » Et chaque fois, je me demande si le s'il vous plaît va avec la monnaie ou avec le bonne journée.

Quand on s’arrête pour lui parler un peu, Robert parle des sous noirs 1967, ceux avec un goéland dessus. Vieille fixation. Il doit en avoir pour 10$ dans sa poche de pantalon. Puis, il avoue candidement rêver de voler jusqu’en Malaisie, où il y a du soleil et des filles à marier. Il est vrai que côté Malaises, il doit s’y connaître. Il me jure que depuis trois ans, il se colle de l’argent pour partir, qu’un jour il ne quêtera plus, ni trente sous ni chaleur, et qu’il vendra des hot dogs à des touristes bedonnants. Mais à voir les trous dans ses bras, j’ai une petite idée de son agent de voyages.

Robert n’est plus à son poste depuis près d’un mois maintenant. Je me doute bien qu’il n’est pas à Brunéi. Mais depuis, je garde tous les sous de 1967, au cas où il reviendrait. Devant l’épicerie, une fille tient sa place au chaud, une jeune femme au regard bridé, avec des cheveux cotonnés et un tatou sur la joue. Un goéland.

mercredi 8 mars 2006

Attention, je vous écoute...

«Je vois pas d'ici... J'ai pas les yeux assez longs.»
Véronique Boily

lundi 6 mars 2006

Attention, je vous écoute...

«Si je prends trop de reer, je risque de tomber dans une autre braguette...»
Guillaume Vigneault

samedi 4 mars 2006

Si Proches, si loin...

Supposons. Mettons. Disons que. Mettons supposons. Alors supposons que votre voisin vous invite à souper. Vous êtes un peu surpris du geste car lui et vous n’avez jamais fraternisé au-delà de la météorologie au dessus de la clôture Frost qui vous sert de frontière commune. Vous savez aussi, à cause de ces soirs d’été où le vent souffle de l’ouest, que votre voisin se mijote des recettes douteuses à la limite de la pâté pour chat. Vous acceptez tout de même l’invitation, par politesse, par curiosité, par ce civisme élémentaire qu’exige un bon voisinage. Et là, dès que vous êtes assis à sa table, votre gastronome voisin se met à réciter le bénédicité les yeux blancs ouverts regardant l’intérieur de son crâne.
Que faites-vous?

Eh bien, jeudi soir, j’ai eu à me poser une telle question.

J’étais invité (mais j’ai payé mon billet) à une soirée d’opérette dans une école secondaire (anglophone) de l’ouest de l’île (anglophone). Une représentation du Lakeshore Light Opera, troupe (anglophone) qui fête ses 51 ans d’existence cette année. (Vous ai-je dit que c’était anglo? Sinon, je précise, au cas où ça vous aurait échappé.) Je m’assois parmi des spectateurs qui parlent en grande majorité un anglais du milieu du siècle dernier et qui portent les cheveux bleus, quand il leur en reste. Je suis, je le sens, dans cette arrière-cour libérale qui serait prête à voter pour une chèvre si on la peignait rouge. J’observe avec intérêt ces descendants nostalgiques de l’empire britannique et je suis sûr que je viens de rencontrer ceux qui ont posé au mur ce cadre de la reine d’Angleterre toujours présent à la bibliothèque du cégep où je travaille (vrai de vrai, vous pouvez vérifier). Parmi ces vieux, quelques jeunes début vingtaine venus voir copines et copains pousser un petit air d’opéra léger. Je m'enfonce dans mon siège et essayant de me convaincre que je passerai une belle soirée, mais j'arrive vite à court d'arguments. Au moment où les lumières de la salle se tamisent, l’orchestre dans la fosse joue trois notes lentes et graves : pom - pooom – poooommm… La salle se lève, monobloc! Jeunes et vieux! Comme à la messe! Puis, tout le monde entame, la main sur le coeur… le Ô Canada (English version)!
Que fais-je?

Je ne sais pas s’ils ont trouvé bien insultant que je reste assis.

jeudi 2 mars 2006

Harlequonse Daudet

Les livres de la collection Harlequin racontent tous la même histoire:
Une femme s’emmerde et se laisse séduire par un bellâtre sauvage et sans attaches. Attirée par l’aventure, elle quitte tout pour lui, puis se rend compte qu’il est un beau salaud qui ne pense qu’à la dévorer. Lors d’une nuit sans lune où elle pense mourir, la belle crie à l’aide. Arrive alors pour la sauver un agriculteur sans envergure mais dotée d'une grande âme qui aime cette fragile femelle depuis sa plus tendre enfance et qui la suivait de loin depuis des jours. Ils feront l’amour à la ferme dès leur retour.

Finalement, les Harlequin, ce ne sont que des réécritures de la Chèvre de monsieur Séguin.

mardi 28 février 2006

C'est kétaine, Joe Dassin...

Shower. Le mot, le concept fait frémir. Douche. Froide. Kétaine. De bébé. Pourquoi pas quêter de l’argent, vendre du chocolat ou des produits Amway tant qu’à y être? Des amis ont insisté, ils s’occuperaient de tout, on s’est dit ben coudon’. À condition que ce ne soit pas qu’une affaire de filles…

C’était dimanche dernier.

Il y avait un monde fou. Parents, cousins, amis. Certains dont la présence était des plus surprenantes car je savais bien qu’ils auraient préféré se faire arracher une dent à froid plutôt que d’aller à un shower (brrr!) de bébé. Pourtant ils y étaient, preuve immense et indéfectible de l’amitié, de l’amour qu’ils nous portent.

