Pierrot essaie tous les jours de marcher droit, de ne pas tomber, mais il a des problèmes d’équilibre. Ce n’est pas facile. C’est même difficile parfois. Il tombe souvent. Mais il essaie de tenir bon. Il essaie de se tenir. Ce n’est pas facile à savoir, se tenir. Il paraît que c’est plus facile pour certains. Mais Pierrot n’est pas certain. Il est lui. Quand il est fin, quand il se tient bien, il a le droit d’aider. Parce qu’il est moins fou que les autres, on lui confie des trucs. Pas des trucs importants ni des secrets. On lui confie des tâches. Ce matin, il débarrasse les tables. Ce n’est pas à la portée de tous, débarrasser les tables. Il faut mettre les bols dans les assiettes, les assiettes dans d’autres assiettes, les ustensiles dans les verres, et tout ça dans le bac à roulettes. Sans ce travail, il s’ennuie. Tout l’ennuie. Les autres aussi l’ennuient avec leur bave et leur rire de fous. Alors il préfère travailler, mettre les petits plats dans les grands, faire des piles, et pousser tout cela à la cuisine.
À la cuisine, il y a un cuisinier et des couteaux. Il y a aussi plein d’objets auxquels il ne peut pas toucher. Un cuisinier crie qu’il a des mains pleines de microbes. Alors Pierrot regarde sans toucher. Il observe les gestes du cuisinier, il observe les règles. Mais le cuisinier crie quand même «pousse-toi!» puis il crie «tire-toi!». Pierrot ne sait jamais ce qu’il veut vraiment. Alors il ne bouge pas. Quand il ne bouge plus, le cuisinier devient rouge. Pierrot croit que le cuisinier est aussi fou que les autres. Mais ce matin, à la cuisine, il n’y a personne. Il n’y a personne et la porte de la ruelle est ouverte. Alors Pierrot jette un regard à la ruelle. Il pleut et il n’y a vraiment personne. Pas un chat, rien. Il sait que personne n’a pas le droit de sortir de la maison sans les garde-fous, et si quelqu’un sort quand même, ils crient, ils frappent, ils enferment longtemps dans des chambres sombres. C’est insensé. Mais comme tout le monde est déjà fou, ça ne dérange personne. Et là, il n’y a personne. Alors Pierrot trouve un crayon, il écrit quelques signes sur le mur près de la porte, et il sort, il part, sans le dire à personne. Juste à lui. Il se le dit dans sa tête. Il a écrit bay! sur le mur et il a signé. Il a même signé. Don Pedro. Il est un homme de peu de mots. Quand les garde-fous les liront, ils se diront qu’ils auraient dû se méfier. On ne se méfie jamais de Don Pedro.
Il a mis le pied dehors. Puis les deux. Mais un pied en premier. Il ne faut pas sauter les étapes.
Dehors, il se tient bien droit. Il inspire les bras en croix. Comme Jésus sur le Titanic. Il sent le vent, le vent qui se lève, le vent dans sa voile de bateau, le vent qui lui souffle dans l’oreille de partir loin. Il pleut et il se sent grand. Il se sent debout. Il est sur la crête d’une vague, et le temps d’un soupir, le temps d’un haut-le-cœur, il se tient droit. Droit de hauteur. Et jl voit loin. Il voit le vide autour de sa vague, le vide qui l’étourdit, qui veut lui faire perdre l’équilibre, qui veut le faire retomber dans un creux. Alors il bat des bras pour ne pas perdre pied, pour ne pas perdre la tête sous la surface tandis que tout autour de lui roule, casse et brise. Il se bat pour ne pas perdre l’équilibre. Son équilibre à lui.
jeudi 15 mai 2008
mardi 13 mai 2008
Don Pedro (1ère partie de 3)
Il ne faut pas lui en vouloir. Tout est question d’équilibre. Il ne doit pas oublier de ne pas tomber quand il se tient debout. Dès que les garde-fous le réveillent. Dès qu’il se lève. Tous les matins, il se lève. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas comme d’autres, comme les vieux de son étage, ces grands flancs fous.
Il s’appelle Pierrot. Comme l’ami de celui qui a perdu sa plume, comme le petit frisé à la maternelle, comme le fou du village du temps des châteaux et des dragons et des jolies dans les donjons. Pierrot. C’est son nom. Pas à la mode. À contretemps. C’est un nom bémol, qui sonne un peu plus petit. Jamais tout à fait à la hauteur, jamais la note juste. Qui n’est pas «la», qui essaie de faire comme «si». Un nom qui n’évoque rien de bien intelligent. Un plomb au bout d’une ligne, un pois dans une tête, une ancre à bateau. Une ancre avec deux pieds de chaîne. Deux pieds idiots. Deux pieds inutiles car il navigue en eaux profondes, en eaux creuses. Pierrot.
Un jour, il y a longtemps, un garde-fou a bien vu que Pierrot ne lui allait pas. Pas comme un gant, en tout cas. Il a bien vu que ça n’allait pas avec sa tête. Il n’était pas fou. On ne pouvait pas présenter une masse de cent kilos avec un nom comme Pierrot. Ça faisait sourire. Pierrot aussi il souriait. Mais dans sa tête il ne souriait pas. C’est comme ça. Quand il ne sourit pas, il sourit pareil. C’est idiot, il le sait. Un jour, ce garde-fou l’a appelé Don Pedro. Pour rien. Parce que Pierrot a les cheveux noirs, parce qu’il a un nez d’aigle, parce qu’il a la peau foncée. Parce que quand les autres se moquent trop, parce que quand ils le fatiguent, il leur parle arabe en espagnol. Mais ce n’est pas vrai, il ne parle pas arabe en espagnol. Mais ils ne le savent pas car il fait semblant, il fait comme si. Il sait lire et il sait parler. Mais pas l’arabe en espagnol. Juste sa langue à lui. Il n’est pas si fou que ça. Il n’est pas aussi fou que tous le croient. Quand ils se taisent, Pierrot parle de ses vagues, mais ils ne comprennent jamais rien. Ils disent qu’il n’est pas tout à fait là. Ils confondent toujours tout. Ils confondent la mer et le désert, son bateau et les coquilles de noix. Ils disent nut. Pierrot sait que nut ça veut dire noix en arabe en espagnol. Il ne comprend pas tout mais il faut les comprendre : ils sont un peu fous aussi. Souvent, ils le sont pas mal plus que lui, même s’ils sont ses camarades, même s’ils vivent à la même place, dans la même maison, le même monde.
Comme ce sont les seules personnes à qui il parle, il fait le fou comme eux. Il fait le fou plus que nécessaire. Il parle leur langue. Il parle en boucle sans jamais rien boucler. Sans arrêt, il boucle, il cerne, il fatigue. Alors il se tait. Mais même quand il se tait, il continue. Il parle dans sa tête. Il s’entretient. Il s’entretient sinon il use. Il le fait sans arrêt. Il en a pris l’habitude, il a pris pli, il est devenu un peu plus fou que nécessaire, pour être comme les autres, pour être un peu moins seul. Il s'amuse plus avec quelqu'un avec qui parler. Plus il est fou, plus il rit. Mais il n’est pas si fou. Il s’appelle Pierrot et il divague souvent. Il vogue dans ses vagues. Jusqu’à son continent. Jusqu’au pays de Don Pedro. Il s’appelle Pierrot.