Dame V. et moi avions des airs d’enfant unique dans une trop grande et trop vieille famille; inondés de cadeaux. De l’argent aux bas (petits au point de croire impossible que des pieds humains puissent y rentrer), en passant par la doudou tricotée par grand-maman, les vêtements faits maison, le bain-pot-de-fleur pour nouveau-né et le chèque en blanc donnant droit à du gardiennage illimité et un repas préparé à la maison…



Toute la journée, on a été soufflés par cette preuve de solidarité familiale et amicale, les tapes sur l’épaule qui signifient que quelqu’un est là pour nous, que, surtout, quelqu’un sera là. On n’a pas su comment remercier tout le monde tant on était étourdis. L’heure était au discours, pourtant. Je me reprendrai dans l’intimité. Brièvement, je tiens tout de même à remercier ici Barbara et Marc-André, les organisateurs en chef, Jospeh pour avoir insisté (et être venu après une nuit blanche!), tous les autres pour votre temps, et votre présence.

Finalement, un shower, c’est comme du Joe Dassin : c’est peut-être kétaine, mais si on danse avec des amis, c’est rafraîchissant et rassurant sur la nature humaine!

vendredi 24 février 2006

jeudi 23 février 2006

La Magie de la vie au SS-054

Les murs du local sont composés de blocs de ciment peint blancs et gris, et une fois les portes closes, on entend toujours le bruit sourd que produisent les conduits d’aération du building. On se trouve dans le sous-sol d’un CLSC, mais on pourrait être dans le sous-sol de l’Uqam ou dans un bunker irakien que ce serait le même décor, les mêmes gicleurs au plafond, les mêmes portes grises aux noms enchanteurs de SS-054 ou de SS-052. Même la porte des toilettes à son numéro.

Jocelyne nous y attend. Elle à la blouse blanche, le sourire avenant et la voix trop douce de ces personnes qui désirent le bien et la paix dans le monde. C’est elle qui donnera les cours prénataux - natals. Juste avant qu’elle commence, je jette un coup d’œil à la faune qui m’entoure : une dizaine de bedons ronds, une dizaine de futurs papas, certains aux allures sympathiques, d’autres que je classe peut-être à tort dans la case des «à éviter», mais tous ont l’air vieux. Je ne m’identifie pas à eux. Lui a les cheveux gris, l’autre à côté les a perdus, et les deux ou trois qui suivent de trop près la mode passent aussi inaperçus que Normand L’Amour au Foufs, alors que moi… euh… bon ok, je suis des leurs. Pendant ce temps, le club des petites-vessies profite des minutes qui restent pour faire la queue devant le SS-048…

Hier soir, j’ai regardé des femmes accoucher sur vidéo, j’ai vu un bébé en tissu passer tête première dans un bassin en plastique, j’ai admiré un col d’utérus tricoté de laine rouge se dilater, j’ai contemplé un bébé in utero de 40 semaines dessiné «à l’échelle, mais la tête est trop grosse [sic]». On est là, 20 personnes que rien ne rapproche sinon le chamboulement d’une vie, à discuter de magie dans un local en ciment, sans nom, sans fenêtre, sans musique. Pour tout dire, je n’y ai pas appris grand-chose, sinon cette impression qu’accoucher, malgré tout, reste un événement normal, la même chose depuis toujours, et que pour chaque être que j’ai croisé, que je croise et que je croiserai, il y a une mère, un père qui a vécu ce que Dame V. et moi vivons.

J’en veux un peu à la vie d’avoir fait si ordinaire tout cet extraordinaire.

mardi 21 février 2006

Accent grave

Si vous demandez à Carlos depuis quand il vit au Québec, il vous dira depuis toujours. En fait, il est arrivé ici à l'âge de huit ans. Il sacre, il écoute le hockey et il a pratiquement connu le Rosemont du temps où il y avait encore des champs. De voir son visage rond de descendant maya gober de la poutine avec des commentaires de connaisseur surprend et amuse. Ça rassure un peu, aussi. Malgré cette intégration, Carlos cultive jalousement son accent d'Amérique centrale, un accent prononcé, une carte postale sonore d’un Salvador lointain qui lui fait dire «Salou!», une salutation qu’il fait souvent suivre d’un «Yé soui conntennt dé té vouâr!» qui rend immanquablement joyeux. Avec Carlos, il y a toujours plus de sourire et de voyelles qu’il n’en faut.

Carlos ne veut jamais retourner au El Salvador; «Cé payss né mérite pas mes souliers». Peu avant de venir vivre ici, des factions anti-communistes soutenues par les Américains ont tué son père, ses oncles, sa grand-mère. «Ils ont découpé ma grande-mère et ils ont laissé les morceaux sour lé bord dé la route.» Puis entre deux gorgées, presque pour lui-même, il ajoute : «On né fait pas ça a son peouple.»

Malgré les cheveux noir jais, malgré le teint ensoleillé à l’année, Carlos n’est plus salvadorien. Il vit au Québec, jalousement, entièrement. Mais quand il parle, tout le monde entend sa grand-mère et son père.
Il y a des accents plus graves que d’autres.

lundi 20 février 2006

Attention, je vous écoute... Spécial poker!

«Revire pas mon paquet; il faut pas que le monde voit sur quoi je me couche!»
Jean-François Domingue

**

«Après une main peu payante, Guillaume Vigneault lance:
- C'est plate, j'ai pas pu traire personne...
Diane Lebel lui répond:
- Il faut une grosse paire pour être tru.
Pendant qu'on se bidonne, Guillaume explique l'erreur de Diane:
- C'est logique; traire, c'est comme le verbe craire: j'vais te craire, j't'ai cru.»

samedi 18 février 2006

Paroles par temps gris

Je finirai par partir
épars
Parure ne tenant que paragraphes
que pardon
Parvenu
par dépit
par dessous comme pardessus
quand partout
parapluie
paravent
parapente descendante
Je finirai par erreur
partout faire
Parfaire l’imparfait
Je finirai par terre
par me taire
par me faire à l’idée
par me faire élider
pareil
Je finirai
pariez paria
Parabellum
pour parachèvement.

mercredi 15 février 2006

L'Orgueil plus fort, plus haut, plus loin

À la télé, je regarde sans les distinguer des triples boucles piquées et des triples axels, je vois des lugeurs qui fusent à 125 kilomètres à l’heure, le cou cassé, tentant de discerner la prochaine courbe par-dessus leur sexe moulé au kevlar, j’écoute le commentateur, pourtant à mille lieues de la patinoire, chuchoter dans le micro son admiration pour un atterrissage ou crier son exaltation de voir un sportif à lames démesurées faire le tour d’une piste ovale et se dépêcher, dès la ligne d'arrivée franchie, d’enlever son passe-montagne peu glamour pour montrer sa chevelure. On recouvre de drapeaux et de médailles des humains de carnaval qui glissent vite, qui connaissent les pirouettes, des humains qu’on utilisera, une fois usés, pour vendre des céréales, des réer ou des culottes absorbantes aux couleurs de la patrie. Ceux qui n’auront pas mérité leurs cinq secondes de piédestal, on les oubliera, car l’important n’est plus, n’a jamais été de participer.

À la télé, Germain Larivière en profite pour transformer ses matelas en bobsleigh, Macdonald transforme ses boulettes en médailles d’or pour enfants, Radio-Canada transforme la victoire d’un athlète en fierté nationale, le il en nous. Il fait bon de crier Canada, ça couvre le pleurnichement ambiant.

Il y a 400 ans, les indigènes échangeaient aux colons des tonnes de peaux pour un bout de miroir, pour se voir, pour se contempler. Il nous faut admettre que la transaction a bien peu évoluée, et que l'indigène n'est pas toujours celui qu'on pense.

Les olympiques, c’est cinq anneaux dénués du sens originel, qu’on porte pour décorer notre nombril.

dimanche 12 février 2006

Attention, je vous écoute...

«La quantité de bonheur que je reçois en ce moment est supérieure à ma capacité d'absorption du bonheur.
(court silence - pensif et contemplatif)
Il faudrait que je tue quelqu’un pour équilibrer les choses.»
Ghyslain Lebel

vendredi 10 février 2006

Avoir du toupet

Nul besoin de justifier quoi que ce soit: il est facile de constater que José Théodore ne prend aucun produit pour améliorer ses performances...

jeudi 9 février 2006

Tout seul sur les pubs

18h. J’ai rendez-vous avec Anne, une amie de longue haleine, une amie que je n’ai pas vue depuis trop longtemps. Le genre de fréquentation qu’on se promet de ne jamais perdre de vue, qu’on égare tout de même au détour d’une nouvelle copine, d’un nouveau travail ou d’une dépression un peu accaparante. Anne et moi, on s’est perdus comme ça, sans trop s’avoir comment; un jour je me suis retourné et elle n’était plus là. Ça devait faire deux ou trois coins de rues que je faisais en parlant tout seul…

Puis on s’est revus lors d’un souper. On s’est alors promis une bière en duo, comme dans le temps. Lundi, 18h, petit Medley. C’est là où je suis.

Il est 18h5 (ça s’écrit con, 18h5, mais il semble que ce soit la bonne façon de faire… Mais ça l’air si con que je passerai tout de suite à 18h10). Il est 18h10, donc, et Anne n’arrive toujours pas. La place semble sympa. En retrait, écrasés par leur cravate dans des fauteuils, quelques personnes boivent leur verre en riant doucement. Je commande un truc, n’importe quoi. Je reçois une pinte de bière d’où émane une légère odeur de vanille. Il est 18h15 quand j’ouvre le Voir. À 18h45, toujours seul, après avoir lu tous les titres-jeu-de-mots de l’hebdomadaire, j’appelle Anne, pour voir. Pas de réponse. Je suppose qu’elle est en route. Je commande une bière qui sent la bière cette fois. Old style. Je demande un stylo à la brune serveuse, sympa et discrète comme je les aime. Puis, je me mets à écrire n’importe quoi. Comme je n’ai pas mon carnet, j’écris sur les pages plus claires du Voir, sur cette pub d’American Apparel qui suinte une sexualité ingénue et surléchée à force de ne pas vouloir l’être. Insupportable. J’écris des mots, puis des idées, puis un bout de chapitre… Une fois la pub remplie, j’en cherche une autre. Je trouve une page vide, une sorte de pub sur la psychihahahatrie. Je la remplie aussi. Et ainsi de suite de pub en pub. J’ai écrit comme lorsqu’on voyage à l’étranger, dans un lieu public où personne ne me connaît, perché sur ce merveilleux poste d’observation qu'est le tabouret près du zinc.

À 20h45, j’ai mal au poignet, mon verre est depuis longtemps vide, et Anne n’a toujours pas rebondi. Je fixe un billet au stylo que je laisse sur le bar, puis je pars avec mes bouts de récits écrits sur du papier journal comme autant de thérapies, libre, léger. Anne ne s’est jamais pointée car, elle me l’avouera plus tard, elle avait oublié.

Moi, sans ironie aucune, j’ai passé une superbe soirée avec une personne que j’avais perdue de vue depuis trop longtemps.

mercredi 8 février 2006

Faites l'humour, pas la guerre...

« Elle est où, l’ambassade de Montréal, qu’on la brûle? »
Un Musulman conservateur de Québec tanné de faire rire de lui.

samedi 4 février 2006

Aphorisme

À travers le monde, les Musulmans menacent de lyncher tous ceux qui font une caricature de Mahomet.

Au Québec, la population menace de lyncher tous ceux qui présentent Jésus sans caricature.