Il s’appelle Pierrot. Comme l’ami de celui qui a perdu sa plume, comme le petit frisé à la maternelle, comme le fou du village du temps des châteaux et des dragons et des jolies dans les donjons. Pierrot. C’est son nom. Pas à la mode. À contretemps. C’est un nom bémol, qui sonne un peu plus petit. Jamais tout à fait à la hauteur, jamais la note juste. Qui n’est pas «la», qui essaie de faire comme «si». Un nom qui n’évoque rien de bien intelligent. Un plomb au bout d’une ligne, un pois dans une tête, une ancre à bateau. Une ancre avec deux pieds de chaîne. Deux pieds idiots. Deux pieds inutiles car il navigue en eaux profondes, en eaux creuses. Pierrot.
Un jour, il y a longtemps, un garde-fou a bien vu que Pierrot ne lui allait pas. Pas comme un gant, en tout cas. Il a bien vu que ça n’allait pas avec sa tête. Il n’était pas fou. On ne pouvait pas présenter une masse de cent kilos avec un nom comme Pierrot. Ça faisait sourire. Pierrot aussi il souriait. Mais dans sa tête il ne souriait pas. C’est comme ça. Quand il ne sourit pas, il sourit pareil. C’est idiot, il le sait. Un jour, ce garde-fou l’a appelé Don Pedro. Pour rien. Parce que Pierrot a les cheveux noirs, parce qu’il a un nez d’aigle, parce qu’il a la peau foncée. Parce que quand les autres se moquent trop, parce que quand ils le fatiguent, il leur parle arabe en espagnol. Mais ce n’est pas vrai, il ne parle pas arabe en espagnol. Mais ils ne le savent pas car il fait semblant, il fait comme si. Il sait lire et il sait parler. Mais pas l’arabe en espagnol. Juste sa langue à lui. Il n’est pas si fou que ça. Il n’est pas aussi fou que tous le croient. Quand ils se taisent, Pierrot parle de ses vagues, mais ils ne comprennent jamais rien. Ils disent qu’il n’est pas tout à fait là. Ils confondent toujours tout. Ils confondent la mer et le désert, son bateau et les coquilles de noix. Ils disent nut. Pierrot sait que nut ça veut dire noix en arabe en espagnol. Il ne comprend pas tout mais il faut les comprendre : ils sont un peu fous aussi. Souvent, ils le sont pas mal plus que lui, même s’ils sont ses camarades, même s’ils vivent à la même place, dans la même maison, le même monde.
Comme ce sont les seules personnes à qui il parle, il fait le fou comme eux. Il fait le fou plus que nécessaire. Il parle leur langue. Il parle en boucle sans jamais rien boucler. Sans arrêt, il boucle, il cerne, il fatigue. Alors il se tait. Mais même quand il se tait, il continue. Il parle dans sa tête. Il s’entretient. Il s’entretient sinon il use. Il le fait sans arrêt. Il en a pris l’habitude, il a pris pli, il est devenu un peu plus fou que nécessaire, pour être comme les autres, pour être un peu moins seul. Il s'amuse plus avec quelqu'un avec qui parler. Plus il est fou, plus il rit. Mais il n’est pas si fou. Il s’appelle Pierrot et il divague souvent. Il vogue dans ses vagues. Jusqu’à son continent. Jusqu’au pays de Don Pedro. Il s’appelle Pierrot.
lundi 12 mai 2008
Preuves
Le truc a fait ses preuves : on nous prétend une activité X, disons un souper en amoureux, et quand on arrive au resto, les amis nous y attendent et cachés derrière leur menu.
Le truc à fait ses preuves et je suis tombé dans le panneau samedi soir. Il faut dire que cette fois, c’était 10 jours après mon anniversaire et comme on avait fêté le 40e de Patrick le jour de ma fête (le bougre, il a choisi de naître le jour de mon anniversaire, question de me voler la vedette… Incapable de choisir une date à lui… M’énarve…), je croyais bien mon tour remis aux calendes grecques.
Ça demande d'être préparé, de gérer des horaires disparates et capricieux, de nager entre les semi-vérités et demi-mensonges, d’appeler les gens en secret, de fouiller dans les carnets d’adresse, de prétendre des soirées au cinéma, de ne pas parler en rêvant. L’habileté de Dame V. à ces égards est de toute évidence élevée, ce qui m’inquièterait si j’étais un tant soit peu plus parano.
Samedi soir, je suis rentré un peu aviné et très heureux d’avoir une copine aussi attentionnée et de si bons amis, qui pardonnent mes absences, mes oublis, mes fatigues et mes niaiseries. Parfois je me demande si je les mérite tous, copine et copains.
Le truc a fait ses preuves, et il fait du bien.
Le truc à fait ses preuves et je suis tombé dans le panneau samedi soir. Il faut dire que cette fois, c’était 10 jours après mon anniversaire et comme on avait fêté le 40e de Patrick le jour de ma fête (le bougre, il a choisi de naître le jour de mon anniversaire, question de me voler la vedette… Incapable de choisir une date à lui… M’énarve…), je croyais bien mon tour remis aux calendes grecques.
Ça demande d'être préparé, de gérer des horaires disparates et capricieux, de nager entre les semi-vérités et demi-mensonges, d’appeler les gens en secret, de fouiller dans les carnets d’adresse, de prétendre des soirées au cinéma, de ne pas parler en rêvant. L’habileté de Dame V. à ces égards est de toute évidence élevée, ce qui m’inquièterait si j’étais un tant soit peu plus parano.
Samedi soir, je suis rentré un peu aviné et très heureux d’avoir une copine aussi attentionnée et de si bons amis, qui pardonnent mes absences, mes oublis, mes fatigues et mes niaiseries. Parfois je me demande si je les mérite tous, copine et copains.
Le truc a fait ses preuves, et il fait du bien.
lundi 5 mai 2008
Blogu'Or 2008
Qu'ouis-je? Les Blogu'Or 2008?
Que lus-je? Quelqu'un de gentil m'y a mis en nomination?
Le crois-je? Dans deux catégories: Littérature-fiction et Opinions?
Allez voir! Cliquez et allez voter! Même pas besoin de manger chez Saint-Hubert! En plus, on y fait plein de belles découvertes (et des pas mûres)!

Sur ce, merci à celle-celui-celles-ceux ou autre qui a-ont ajouté mon blogue à la liste.
Que lus-je? Quelqu'un de gentil m'y a mis en nomination?
Le crois-je? Dans deux catégories: Littérature-fiction et Opinions?
Allez voir! Cliquez et allez voter! Même pas besoin de manger chez Saint-Hubert! En plus, on y fait plein de belles découvertes (et des pas mûres)!

Sur ce, merci à celle-celui-celles-ceux ou autre qui a-ont ajouté mon blogue à la liste.
dimanche 4 mai 2008
Attention, je vous écoute...
On fait le bon parent, on montre à dire s'il-vous-plaît-merci-pirouette, on enseigne des chansons, et...
Comme si les lapsus de sa mère ne suffisaient pas, voici que ma fille s'y met. Hard!
(Rappel: c'est chanté du haut de l'innocence de ses 2 ans, et ce qu'elle chante n'est pas ce que j'entends. Alors, on se calme avec la DPJ...)
«Au clai' de la lune
Mon ami est yo
P'ête moi ta pute
Pou' éc'i' un mot
Ma landelle est motte
Ye yé yu ye (bref silence) FEUUUUUU!
Ouv'e-moi la plote
Pou' l'amou' des yeux.»
Je crois qu'elle serait mieux de faire comme moi et de se mettre à l'écriture au plus vite!
Comme si les lapsus de sa mère ne suffisaient pas, voici que ma fille s'y met. Hard!
(Rappel: c'est chanté du haut de l'innocence de ses 2 ans, et ce qu'elle chante n'est pas ce que j'entends. Alors, on se calme avec la DPJ...)
«Au clai' de la lune
Mon ami est yo
P'ête moi ta pute
Pou' éc'i' un mot
Ma landelle est motte
Ye yé yu ye (bref silence) FEUUUUUU!