Autres dieux, autres moeurs...

vendredi 3 février 2006

Joe déblatère et gars rage

Je suis là, devant le comptoir, à attendre qu’un mécano avec les ongles noirs de graisse et un excès de confiance en ses boulons daigne me dire « On-t-a-tu répond? » J’attends, me préparant tant bien que mal à me faire détrousser parce que je n’ai aucune maudite idée de combien coûte une réparation de l’affaire qui fait bling bling en avant quand on tourne et que le moteur est froid. N’importe quel montant entre 20$ et 400$ me semblerait justifié. J’espère que ma fille sera mécanicienne, ne serait-ce pour qu’enfin j’aie un garage digne de confiance où aller…

Près de moi, une sorte d’énergumène atteint d’hyper sociabilité qui semble connaître tout le monde dans ce monde de cambouis. Il ne cesse de parler et raconte n’importe quelle de ses mésaventures. Son discours est l’équivalent sonore des images trois D dans les livres : surchargé, inintéressant, qui vous laisse avec le regard torve. Le genre de personne qui, quand plus personne ne l’écoute, continue à parler en pivotant sur lui-même à la recherche d’une oreille trop timide pour la fuite. Et voilà que Joe verbomoteur se cherche une oreille accueillante. Je dois baisser les yeux… Regarde comme le plancher est intéressant… Garde-les baissés, Dan…

Je les relève trop vite; Joe logorrhée me harponne :
- Pis là, les p’tits criss de voleurs sont partis avec mon mirouèr de porte. Criss, ç’a-tu du bon sens?
Là, il me regarde dans les yeux. Je le sens, il pense qu’on est amis.
- Hein, tu trouves-tu que ç’a de l’allure, toué?
Est-ce que quelqu’un peut me proposer une réponse intelligente à ce genre de question? Sinon, quelqu’un connaît un mécano qu’on peut consulter en cabinet privé?

mercredi 1 février 2006

Ruelle avec adresses

La semaine dernière, je marchais vers chez moi, pleine face en pleine lune, en empruntant le plus de ruelles possibles. Je revenais d’un petit thé avec Josée, charmante chroniqueuse qui s’intéresse au monde des blogues, cette blogosphère qui tourne souvent autour d’elle-même, voire sur elle-même. On a jasé de la vie, d’elle, de moi, des enfants, puis quelque part entre la vie et le thé, elle m’a demandé pourquoi je bloguais. Euh... Je ne savais plus. Pourtant j’ai bien dû me faire poser la question cent fois. Les raisons ne se bousculaient pas au portillon pour s'éclaircir la voix. Besoin de lectorat? Avancement de l’humanité? Exhibitionnisme? Excès de temps libre? Ce soir-là, il me semblait n’y avoir aucune bonne raison de bloguer. J’aurais dû me faire chanteur; personne ne leur demande pourquoi ils chantent. Ça m’aurait évité de réfléchir.

J’ai quitté Josée après quelques heures. J’avais cet étrange sentiment qu’on a après avoir échoué un test facile. Je marchais vers chez moi dans des ruelles obscures en évitant les flaques de lumière des lampadaires, pour me retrouver seul, pour avancer entre les sacs à ordures percés, pour pouvoir regarder dans les cuisines des gens. J’aime bien regarder dans la cuisine des gens.

Entre les rues Parthenais et Des Érables, il y a une ruelle qui se prend pour une rue. Au coin de Marie-Anne, une pancarte dit « ruelle Lafrance », mais un employé de la voirie y a maladroitement camouflé les lettres « lle ». J’ai déjà vérifié: cette rue est sur toutes les cartes de la ville. Mais c’est une ruelle, avec des clôtures un peu croches, des cabanons-niques à feu et des dos d’âne usés, une vraie sauf qu’ici et là, une adresse est accolée près de la porte d’un cabanon, pour faire comme si.

Le monde des blogues, c’est un peu une ruelle; le monde derrière les façades où jouent les enfants, où jonchent des déchets, où flottent comme des drapeaux les sous-vêtements et où l’on peut regarder dans les cuisines le soir venu. C’est surtout une ruelle qui se prend pour une rue, avec des plaques numériques vissées à des cabanons de tôle rouillée.

Mais je ne sais toujours pas ce que j’y fais.

lundi 30 janvier 2006

Attention, je vous écoute...

«Ah... Je veux une petite tête pour mettre une petite tuque!»
Virginie Larivière

dimanche 29 janvier 2006

Le Parti Rhinocéros

Dans les journaux, à la télé, à la radio il y a des vox pop en forme de clips, des lignes ouvertes insupportables, des analyses de fond (de grands fonds, d’abysses même!) du vote de Québec (désolé pour les dissidents à l’ombre du cap Diamant, l’œil extérieur ne voit que les députés élus). Il en ressort toujours que les gens de Québec sont tannés de l'attitude montréalaise à leur égard. Ils ont peut-être raison, mais ça n'explique en rien leur vote.

Ce qui ressort de tout ce que j'ai lu et entendu, c'est la pensée magique, l'aveuglement volontaire des partisans conservateurs: ils votent pour la droite pour un ménage économique, et ils se disent que le reste (militarisme, homophobie et sexisme latents, «God bless Canada» et autres) ne sont au pire que des dommages collatéraux, au mieux que des politiques et des façons de penser qui ne trouveront jamais terreau fertile ici. Parce qu'il y a des garde-fous pour lesquels quelques autres ont voté…

J'ai longtemps pensé que la politique du pire (lire Harper) aiderait la cause souverainiste. Je n'en suis plus si sûr. Parce qu’un gouvernement minoritaire sera gentil gentil, puis il reviendra à la charge, cette fois majoritaire. Ça lui laissera quelque chose comme six années pour semer, cultiver, engraisser ses idées de droite dans les petites têtes parfois molles. Je ne suis plus sûr que c'est une bonne idée parce que je n'avais pas prévu que les Conservateurs auraient quelques appuis ici, au Québec, ce toujours Bas(sic!) Canada. Dans six ans, ils seront combien à s’être habitués à ces idées au point de les trouver «pas si pire, finalement»?

J'en entends dire qu'ils ne prendront que le meilleur d'Harper et qu'ils jetteront le reste quand le reste se pointera. Aveuglement volontaire, je disais. Moi, j'ai l'impression d'assister à une inquiétante représentation de Rhinocéros de Ionesco; je ne vois que la corne qui pousse sur le front de ceux qui se croyaient à l’abri.

mercredi 25 janvier 2006

L'Incroyable Science

Une impression étrange d’irréalité, comme voir l’horizon d’une planète lointaine, comme descendre de sa caravelle pour sentir le sable du Nouveau Monde couler entre ses doigts, comme voir, par échographie 3D, le profil de ma fille lovée dans le ventre de sa mère!

mardi 24 janvier 2006

Histoire à f'Harper

À 17 ans, au volant du Dodge Aspen de mon père, je clignotais à gauche pour tourner à droite, histoire de faire rire mes amis.

Peut-être est-ce mon âge ou mon sens de l'humour qui a changé, mais aujourd'hui, un pays qui flashe à gauche et tourne à droite, je trouve ça difficile à suivre... et vachement inquiétant.

mercredi 18 janvier 2006

Énigme

Toutes blessent, la dernière tue.

Allez, sans googler, pour le fun de lire vos idées...

Comme la lune

Comme la lune gonfle tes flots, j’effrite tes escarpements, j’essouffle tes ondes. De marée en marée, je luis et me mire dans tes vagues, entre creux et crêtes. Comme la lune, je tourne, je satellite, sans dévoiler ma face cachée, sans jamais exhiber tous ces artéfacts qu’ont laissés derrière eux les cosmonautes du passé. Jusqu’au jour où tu te posas dans l’amer de la tranquillité. Tes foulées ont moins de gravité, mes tremblements sont moins sourds, depuis.

vendredi 13 janvier 2006

Prêt à emporter

Le mercredi soir, devant son reflet entre une photo déjà jaunie de son feu mari et une boîte à bijoux qui ne sait plus jouer de la musique, ma voisine Yvette se pomponne pour sa soirée de bingo; une boîte d'épingles à cheveux, un tube de rouge à lèvres écarlate, une tasse de fond de teint deux tons trop pâle, un demi-litre de parfum bon marché probablement acheté en vrac. Chaque fois, quand je vois Yvette partir en taxi, je me dis que si elle meurt dans la soirée, c’est l’embaumeur qui sera content de voir arriver du travail déjà fait. Pour lui, la recevoir serait un peu comme si un bûcheron entrait dans une forêt de bûches... Yvette, c’est du prêt à emporter. Quand je la croise les soirs de cartes à pitons, je lui dis qu’elle embaume; ça lui fait plaisir, et dans ma barbe, je me trouve très drôle.

Ce mercredi, Yvette a gagné 240$ au bingo. C’est ce qu’elle m’a fièrement raconté en revenant chez elle. Elle se considère pas mal chanceuse. Puis elle a dû me quitter parce que ses jambes lui faisaient souffrir le martyre. Dans un sourire écarlate, elle m’a dit bonsoir avant de refermer sur elle la porte de son deux et demi où le téléphone, comme la sonnette, ne résonne jamais.

lundi 9 janvier 2006

Actualité québécoise

Un séisme de 4,5 sur l'échelle Richter a été ressenti ce matin à Hungtingdon; le maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, a échappé son égo.

dimanche 8 janvier 2006

Et flotte le drapeau.

Aux Açores, il y a un petit port à l’ombre d’un volcan. Horta. Passage quasi obligé pour tous les voiliers qui traversent l’Atlantique. Protégés par d’énormes brise-vagues où le graffiti est norme, les marins pavanent leur coque parfois rustique, parfois plus raffinée, que le soir venu on magasine en marchant sur les quais multicolores. Aux beaux jours du printemps, des centaines de voiliers peuvent se retrouver amarrés à cet endroit. On doit presque les empiler. Immanquablement, on note les nationalités présentes : suédoise, anglaise, française, états-unienne, brésilienne, canadienne… On trouve bien quelques fleurdelysés ici et là, mais comme le Québec n’a pas (encore) le statut de pays, ce n’est pas réglementaire, et le drapeau canadien unifolié est de rigueur. On reconnaît alors le Québécois du Canadien-anglais par la grandeur du drapeau. Les premiers se réservent les timbres-poste alors que les seconds ont des drapeaux à rendre jaloux le foc de leur bateau. J’en même ai vu un qui, par temps calme, touchait l’eau tant il était grand. C’est le drame des nationalismes disproportionnés; ils se prennent pour des voiles mais ne flottent que par grands vents où ils fouettent alors le visage de leurs trop proches voisins. Sinon, ils s’affaissent sous leur propre poids, traînent dans l’eau et y pourrissent lentement.

vendredi 6 janvier 2006

Attention, je vous écoute... Spécial jefferies

N.B. Contrairement à ceux de la majorité des gens, les lapsus de Jean-François Domingue sont généralement réfléchis à l'avance. Ainsi, il est permis de croire que ses propos réfléchis sont généralement des lapsus...

«Le problème des strings à l'école, j'aimerais bien mettre le doigt dessus.»

«Je l'ai compris après l'avoir pensé.»