Ouv'e-moi la plote
Pou' l'amou' des yeux.»
Je crois qu'elle serait mieux de faire comme moi et de se mettre à l'écriture au plus vite!
vendredi 2 mai 2008
Les Amis en collant
Il y a des héros grandioses, tout en collant et en cap, aux muscles saillants et à l’anti-sudorifique à toutes épreuves. Des gens qui arrivent aux moments les plus graves, s’étant laissés savamment désirer, comme la cavalerie dans les westerns.
Il y a aussi les héros ordinaires, qui nous relèvent quand on a trébuché, quand ils n’ont pas tout simplement enlevé la pelure de banane avant qu’on y pose le pied. Des héros en t-shirt gris, en jeans sales, en bourrelets ou en calvitie. L’œil extérieur d’autrui n’y voit que de vulgaires n’importe qui, comme tout le monde ne voit que Clark Kent quand il n’est pas vêtu de sa cape. Ils n’ont rien d’hollywoodien, rien de vendeur, rien pour faire frémir les adolescents. Ils sont maladroits et oublieux, mais ils répondent présents quand on les appelle. Ils manquent leurs farces 2 fois sur 3, se contredisent souvent, sont inconséquents, et la porte fermée, il y a fort à parier qu’ils se foutent le doigt dans le nez. Ces gens ignorent qu’ils sauvent des vies, qu’ils ont sauvé la mienne quelques fois du moins.
Ces gens, ces amis, devraient parfois recevoir une médaille de bravoure, non pas pour avoir sauté du haut d’un ravin pour nous sortir des remous d’une rivière, mais bien parce qu’ils ont su rester assis près de nous quand nous ne savions plus de quoi ni de qui nous avions besoin.
Ces gens, je ne les échangerais pas contre n’importe quel super héro.
…Mais j’avoue qu’il y en a 2 ou 3 que j’aimerais bien voir en collant, pour rire.
Il y a aussi les héros ordinaires, qui nous relèvent quand on a trébuché, quand ils n’ont pas tout simplement enlevé la pelure de banane avant qu’on y pose le pied. Des héros en t-shirt gris, en jeans sales, en bourrelets ou en calvitie. L’œil extérieur d’autrui n’y voit que de vulgaires n’importe qui, comme tout le monde ne voit que Clark Kent quand il n’est pas vêtu de sa cape. Ils n’ont rien d’hollywoodien, rien de vendeur, rien pour faire frémir les adolescents. Ils sont maladroits et oublieux, mais ils répondent présents quand on les appelle. Ils manquent leurs farces 2 fois sur 3, se contredisent souvent, sont inconséquents, et la porte fermée, il y a fort à parier qu’ils se foutent le doigt dans le nez. Ces gens ignorent qu’ils sauvent des vies, qu’ils ont sauvé la mienne quelques fois du moins.
Ces gens, ces amis, devraient parfois recevoir une médaille de bravoure, non pas pour avoir sauté du haut d’un ravin pour nous sortir des remous d’une rivière, mais bien parce qu’ils ont su rester assis près de nous quand nous ne savions plus de quoi ni de qui nous avions besoin.
Ces gens, je ne les échangerais pas contre n’importe quel super héro.
…Mais j’avoue qu’il y en a 2 ou 3 que j’aimerais bien voir en collant, pour rire.
mercredi 30 avril 2008
Attention, je vous lis...
Je ne sais toujours pas quoi penser de cet autobus sur Mont-Royal dont l'afficheur avant montrait, un mot à la fois:
Go
Habs
Go
Désolé
Hors service
...
Go
Habs
Go
Désolé
Hors service
...
jeudi 24 avril 2008
Prix littéraire des collégiens 2008 - seconde partie : Le Sainte-Angèle
Au «last call» au bar de l’hôtel, On s’est regardé tous les trois : il était hors de question que notre seule soirée ensemble s’évapore à une heure moins quart… Dany et moi, nous nous sommes tournés vers Isabelle, la seule d’entre nous susceptible de connaître suffisamment Québec pour nous éviter les attrappe-Ontariens.
Quelques minutes plus tard, on pénétrait dans un petit pub sans grande enseigne : le désormais mythique Sainte-Angèle! Notre arrivée doubla le nombre de clients dispersés autour des 4 tables de la place. Au centre, un bar en bois brut, élimé par de nombreux coudes. Le barman au sourire joyeux a cette oreille avenante éreintée aux peines d’amour, aux remodelages du monde et aux poésies douteuses. Il participait à la discussion, heureux d’être content, et à toutes les trois minutes, il disparaissait sous son bar sous notre regard intrigué. J’ai dû me lever pour m’apercevoir qu’il ne faisait que se pencher pour laver ses verres dans un évier pratiquement déposé sur le sol. Le premier plongeur de ce pub devait être Hobbit… Le genre de détails qui nous fait aimer la vie.
Comme Isabelle fraternisait depuis son entrée avec des inconnus bédéistes, Dany et moi en avons profité pour remplir nos phylactères de bière, de biberons et de pépines. Durant les silences, je scrutais les bouteilles du bar. Sur la tablette du haut, plusieurs bouteilles de scotch. Au centre d’elles, un Macallan. Dans mon cœur, la joie d’avoir trouvé un chez-moi à Québec.
Vers 2h45, deux demoiselles se sont assises au bar près de nous. Pas charmantes, pas moches, rien. Deux filles ordinaires, un brin pompettes et trop pomponnées, qui aimeraient bien rentrer avec un barman, et qui, en notre qualité de non-barman et de nobody, nous ignoraient royalement Dany et moi. Des filles comme il y en a partout, quoi.
Soudainement, l’une d’elles s’est retournée et a demandé au barman :
- Si je te montre un sein, tu m'offres un cognac?
On est resté bouche bée. Le barman, usé à ce genre d’inattendus, a simplement ri.
Et voilà la luronne de s’étirer le décolleté pour laisser respirer sa liberté d’expression, comme quoi la vie, même à 2h45 du matin, est pleine de rebondissements. Trois secondes plus tard, l’ordre des choses est rétabli et la douce retourne à sa bière. Pour Dany, qui devait commencer à voir double à ce moment, le spectacle était complet. Mais pas pour le barman.
- On peut voir les deux?
On ne peut lui en vouloir d’avoir tenté sa chance, mais Janet Jackson avait fini son spectacle et nous a sympathiquement refait dos, sans cognac. Sorré, the show is oveur, no rappel. Le lendemain, au salon de l’ivre, on en riait encore.
L’an prochain, pour sûr, on retournera boire au Sainte-Angèle, ne serait-ce que pour joyeusement se rappeler que cette année, on a bu à l'ombre du sein d'Angèle.
Quelques minutes plus tard, on pénétrait dans un petit pub sans grande enseigne : le désormais mythique Sainte-Angèle! Notre arrivée doubla le nombre de clients dispersés autour des 4 tables de la place. Au centre, un bar en bois brut, élimé par de nombreux coudes. Le barman au sourire joyeux a cette oreille avenante éreintée aux peines d’amour, aux remodelages du monde et aux poésies douteuses. Il participait à la discussion, heureux d’être content, et à toutes les trois minutes, il disparaissait sous son bar sous notre regard intrigué. J’ai dû me lever pour m’apercevoir qu’il ne faisait que se pencher pour laver ses verres dans un évier pratiquement déposé sur le sol. Le premier plongeur de ce pub devait être Hobbit… Le genre de détails qui nous fait aimer la vie.