«Il part en lion, finit en girafe.»

jeudi 5 janvier 2006

Il pleut des coups

Coup de crayon, coup de marteau, je roue de coup clous dans bois mou. Puis sale coup sur les doigts. Coup de poing le pouce dans la bouche. Alors coup de barre, je rends coup pour coup et je fais le coup du lapin au coup bas. Coup d’épée dans l’eau. La vie me rend coup fourré pour coup mes coups; je manque mon coup de scie. Coup de pied de rage. J'encaisse le coup de Jarnac comme coup de fouet, je redouble mes coups.
Sur le coup de 20h, dernier coup de cœur pour finir mon coup. Du même coup, de grâce. Ça tient le coup et en vaut le coup d’œil. Avec ces armoires pour couperose en bouteilles, je serai dans le coup.
Coup de fil aux copains; en un coup de vent, je file prendre un coup, fier du mien.

lundi 2 janvier 2006

Des Petits Gros et l'heure des boires

Dans La Presse du 31 décembre dernier (à ne pas confondre avec le 31 décembre avant dernier, un brin meilleur, mais tout de même pas assez bon pour être le premier): à cause d'une mauvaise perception, l'humain verserait - et boirait - plus d'alcool dans les petits verres larges que dans les grands étroits, et vice versa (et à vice versé, il faut le boire).
Ainsi, si on verse plus d'alcool dans les contenants petits et larges, les petits gros ont enfin un avantage sur les grands minces.

vendredi 30 décembre 2005

Aphorisme

La femme, comme l'herbe, est toujours plus verte chez le voisin.

mercredi 28 décembre 2005

Des Coquilles et quelques écales

Quelques extraits de compos étudiantes. Pour Nouelle.

«Le monde du cinéma a connu le relâchement des films Star Wars (...)»
C'est vrai qu'ils se sont relâchés un peu...

«En 1949, l'empereur Mayo bannit le bandage des pieds en Chine.»
Cette coutume avait été instaurée par l'empereur Tomato Ketchup.

«Le père donnait des cours de piano à ses enfants et il les faisait tester toutes les fins de semaine».
Ça vaut mieux; ils ne sont plus aussi fiables que ceux de notre temps.

«Le roman de Vigneault est rempli de références musicales qui embellissent la beauté du texte.»
C'est tellement beau que ça embellit le déjà beau. C'est beau, beau, beau.

«John Wayne Bobbit est opéré dès les retrouvailles du pénis.»
C'est sûrement plus excitant que les retrouvailles des membres du club de dames de la polyvalente Euclide-Théberge cuvée 1983.

«Il la maltraitait autant sexuellement que quotidiennement.»
Il la frappait dans les parties quotidiennes.

«Le livre possède une histoire enchaînante avec des personnages attachants.»
On ne pouvait s'enlacer...

lundi 26 décembre 2005

«Simple et rapide»

Lundi matin, un couple d’une soixantaine d’années est venu à la machine photo du centre d’achats. Alors que la dame sortait un document d’un grand sac Sears, l’homme tentait de comprendre comment fonctionnait cette espèce de numériseur public. «Simple et rapide» indiquait le message d’accueil sur l’écran. La tête droite, l’homme essayait de lire au travers ses doubles foyers la marche à suivre imprimée en caractères trop petits. Une à une, sa femme a sorti des photos d’une autre époque, triées consciencieusement les jours précédents. Une à une, le retraité a numérisé, recadré, balancé les couleurs, bleuté les yeux rougis comme d’autres corrigent des examens. Il appuyait sur des boutons avec cette crainte qu’on a toujours devant des machines inconnues, enregistrait ses modifications, tentait d’oublier que ses genoux s’impatientaient, tout cela pendant que sa femme chassait à coups de sacoche la grosse fausse blonde trop maquillée qui soupirait d’impatience derrière eux. Quatre heures devant un écran à revisiter le passé. À la dernière photo, sur le point d’imprimer son œuvre, l’homme a soupiré, content et un peu fier; le centre fermait ses portes dans quelques minutes, ils avaient réussi. Il a appuyé sur la touche «Terminé» pensant entrer en phase d'impression. L’écran est revenu à son message d’accueil : «Simple et rapide».

L’homme a regardé sa femme, le regard dans une buée à mi chemin entre le découragement et la rage. Il ne restait plus qu’à tranquillement rentrer à la maison. Ils n’ont pas beaucoup parlé ce soir-là.

Le lendemain, à l’ouverture du centre d’achats, le couple était à nouveau devant le numériseur. Cette fois, la femme avait un plus petit sac, et l’homme a numérisé et imprimé son contenu en moins d’une heure avant de rentrer chez-lui heureux, en tenant sa femme par la main. Les deux amoureux sont revenus au centre tous les matins suivants, pour une heure chaque fois, et chaque fois, ils repartaient avec le sourire et leur petit sac. Puis le samedi matin, une grosse fausse blonde trop maquillée était à la machine. Les retraités avaient fini leur boulot.

* *

Ce Noël, entre autres cadeaux, mes parents m’ont donné un album photo personnalisé avec contenu fraîchement numérisé, recadré, recoloré: moi à mon baptême dans les bras de mes grands-parents; moi et mes amis à ma fête de cinq ans; ma mère qui tente de convaincre ses enfants de prendre une belle pose pour la postérité alors que nous faisions des grimaces, moi assis sur un cheval tandis que mon père tenait les guides… J’ai calculé rapidement que mon père avait 36 ans sur cette photo. Mon âge aujourd’hui. Puis une photo de mon petit frère et moi dans notre «suit» de baseball… J’ai toujours haï le baseball. Pourtant ce Noël, j'ai été ému à la vue de cet uniforme et de mon gant trop grand. Ces photos montraient ce que des yeux étrangers ne verraient jamais.