Comme Isabelle fraternisait depuis son entrée avec des inconnus bédéistes, Dany et moi en avons profité pour remplir nos phylactères de bière, de biberons et de pépines. Durant les silences, je scrutais les bouteilles du bar. Sur la tablette du haut, plusieurs bouteilles de scotch. Au centre d’elles, un Macallan. Dans mon cœur, la joie d’avoir trouvé un chez-moi à Québec.
Vers 2h45, deux demoiselles se sont assises au bar près de nous. Pas charmantes, pas moches, rien. Deux filles ordinaires, un brin pompettes et trop pomponnées, qui aimeraient bien rentrer avec un barman, et qui, en notre qualité de non-barman et de nobody, nous ignoraient royalement Dany et moi. Des filles comme il y en a partout, quoi.
Soudainement, l’une d’elles s’est retournée et a demandé au barman :
- Si je te montre un sein, tu m'offres un cognac?
On est resté bouche bée. Le barman, usé à ce genre d’inattendus, a simplement ri.
Et voilà la luronne de s’étirer le décolleté pour laisser respirer sa liberté d’expression, comme quoi la vie, même à 2h45 du matin, est pleine de rebondissements. Trois secondes plus tard, l’ordre des choses est rétabli et la douce retourne à sa bière. Pour Dany, qui devait commencer à voir double à ce moment, le spectacle était complet. Mais pas pour le barman.
- On peut voir les deux?
On ne peut lui en vouloir d’avoir tenté sa chance, mais Janet Jackson avait fini son spectacle et nous a sympathiquement refait dos, sans cognac. Sorré, the show is oveur, no rappel. Le lendemain, au salon de l’ivre, on en riait encore.
L’an prochain, pour sûr, on retournera boire au Sainte-Angèle, ne serait-ce que pour joyeusement se rappeler que cette année, on a bu à l'ombre du sein d'Angèle.
mardi 22 avril 2008
Prix littéraire des collégiens 2008 - première partie : Le Palais des congrès
On est assis par groupe de cinq ou six au restaurant de l’hôtel. On discute livres, on lance des appréciations comme la plupart discutent hockey, on n’est pas toujours d’accord mais ce n’est pas nous qui allons donner le Prix littéraire des collégiens 2008 dans quelques heures. Je suis le seul du groupe à ne pas avoir de formation en littérature, alors je me charge du vin. Les débouchées de la linguistique me surprendront toujours.
Le serveur apporte notre (première) bouteille de vin, me la montre, je la regarde. Le serveur attend. Je le regarde, je la regarde, je la vois. Belle bouteille. En verre et tout. Bien. Qu’est-ce que je dois dire? Belle étiquette? Menfin, je hoche la tête. Ça semble le satisfaire. Le serveur tire le bouchon, puis me le tend. Beau bouchon. Il me verse quelques gouttes et prend la pose. La classe, je vous dis pas. Je goûte. Ouache! Ça sent le liège à pleines narines!
Mais là, en con, je fige à mon tour : suis-je devenu bourge au point de retourner les bouteilles au resto? Ai-je assez de finesse palatale pour distinguer le bon vin de la piquette? Est-ce que l’arôme de liège est ce qu’ils appellent «une touche boisée»? Dans le doute, je consulte le littéraire à ma gauche. Il goûte, il aime, je me tais. On verse.
Tout le long du repas, entre les critiques et les anecdotes, deux constats s’imposent. Le premier, surprenant, est que les profs de littérature, hors de leur département collégial, sont parfaitement fréquentables. Le deuxième, plus cruel, est que le vin dans ma coupe tient de l'imbuvable. Ma soif m’impose de le boire en apnée et chaque fois que j’y plonge, je regrette mon geste.
De l’autre côté de la table, mon amie Isabelle qui d’abord hésitait approuve maintenant: on aurait dû retourner la bouteille. Pourtant, on est les deux seuls à y percevoir la submersion de liège. Bientôt, je n’en peux plus et je commande une autre bouteille.
Quand nous plongeons dans cette seconde bouteille, j’inspire de bonheur! Que du boisée, des petits fruits, des champignons... Le sous-bois au complet quoi, mais sans le liège! Même mon voisin de gauche, qui buvait goulûment la première, en arrive à la même conclusion : on s’est délecté de bouchonné à trois fois son prix SAQ.
Morale de cette histoire : ne comptez pas sur la littérature pour vous permettre de bien jauger tous les plaisirs de la langue.
Le serveur apporte notre (première) bouteille de vin, me la montre, je la regarde. Le serveur attend. Je le regarde, je la regarde, je la vois. Belle bouteille. En verre et tout. Bien. Qu’est-ce que je dois dire? Belle étiquette? Menfin, je hoche la tête. Ça semble le satisfaire. Le serveur tire le bouchon, puis me le tend. Beau bouchon. Il me verse quelques gouttes et prend la pose. La classe, je vous dis pas. Je goûte. Ouache! Ça sent le liège à pleines narines!
Mais là, en con, je fige à mon tour : suis-je devenu bourge au point de retourner les bouteilles au resto? Ai-je assez de finesse palatale pour distinguer le bon vin de la piquette? Est-ce que l’arôme de liège est ce qu’ils appellent «une touche boisée»? Dans le doute, je consulte le littéraire à ma gauche. Il goûte, il aime, je me tais. On verse.
Tout le long du repas, entre les critiques et les anecdotes, deux constats s’imposent. Le premier, surprenant, est que les profs de littérature, hors de leur département collégial, sont parfaitement fréquentables. Le deuxième, plus cruel, est que le vin dans ma coupe tient de l'imbuvable. Ma soif m’impose de le boire en apnée et chaque fois que j’y plonge, je regrette mon geste.
De l’autre côté de la table, mon amie Isabelle qui d’abord hésitait approuve maintenant: on aurait dû retourner la bouteille. Pourtant, on est les deux seuls à y percevoir la submersion de liège. Bientôt, je n’en peux plus et je commande une autre bouteille.
Quand nous plongeons dans cette seconde bouteille, j’inspire de bonheur! Que du boisée, des petits fruits, des champignons... Le sous-bois au complet quoi, mais sans le liège! Même mon voisin de gauche, qui buvait goulûment la première, en arrive à la même conclusion : on s’est délecté de bouchonné à trois fois son prix SAQ.
Morale de cette histoire : ne comptez pas sur la littérature pour vous permettre de bien jauger tous les plaisirs de la langue.
mercredi 16 avril 2008
Croisées tordues
Je pars demain matin pour Québec retrouver mes homologues collégiaux pour le Prix des collégiennes (les collégiens y sont habituellement minoritaires...) et faire une saucette au salon du livre vendredi après-midi avant de remonter à Montréal.
Le voyage est court et assez chargé, mais par simple curiosité, je me demandais qui d'entre vous je risquais de croiser à Québec. Il y aurait peut-être moyen de tordre les chemins un brin...
Le voyage est court et assez chargé, mais par simple curiosité, je me demandais qui d'entre vous je risquais de croiser à Québec. Il y aurait peut-être moyen de tordre les chemins un brin...
samedi 12 avril 2008
Attention, je vous écoute...
Il y a quelques semaines, je marchais tranquillement sur Mont-Royal en suivant deux hommes, sans trop m'en rendre compte. En passant devant le sanctuaire du Saint-Sacrement près du métro Mont-Royal, un des hommes, pour meubler leur silence, lit lentement à voix haute un petit écriteau près de l'escalier du sanctuaire:
- Attention, chute de glace.
Son compagnon, sort soudainement de ses pensées et montre un réel intérêt:
- Hon! Ça doit être beau, ça, une chute de glace!
- Attention, chute de glace.
Son compagnon, sort soudainement de ses pensées et montre un réel intérêt:
- Hon! Ça doit être beau, ça, une chute de glace!
dimanche 6 avril 2008
Ciao Charlie!
Charlton Heston est décédé aujourd'hui.
Ce militant de droite, ex-président de la NRA (National Rifle Association) qui défendait le droit de posséder des armes à feu, a déjà lancé lors d'un discours que la seule façon qu'on pourrait lui enlever son arme, ce serait de lui prendre «from my cold dead hands»!

Je crois que c'est le temps.
Ce militant de droite, ex-président de la NRA (National Rifle Association) qui défendait le droit de posséder des armes à feu, a déjà lancé lors d'un discours que la seule façon qu'on pourrait lui enlever son arme, ce serait de lui prendre «from my cold dead hands»!

Je crois que c'est le temps.
vendredi 4 avril 2008
Un Peu de Maghreb dans ma maison
Il y a quelques jours, comme souvent, ma fille est allée au parc avec la garderie, ce petit groupe singulier composé de grand-maman Dunda, qui trouve l’hiver affreusement long (il faut dire que son Maghreb natal ne l’a pas habituée à autant de neige), de son petit-fils Imrane, de Chaïd, de Salim et de ma fille. Bien qu’ils soient tous «made in Québec», Romane est la seule petite tête blonde de la bande et de surcroît la seule fille, ce qui lui confère le titre de princesse précieuse, fonction dont elle use (et abuse).
Bien sûr, à la garderie, tout se passe en français. Il arrive bien que Dunda et son petit-fils se parlent entre eux en arabe, mais sans plus (d’ailleurs la garderie va bientôt faire de petites activités linguistiques en arabe! J’ai hâte!)
Toujours est-il qu’ils sont au parc. Ça glisse dans les toboggans, ça grimpe dans les jeux, ça morve dans les mitaines. Après quelque temps, le petit Imrane demande en arabe à sa grand-maman de rentrer à la maison. Et ma fille d’aussitôt supplier Dunda en français:
- Non, pas mai’on, ‘este pa’c!
Je traduis pour les non-parents parmi vous : Non, je ne tiens pas à rentrer de ce pas, j’insiste pour qu’on reste ici à s’amuser un bon coup, d’ailleurs Salim à la langue collée sur un poteau.
En un mot comme en cent : ma fille comprend l’arabe!
Comme tous les parents, depuis la naissance de Romane, j’essaie de m’imaginer avec ce curieux mélange de hâte et d’appréhension quand est-ce que l’étendue du savoir de ma progéniture dépassera le mien.
Je n’avais pas prévu que cela arriverait à l’âge de 23 mois…
Bien sûr, à la garderie, tout se passe en français. Il arrive bien que Dunda et son petit-fils se parlent entre eux en arabe, mais sans plus (d’ailleurs la garderie va bientôt faire de petites activités linguistiques en arabe! J’ai hâte!)
Toujours est-il qu’ils sont au parc. Ça glisse dans les toboggans, ça grimpe dans les jeux, ça morve dans les mitaines. Après quelque temps, le petit Imrane demande en arabe à sa grand-maman de rentrer à la maison. Et ma fille d’aussitôt supplier Dunda en français:
- Non, pas mai’on, ‘este pa’c!
Je traduis pour les non-parents parmi vous : Non, je ne tiens pas à rentrer de ce pas, j’insiste pour qu’on reste ici à s’amuser un bon coup, d’ailleurs Salim à la langue collée sur un poteau.
En un mot comme en cent : ma fille comprend l’arabe!
Comme tous les parents, depuis la naissance de Romane, j’essaie de m’imaginer avec ce curieux mélange de hâte et d’appréhension quand est-ce que l’étendue du savoir de ma progéniture dépassera le mien.
Je n’avais pas prévu que cela arriverait à l’âge de 23 mois…
mercredi 26 mars 2008
Histoire de tuyauterie
Il était 8h30, on était trois hommes dans le corridor vert-malade de l’hôpital devant une porte fermée. Sur cette porte, un mot terrifiant : Spermogramme. Aux regards rivés au plancher, il était facile de comprendre que tous avaient hâte de partir. Mais avant de partir, il fallait venir.
Nul ne fraternisait avec son voisin sinon silencieusement. On ne savait que trop bien ce que chacun venait faire ici, et on évitait de trop y penser. Quand la poignée de la porte a tourné, on a tous retenu notre souffle. Une personne s’est présentée dans le cadre de la porte. Je dis une personne car il était impossible de savoir si c’était un homme ou une femme qui se tenait debout dans ce sarreau trop grand. Les yeux disaient femme, les cheveux disaient homme, la voix ne disait rien, le porte-nom, pour nous éclairer, disait Claude Labri. Claude. Pourquoi pas Alex ou Fred tant qu’à y être?
La personne m’a pointé d’interrogation du bout de son crayon : suivant? Je me suis demandé ce que le premier pouvait bien suivre mais je me suis contenté de me lever, obéissant, et en m’approchant, j’ai récité mon nom comme un enfant coupable. Claude m’a donné un pot transparent grand comme une chaudière et m’a dirigé vers la première porte à droite dans le prochain corridor à gauche.
J’ai marché d’un pas faussement assuré, m’imaginant déjà dans un cubicule impersonnel entouré de quelques revues usées. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver dans une simple toilette publique tout juste assez grande pour s’y tenir debout. Pour toute inspiration, un lavabo et une cuvette. Pas même un catalogue Sears. Comme je ne suis pas du genre à m’extasier dans la section plomberie de la quincaillerie du coin, et que le souvenir de Claude dans son sarreau ne m’aidait en rien, je savais que les prochaines minutes passeraient mollement…
Une éternité plus tard, j’ai remis à Claude une quantité incroyablement insignifiante d’effort imaginatif au fond de mon bocal. La personne a pris le contenant et, pointant du menton la toilette publique où s’évertuait maintenant un de mes silencieux confrères de tout à l’heure, elle m’a dit, entre empathie et amusement : Terrible, hein?
Ne désirant aucunement parler de quelque robinetterie que ce soit avec Claude, je choisis la fuite.
J’avouerai cependant que depuis ce jour, quand je m’ennuie, j’ai tendance à aller flatter la porcelaine blanche de ma salle de bain…
Nul ne fraternisait avec son voisin sinon silencieusement. On ne savait que trop bien ce que chacun venait faire ici, et on évitait de trop y penser. Quand la poignée de la porte a tourné, on a tous retenu notre souffle. Une personne s’est présentée dans le cadre de la porte. Je dis une personne car il était impossible de savoir si c’était un homme ou une femme qui se tenait debout dans ce sarreau trop grand. Les yeux disaient femme, les cheveux disaient homme, la voix ne disait rien, le porte-nom, pour nous éclairer, disait Claude Labri. Claude. Pourquoi pas Alex ou Fred tant qu’à y être?
La personne m’a pointé d’interrogation du bout de son crayon : suivant? Je me suis demandé ce que le premier pouvait bien suivre mais je me suis contenté de me lever, obéissant, et en m’approchant, j’ai récité mon nom comme un enfant coupable. Claude m’a donné un pot transparent grand comme une chaudière et m’a dirigé vers la première porte à droite dans le prochain corridor à gauche.
J’ai marché d’un pas faussement assuré, m’imaginant déjà dans un cubicule impersonnel entouré de quelques revues usées. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver dans une simple toilette publique tout juste assez grande pour s’y tenir debout. Pour toute inspiration, un lavabo et une cuvette. Pas même un catalogue Sears. Comme je ne suis pas du genre à m’extasier dans la section plomberie de la quincaillerie du coin, et que le souvenir de Claude dans son sarreau ne m’aidait en rien, je savais que les prochaines minutes passeraient mollement…
Une éternité plus tard, j’ai remis à Claude une quantité incroyablement insignifiante d’effort imaginatif au fond de mon bocal. La personne a pris le contenant et, pointant du menton la toilette publique où s’évertuait maintenant un de mes silencieux confrères de tout à l’heure, elle m’a dit, entre empathie et amusement : Terrible, hein?