Ce Noël, j’ai probablement eu un des plus beaux cadeaux. Et un cadeau comme ça, ce n’est jamais simple et rapide.

mercredi 21 décembre 2005

Les Rois déchus de la montagne

Quand j’ai emménagé à Montréal à l’âge de 18 ans, j’étais fasciné par la frénésie humaine que provoquait une tempête de neige. Je pouvais passer des heures assis à la fenêtre de mon appartement de la rue d’Iberville à regarder les gens se stationner en biais, à pousser leur bazou soudainement innofensif à cause de quelques centimètres de neige sous les roues. Dans ma vie rurale d’avant, l’hiver, un camion, une souffleuse ou une charrue (une grosse gratte jaune sale avec des roues avant géantes inclinées de côté) tassait la neige sur le bord des rues et créait des montagnes de neige qui fondaient jusqu'à la mi-juin et qui redonnaient au printemps les mitaines et les tuques qu’on y avait oubliés. Dans ces montagnes, on construisait des forts, on creusait des tunnels, on inquiétait nos parents car ces montagnes de neige écrasaient son lot d’enfants à chaque année, toujours dans de petits villages éloignés où les gens devaient être bien cons, du moins plus que nous qui l’étions déjà pas mal. Mais à huit ans, ces montagnes étaient des pays qui ne nous laissaient rentrer au chaud que lorsque notre habit de neige et le feutre de nos bottes de ski-doo étaient trempés de bonheur gratuit.

À Montréal, j’ai vite compris que les montagnes de neige n’étaient pas aussi ludiques. Quand on les laissait quelques jours sur le bord des trottoirs, des enfants s’y glissaient comme la vermine s’immisce dans les ordures, et immanquablement, quelques-uns se faisaient manger par une souffleuse au conducteur un peu édenté, en bédaine dans sa cabine vitrée. Alors on s’est vite convaincus qu’il fallait enlever la neige tout de suite dans un ballet mécanique impressionnant. J’ai passé toutes mes premières neiges montréalaises appuyé au rebord de la fenêtre pour regarder les chenillettes déblayer le trottoir, puis un tracteur pousser la neige dans la rue, la charrue la repousser sur le bord, une première souffleuse la projeter maladroitement dans des camions dignes de la baie James. Puis tout recommençait une autre fois, parce que les camions bavaient, parce que la souffleuse ne savaient pas quand s'arrêter de souffler, parce qu’il en restait un peu partout. Et derrière tout cela, des automobilistes roulaient à vitesse réduite pour profiter d’une place de stationnement toute neuve juste devant leur porte, luxe urbain éphémère, et ces derniers rentraient chez-eux enorgueillis en se disant que c’est don’ beau, une belle rue propre propre.

Hier, j’ai regardé cet étrange ballet une autre fois. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Je l’ai trouvé bien triste. Peut-être est-ce l’âge, peut-être est-ce la paternité qui s’en vient, mais j’aurais échangé tous les tracteurs de la ville pour m’asseoir devant ma fenêtre et regarder des enfants conquérir des forteresses de neige. Des forteresses faussement menaçantes qui empêchent les voitures de se stationner et qui redonnent les jouets oubliés au printemps.

Peut-être devrais-je descendre dans la rue, m'emparer d'une montagne en y construisant un fort, puis y planquer un tas de munitions en balles de neige, et la défendre contre les charrues jaunes conduites par des hommes bronzés en hiver. Il est fort à parier que mes voisins me trouveraient débile. Vous n'avez pas idée à quel point ça me rassurerait... Des volontaires? Il me manque des grenadiers et des lanciers avec des couilles grosses comme ça. Un cuistot aussi. Envoyez vos c.v.

lundi 19 décembre 2005

Aphorisme

Faites attention aux radins altruistes: ils vous prêtent l'oreille, mais leurs intérêts sont parfois élevés...

jeudi 15 décembre 2005

Aphorisme politique

Les politiciens ont si bien pelleté des nuages lors du «débat» (sic!) des chefs de ce soir qu'il n'est pas étonnant qu'on annonce 30 centimètres de neige demain.

mardi 13 décembre 2005

L'addition, s'il vous plaît!

Arrive le temps des corrections, le retour du balancier du temps des cathédrales…
Je dois les faire au café du quartier, un chaleureux mélange de fripperie et de café, afin de ne pas fuir dans de soudaines urgences ménagères telles que laver le plancher de l’entrée ou remplacer la pile de la télécommande orpheline qui ne fonctionne avec aucun appareil de la maison.

Avant la mise en chantier, je fais des petites piles sur ma table, je trie par groupe, j’aligne les stylos – un bleu pour la colère, un vert pour l’espoir, un rouge pour le sang – puis je retrie les travaux comme je planifie mes assiettées: les légumes en premier, ensuite les pâtes, la viande et le dessert, puis apparaît la note. Une grosse heure de préliminaires. Même Dame V. n'y croit pas. Mais je me trompe souvent et je me retrouve avec des haricots entre deux bouchées de gâteau, et une sauce chocolatée sur ma laitue.

Un jour, je vous raconterai les grilles de correction que j’utilise pour mes repas. D’ici là, j’ai un premier service à me mettre sous la dent…

lundi 12 décembre 2005

Liberté et Puissance

Tous les matins, je roule vers le boulot sur la même autoroute, empruntant les mêmes voies, abordant les mêmes courbes de la même manière. De l’autre côté du terre-plein, les banlieusards font la queue vers des paravents greiges et une promesse de chèque de paie. À la radio s’empilent bulletins météo, chansons prévisibles et pubs d’automobiles qui me promettent liberté et puissance.

À la hauteur de l’avenue Woodland, entre deux poteaux du garde-fou au centre de l’autoroute, il y a le cadavre d’une jeune biche, frappée par un véhicule il y a quelque temps déjà. Chaque fois que je passe par là, je me répète les mêmes trucs, dans le même ordre. Primo : il y a des cervidés à Beaconsfield? Secundo : elle aurait dû rester dans son ravage. Traverser une autoroute, quand on est un chevreuil, ce n’est jamais une bonne idée.