Ne désirant aucunement parler de quelque robinetterie que ce soit avec Claude, je choisis la fuite.
J’avouerai cependant que depuis ce jour, quand je m’ennuie, j’ai tendance à aller flatter la porcelaine blanche de ma salle de bain…
lundi 24 mars 2008
Attention, je vous écoute...
«Si j'étais un pénis, je serais un pénis mou.»
Diane Lebel
Vous vous dites que remise en contexte, cette citation a sûrement du sens.
Détrompez-vous... On le cherche encore.
Si quelqu'un y comprend quelque chose, prière de m'en faire part.
P.-S. Pauvre Diane. Allez lui remonter le moral un brin...
Diane Lebel
Vous vous dites que remise en contexte, cette citation a sûrement du sens.
Détrompez-vous... On le cherche encore.
Si quelqu'un y comprend quelque chose, prière de m'en faire part.
P.-S. Pauvre Diane. Allez lui remonter le moral un brin...
mercredi 19 mars 2008
Médailles
Ce n’est un secret pour personne :
les médailles des soldats sont maculées de plus de sang qu’on ne l’imagine, et sont le fruit d’intérêts plus financiers qu’idéologiques.
Cet été, en Chine, plus rien ne distinguera les médailles militaires de celles des athlètes, sinon que le soldat aura fermé un œil pour bien viser. Nous, les deux.
les médailles des soldats sont maculées de plus de sang qu’on ne l’imagine, et sont le fruit d’intérêts plus financiers qu’idéologiques.
Cet été, en Chine, plus rien ne distinguera les médailles militaires de celles des athlètes, sinon que le soldat aura fermé un œil pour bien viser. Nous, les deux.
jeudi 13 mars 2008
On n'est jamais aussi bien servi que par les autres
Je viens d'apprendre l'existence de ce livre:
L'Amérique pauvre de Barbara Ehrenreich.
Je résume: l'auteur et journaliste a décidé de se mettre dans la peau d'une femme qui, sans diplôme et sans le sou, doit se débrouiller pour réussir, voire survivre. Pour ce faire, elle n'a droit à aucune aide extérieure et, on le devine, devra se taper une panoplie de jobines au salaire minimum. Durée: 2 ans. Fin du résumé.
On imagine bien les conclusions...
* soupir *
Vous vous souvenez de ce reportage choc du Journal de Montréal écrit par un Blanc qui s'était déguisé (brillamment maquillé, il faut dire) en Noir et avait ensuite cherché un logement et du boulot à Montréal...
* re-soupir *
Et cet autre, quelque temps auparavant, où un homme s'était déguisé en femme puis avait visité des bars, etc.
* re-re-soupir - j'hyperventile d'exaspération*
Qu'est-ce qu'ils ont les pauvres, les Noirs, les femmes? On ne pouvait pas demander leur avis sur la question? Leurs témoignages n'étaient pas crédibles? Ces «enquêtes» ont-elles révélé quelques trucs que ce soit que les premiers concernés ne nous avaient déjà dit 100 fois?
Au delà des constats troublants et choquants de ces «enquêtes», la façon même que ces «enquêtes» sont menées en dit long sur nous: un pauvre dit que la société est injuste, bof. Mais si un riche qui essaie de vivre comme un pauvre dit que la société est injuste, alors là... Un Noir dit qu'on est raciste? Il est trop sensible. Mais un Blanc déguisé en Noir l'écrit dans le journal, alors là... La femme victime de harcèlement est une geignarde, mais un homme habillé en femme victime de harcèlement est objectif...
En un mot comme en 100: Ta gueule le Noir, un Blanc dit qu'on est pas gentil envers toi. Tu vois bien qu'on a ton bien-être à coeur...
Morale à retenir: on s'intéresse au sort des pauvres, des Noirs et des femmes. En autant que l'exposé soit fait par leurs oppresseurs.
L'Amérique pauvre de Barbara Ehrenreich.
Je résume: l'auteur et journaliste a décidé de se mettre dans la peau d'une femme qui, sans diplôme et sans le sou, doit se débrouiller pour réussir, voire survivre. Pour ce faire, elle n'a droit à aucune aide extérieure et, on le devine, devra se taper une panoplie de jobines au salaire minimum. Durée: 2 ans. Fin du résumé.
On imagine bien les conclusions...
* soupir *
Vous vous souvenez de ce reportage choc du Journal de Montréal écrit par un Blanc qui s'était déguisé (brillamment maquillé, il faut dire) en Noir et avait ensuite cherché un logement et du boulot à Montréal...
* re-soupir *
Et cet autre, quelque temps auparavant, où un homme s'était déguisé en femme puis avait visité des bars, etc.
* re-re-soupir - j'hyperventile d'exaspération*
Qu'est-ce qu'ils ont les pauvres, les Noirs, les femmes? On ne pouvait pas demander leur avis sur la question? Leurs témoignages n'étaient pas crédibles? Ces «enquêtes» ont-elles révélé quelques trucs que ce soit que les premiers concernés ne nous avaient déjà dit 100 fois?
Au delà des constats troublants et choquants de ces «enquêtes», la façon même que ces «enquêtes» sont menées en dit long sur nous: un pauvre dit que la société est injuste, bof. Mais si un riche qui essaie de vivre comme un pauvre dit que la société est injuste, alors là... Un Noir dit qu'on est raciste? Il est trop sensible. Mais un Blanc déguisé en Noir l'écrit dans le journal, alors là... La femme victime de harcèlement est une geignarde, mais un homme habillé en femme victime de harcèlement est objectif...
En un mot comme en 100: Ta gueule le Noir, un Blanc dit qu'on est pas gentil envers toi. Tu vois bien qu'on a ton bien-être à coeur...
Morale à retenir: on s'intéresse au sort des pauvres, des Noirs et des femmes. En autant que l'exposé soit fait par leurs oppresseurs.
dimanche 9 mars 2008
McIntosh, Adieu... Non, Au revoir!
Depuis les premiers disques – des 33 tours de Disney petits comme des 45 tours qui m’obligeaient à tourner la page au son de la clochette – à mes téléchargements iTunes, en passant par mon premier 45 tours acheté avec mon argent (de) poche (Desire, de Roni Griffith), j'ai consacré beaucoup, beaucoup d'argent à la musique.
Bien qu'au fil des déménagements j'aie perdu de nombreux disques (pour la plupart des 12 pouces qui n'intéresseraient que les DJ ayant oeuvré en 1985), il me reste une quantité appréciable de vinyles, de cassettes et de CD que je traine encore avec moi au grand dam de ma Dame V.
Mais en plus de 35 ans, je ne me suis jamais acheté de système de son, si ce n'est cette micro-chaîne déjà brisée que j'ai eue d'une amie s'apprêtant à émigrer, monstre en plastique noir qui hante mon salon depuis plus de 15 ans maintenant, même si le lecteur cassette ne fonctionne plus, à l'instar du lecteur cd et du haut-parleur droit.
J'entends votre questionnement d'ici: Mais pourquoi, Ô grand et beau blogueur mélomane, n'as-tu jamais investi dans une chaîne digne de ce nom?
Eh bien, justement, c'est qu'à mes yeux, peu de chaînes étaient dignes de ce nom. Je voulais du McIntosh ou rien. Même TEAC et NAD n'avaient pas la cote. Mais je n'ai jamais eu les moyens pour un système de 10000$...
Jamais acheté de système de son, donc. Jusqu'à hier où j'ai abdiqué après des années de résistance.
Sur un coup de tête, j'ai sorti la carte de crédit pour... une micro-chaîne Sony.
Oui mesdames messieurs, j'ai attendu 38 ans pour acheter une micro-chaîne de 200$!
Ça sonne la merde, je vous dis pas.
Mais comment vous dire combien l'ado en moi est heureux?! Comme libéré, épanoui.
Allez, je cours mettre mon t-shirt des Hives sur lequel un dessin simule un veston-cravate (devinez si Dame V l'adore...), et je vais trasher un bon coup au son des Ramones en mangeant un Diner Kraft.
On dira ce qu'on voudra, mais ma crise de la quarantaine coûte quand même moins cher qu'une décapotable avec à son bord une nymphette de 19 ans...
Bien qu'au fil des déménagements j'aie perdu de nombreux disques (pour la plupart des 12 pouces qui n'intéresseraient que les DJ ayant oeuvré en 1985), il me reste une quantité appréciable de vinyles, de cassettes et de CD que je traine encore avec moi au grand dam de ma Dame V.
Mais en plus de 35 ans, je ne me suis jamais acheté de système de son, si ce n'est cette micro-chaîne déjà brisée que j'ai eue d'une amie s'apprêtant à émigrer, monstre en plastique noir qui hante mon salon depuis plus de 15 ans maintenant, même si le lecteur cassette ne fonctionne plus, à l'instar du lecteur cd et du haut-parleur droit.
J'entends votre questionnement d'ici: Mais pourquoi, Ô grand et beau blogueur mélomane, n'as-tu jamais investi dans une chaîne digne de ce nom?
Eh bien, justement, c'est qu'à mes yeux, peu de chaînes étaient dignes de ce nom. Je voulais du McIntosh ou rien. Même TEAC et NAD n'avaient pas la cote. Mais je n'ai jamais eu les moyens pour un système de 10000$...
Jamais acheté de système de son, donc. Jusqu'à hier où j'ai abdiqué après des années de résistance.
Sur un coup de tête, j'ai sorti la carte de crédit pour... une micro-chaîne Sony.
Oui mesdames messieurs, j'ai attendu 38 ans pour acheter une micro-chaîne de 200$!
Ça sonne la merde, je vous dis pas.
Mais comment vous dire combien l'ado en moi est heureux?! Comme libéré, épanoui.
Allez, je cours mettre mon t-shirt des Hives sur lequel un dessin simule un veston-cravate (devinez si Dame V l'adore...), et je vais trasher un bon coup au son des Ramones en mangeant un Diner Kraft.
On dira ce qu'on voudra, mais ma crise de la quarantaine coûte quand même moins cher qu'une décapotable avec à son bord une nymphette de 19 ans...
vendredi 7 mars 2008
Attention, je vous écoute...
Paroles de jeunes entendues à la radio hier soir.
«Quand mon grand-père était saoul, il avait besoin de deux de mes oncles pour rentrer chez lui: un sur chaque épaule.»
Quand le grand-père part, on sort le fort!
«Mon amie et moi, on était en chicane; quand on se croisait dans le corridor, on faisait semblant de ne pas se parler.»
Présentement, moi, je fais semblant de ne pas écrire.
«Quand mon grand-père était saoul, il avait besoin de deux de mes oncles pour rentrer chez lui: un sur chaque épaule.»
Quand le grand-père part, on sort le fort!
«Mon amie et moi, on était en chicane; quand on se croisait dans le corridor, on faisait semblant de ne pas se parler.»
Présentement, moi, je fais semblant de ne pas écrire.
mardi 4 mars 2008
Chroniques du nouveau logement
Déjà presque trois mois que nous habitons notre nouvel appart, Dame V, Belette et moi. On n’a pas changé de quartier, on a migré un coin de rue à l’est, autant au nord.
Le présent appart est immense. Il y a des pièces où je ne vais pas pendant des jours, c’est pour dire. On a une cour côté soleil (d’ailleurs, si quelqu’un connaît une variété de carottes qui poussent dans le ciment, ce serait gentil de nous en faire part; on a toujours rêvé d’un jardin), des fenêtres dans chaque chmbre, des planchers qui ne craquent pas, une vue sur le stationnement vide d'un ancien concessionnaire de voitures, un sous-sol avec tapis beige tirant sur le gris, couleur paravent de fonctionnaire (Ennui séché, selon le coloriste chez Sico), menfin, vous visualisez sûrement.
Toujours est-il que dans ce nouvel appart dont la grandeur n’a d’égal que la splendeur du chiffre au bas de la facture d’électricité qui l’accompagne, tout semble parfait. Tout? Que nenni.
On se retrouve au centre d’une caisse de résonance au-dessus de laquelle habite la caricature de l’image que se font tous les habitants hors plateau des habitants du plateau : jeune trentenaire, pulpeuse célibataire bronzée même en hiver, travailleuse autonome à la vie nocturne remplie de musique rythmée et de conquêtes de fin de soirée aussi allegro con fuoco qu’éphémères con subito ciao. Ce n’est pas que je suis contre ce mode de vie, j’y ai goûté et bon, comme disent les branchés-blasés, binnedère donnedate got de gaminet, mais son horaire est plutôt incompatible avec le biorythme d’un enfant de près de deux ans.
Et pour nous dire de se taire, qui frappe sur le plancher à 9h le samedi matin après nous avoir tenu en éveil jusqu’à 4h la veille?
Soupir…
Je n’aurais jamais cru dire cela un jour, mais Bungalow de Laval, viens à notre secours!
D’ici la banlieue, on se rabat sur la négociation et l’espoir que le gros bon sens ait traversé la rue Papineau sans se faire écraser. Depuis quelques jours, mon travail de négociateur semble porter fruit, mais j’ai le Claude Poirier fatigué.
Vite ma fille, dépêche-toi de devenir adolescente qu’on se venge…
Le présent appart est immense. Il y a des pièces où je ne vais pas pendant des jours, c’est pour dire. On a une cour côté soleil (d’ailleurs, si quelqu’un connaît une variété de carottes qui poussent dans le ciment, ce serait gentil de nous en faire part; on a toujours rêvé d’un jardin), des fenêtres dans chaque chmbre, des planchers qui ne craquent pas, une vue sur le stationnement vide d'un ancien concessionnaire de voitures, un sous-sol avec tapis beige tirant sur le gris, couleur paravent de fonctionnaire (Ennui séché, selon le coloriste chez Sico), menfin, vous visualisez sûrement.
Toujours est-il que dans ce nouvel appart dont la grandeur n’a d’égal que la splendeur du chiffre au bas de la facture d’électricité qui l’accompagne, tout semble parfait. Tout? Que nenni.
On se retrouve au centre d’une caisse de résonance au-dessus de laquelle habite la caricature de l’image que se font tous les habitants hors plateau des habitants du plateau : jeune trentenaire, pulpeuse célibataire bronzée même en hiver, travailleuse autonome à la vie nocturne remplie de musique rythmée et de conquêtes de fin de soirée aussi allegro con fuoco qu’éphémères con subito ciao. Ce n’est pas que je suis contre ce mode de vie, j’y ai goûté et bon, comme disent les branchés-blasés, binnedère donnedate got de gaminet, mais son horaire est plutôt incompatible avec le biorythme d’un enfant de près de deux ans.
Et pour nous dire de se taire, qui frappe sur le plancher à 9h le samedi matin après nous avoir tenu en éveil jusqu’à 4h la veille?
Soupir…
Je n’aurais jamais cru dire cela un jour, mais Bungalow de Laval, viens à notre secours!