Pendant que je roule à 110 km/h, je me demande qui de nous deux est le plus brillant. Tous les jours, je suis une voie toute tracée, goudronnée, balisée. Quand je m'emmerde trop, je mets deux roues dans l’accotement, de l’autre côté de la ligne, pour prendre un peu plus que ce qu'on m'a donné. Mais même là, je demeure en marge, dans cet espace qui se définit par la norme, à mille lieux de ce dont je rêve parfois, un esprit libre qui n’est en réaction à rien. Je ne suis pas cette entité qui va où elle veut, où elle espère l’herbe plus verte, qui se fout des sens uniques et des garde-fous pour gens sains, et qui parfois traverse une autoroute devant le faisceau étroit des phares d’une voiture.

Tous les matins, malgré ses grognements et sa suspension assistée, ma boîte de tôle n’arrive pas à me faire oublier qu’elle roule avec le sang de la liberté sur sa puissance froissée.

vendredi 9 décembre 2005

Attention, je vous écoute...

Au sujet des promesses électorales...

«Ça te sort par une oreille, et ça te sort par l’autre.»
Véronique Boily

jeudi 8 décembre 2005

En Marge

Ils étaient une dizaine habillés en noir des pieds à la tête, celle-ci parfois coiffée d’un Fedora noir. Ça fumait des petits bouts de cigarettes qu’ils tenaient entre l’auriculaire et l’annulaire, la main à hauteur du nombril, la paume vers le ciel. Il y en avait un ou deux à qui j’aurais aimé parler dans le groupe, mais je ne fais pas partie de la sphère des poètes, des marginaux, des vrais. L’exclus aime l’exclusion, la provoque et l’entretient. La sienne et celle des autres. Car fort du poids de son groupe, le marginal crée sa norme et rejette ceux qui n’y correspondent pas. Rien de pire que le marginal grégaire. À les regarder, j’ai toujours cet étrange sentiment qu'on a devant un lac en octobre, qui oscille entre l’envie d'y nager et la joie de ne pas y tremper. Parce qu’il me faudrait toujours exhiber une douleur de vivre comme un Rockabilly expose ses tatous, parce qu’il faudrait que je devienne caractériel, parce qu’il faudrait que j’arrête de parler à trop de gens que j’aime pour être un vrai.

Pendant que je buvais ma bière avec des amis, eux, ils discutaient du dernier recueil de poésie de Jean-Philippe Bergeron, Débris des ruches. Enfin, j'ai supposé. Le livre semblait triste car ça ne riait pas beaucoup dans leurs rangs. Pendant que le groupe se serrait comme un troupeau de pingouins à 50 sous zéro, Bergeron m’a autographié son recueil que je souhaite aussi bon que le premier. Si c’est le cas, je suis mûr pour une retraite fermée de quelques semaines chez les moines. Qu’on ne se méprenne pas, c’est positif.

Puis le groupe s'est étiolé, tout le monde est parti, moi y compris. Je n’ai parlé à personne habillé en noir ce soir là. Un jour, je leur dirai qu’ils ont l'air chiants et imbus d’eux-mêmes. Dans le même élan, je leur dirai aussi de ne pas changer.

mardi 6 décembre 2005

Libéral 1, Bloc 0 (1 pt Godwin de Lapierre - qui perd gagne)

Allez, je vous explique un peu...

La loi de Godwin

«En 1990, Mike Godwin énonça la règle empirique suivante : "Plus une discussion [...] dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s'approche de 1"[...]

On peut remarquer que n'importe quoi peut remplacer le nazisme dans l'énoncé de cette loi, en effet plus une discussion est longue plus on a de chance d'y mentionner n'importe quoi.

Cette "loi" s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle une discussion qui dure dans le temps amène peu à peu les esprits à s'échauffer et à remplacer les arguments par des insultes. Le nazisme étant souvent considéré comme la pire des idéologies, toute comparaison avec un mouvement de ce genre est considérée comme le signe de l'échec de la discussion, du moins si le sujet de départ était très éloigné. On estime alors qu'il est temps de clore le débat, dont il ne sortira plus rien de pertinent, pour repartir sur des bases saines. On dit alors qu'on a atteint le point Godwin de la discussion.

L'expression point Godwin a, par extension, également pris un autre sens : un point Godwin est un point donné au participant qui aura permis de vérifier la loi de Godwin en venant mêler Hitler, le nazisme ou toute idéologie haineuse à une discussion dont ce n'est pas le sujet.»
(tiré de Wikipedia - Merci au Laborantin!)

Au delà de cette information amusante, je voudrais souligner la magnifique prestation théâtrale de Paul Martin dans le rôle du gars qui fait pitié mais qui va fêter courageusement Nouelle à Monrial quand même, en famille s'il vous plaît, malgré tout.

lundi 5 décembre 2005

Réflexions sur la lenteur

La lenteur est l’hésitation de l’indécis et l’assurance du sage, la faiblesse du vieux et la force de l’eau, l’impuissance du malade dans son lit et l’autorité du professeur entre les bureaux, la menace du vautour et le réconfort d’une caressse, l’usure du vent et l’approche du fauve, l’inflexibilité du temps et la clémence de la clairière, le doute de la destination et la certitude de notre destinée, l’âpreté de l’inexorable et la douceur du sable. La lenteur c’est la célérité du masochiste et le ralenti de l’épicurien, le rythme de l'ennui et la pause du jouisseur.

La lenteur, c’est tout ça, le retard et le désir, c’est le voyage comme unique motif.
Et parfois, après un soupir, on se surprend d’être arrivé avant même d’être à quai.