D’ici la banlieue, on se rabat sur la négociation et l’espoir que le gros bon sens ait traversé la rue Papineau sans se faire écraser. Depuis quelques jours, mon travail de négociateur semble porter fruit, mais j’ai le Claude Poirier fatigué.
Vite ma fille, dépêche-toi de devenir adolescente qu’on se venge…
jeudi 28 février 2008
Attention, je vous écoute...
«C'est comme un gym ordinaire: tu peux lever des affaires ou courir en rond sur un bicycle...»
Daniel Gosselin
Bienvenue au Gym du Soleil!
Daniel Gosselin
Bienvenue au Gym du Soleil!
mardi 26 février 2008
Attention, je vous écoute...
Parlant des paroliers au Québec:
«Il n'y en a pas beaucoup qui peuvent vivre de ça; on peut les compter sur la poignée d'une main.»
Daniel Gosselin
...Je dirais que ça dépend de la serrure des poings.
«Il n'y en a pas beaucoup qui peuvent vivre de ça; on peut les compter sur la poignée d'une main.»
Daniel Gosselin
...Je dirais que ça dépend de la serrure des poings.
jeudi 21 février 2008
Parce que le film et la chanson restent longtemps dans la tête...
...pourquoi ne pas y ajouter le clip.
[Edit 26 février] J'ai enlevé la vidéo du blogue parce qu'elle commençait automatiquement et que je ne savais comment faire pour qu'il en soit autrement. Je laisse cependant le lien pour pouvoir la visionner.
M'Accrocher
Loco Locass. M'Accrocher. Chanson du générique de fin du film Tout est parfait.
[Edit 26 février] J'ai enlevé la vidéo du blogue parce qu'elle commençait automatiquement et que je ne savais comment faire pour qu'il en soit autrement. Je laisse cependant le lien pour pouvoir la visionner.
M'Accrocher
Loco Locass. M'Accrocher. Chanson du générique de fin du film Tout est parfait.
Une, juste une...
Si les Québécois avaient une, seulement une des couilles qu'ont les Kosovars...
mardi 19 février 2008
Les Objets préférés
Étrange la relation que l’homme entretient avec ses objets préférés. Il peut aisément mesurer son âge à la distance qu’il y a entre eux et son lit.
Enfant, ces objets sont à ses côtés, dans son lit. Puis, à mesure que l’adolescence approche, ils se glissent sur la table de chevet ou dans une petite bibliothèque de sa chambre.
Jeune adulte, à l’heure des premiers appartements partagés entre amis, ses objets préférés envahissent le nouveau nid : dessus d’armoire de cuisine, bibliothèque du salon, tablettes de la salle de bain. Ils seront partout.
Ils quitteront définitivement la chambre à coucher quand arrive la vie à deux; l’être aimé y fera le ménage, et ce n’est qu’une question de temps pour que ce nettoyage s’étende au reste de l’appartement. Ainsi, l’âge d’or des objets préférés s’éteint lentement mais sûrement, et ces derniers finiront au sous-sol, voire dans une boîte dans le garage, entre les contenants de peinture à moitié vides et une chaise de parterre défoncée. C’est à ce moment que l’homme sait qu’il est époux, père, comprendre un adulte.
Cependant, ce dernier ne perd rien à attendre leur retour, car ils reviendront près de lui un jour. Au moment du grand départ, gageons qu’un geste délicat rapportera sur sa table de chevet un objet longtemps aimé qu’il croyait à tort avoir oublié.
Et c’est dans le dernier lit que les objets préférés retrouvent les bras qui les ont serrés, les paumes qui les ont caressés, il y a de cela toute une vie.
Enfant, ces objets sont à ses côtés, dans son lit. Puis, à mesure que l’adolescence approche, ils se glissent sur la table de chevet ou dans une petite bibliothèque de sa chambre.
Jeune adulte, à l’heure des premiers appartements partagés entre amis, ses objets préférés envahissent le nouveau nid : dessus d’armoire de cuisine, bibliothèque du salon, tablettes de la salle de bain. Ils seront partout.
Ils quitteront définitivement la chambre à coucher quand arrive la vie à deux; l’être aimé y fera le ménage, et ce n’est qu’une question de temps pour que ce nettoyage s’étende au reste de l’appartement. Ainsi, l’âge d’or des objets préférés s’éteint lentement mais sûrement, et ces derniers finiront au sous-sol, voire dans une boîte dans le garage, entre les contenants de peinture à moitié vides et une chaise de parterre défoncée. C’est à ce moment que l’homme sait qu’il est époux, père, comprendre un adulte.
Cependant, ce dernier ne perd rien à attendre leur retour, car ils reviendront près de lui un jour. Au moment du grand départ, gageons qu’un geste délicat rapportera sur sa table de chevet un objet longtemps aimé qu’il croyait à tort avoir oublié.
Et c’est dans le dernier lit que les objets préférés retrouvent les bras qui les ont serrés, les paumes qui les ont caressés, il y a de cela toute une vie.
vendredi 15 février 2008
Tout est Parfait

Tout y est. Les rues larges, les maisons sales, les plafonds bas. À l’extérieur, ce bruit constant de la carrière tout près, de cette carrière qui ronge la roche, le paysage, la population. À l’intérieur, il y a un trou plus grand encore où les cris n’ont pas d’écho.
Dans ce film, il y a des ados, des vrais. C’est ce qui frappe. Exit les pubères proprets que nous sert trop souvent le cinéma. Et si ce n’est pas les relents de votre adolescence qui vous feront pleurer, c’est ceux, prochains ou présents, de votre enfant qui s’en chargeront.
Dans ce film, Guillaume Vigneault ne donne pas de réponses parce qu’il n’y en a pas. On regarde la douleur dans les yeux et l’on voit des victimes et des victimes de victimes. On pleure seul, on pleure ceux qui sont partis, on pleure avec ceux qui restent avec l’impuissance en lieu de réconfort.
On se félicitera seulement d’avoir eu, un jour, le réflexe d’agripper le garde-fou au moment du déséquilibre.
Bravo Guillaume.
P.-S. T’aurais quand même pu donner mon nom à un personnage plus charismatique… ;)
mercredi 13 février 2008
lundi 11 février 2008
Attention, je vous écoute...
«J'aime ça, étendre le linge sur la sécheuse...»
Dame V.
Je préfère ne pas m'étendre sur le sujet.
(Menfin si... J'me comprends.)
Dame V.
Je préfère ne pas m'étendre sur le sujet.
(Menfin si... J'me comprends.)
vendredi 8 février 2008
Jean dit... Freeze!
Je ne veux pas faire concurrence à Dominic Arpin, mais bon. une fois n'est pas coutume.
Ils étaient plus de 200. Ils ont pris soin de bien synchroniser leurs montres puis ont envahi le Grand Central Station de New York par diverses entrées. Puis paf! Ils ont gelé au milieu des passants! Après 5 minutes d'immobilité, ils ont tous recommencé à bouger en même temps. L'effet est incroyable sur vidéo. J'imagine sur place...
Ils étaient plus de 200. Ils ont pris soin de bien synchroniser leurs montres puis ont envahi le Grand Central Station de New York par diverses entrées. Puis paf! Ils ont gelé au milieu des passants! Après 5 minutes d'immobilité, ils ont tous recommencé à bouger en même temps. L'effet est incroyable sur vidéo. J'imagine sur place...
lundi 4 février 2008
Bleus
Je devais avoir seize ou dix-sept ans quand je rencontrai mes bleus pour la première fois. Je ne me souviens pas des circonstances exactes de cette rencontre, mais cet immense vide m’aspire depuis. J’appris alors à fuir. Sans grande ardeur, au début. Les bleus me rattrapèrent souvent, me faisant chaque fois trébucher. Puis, peu à peu, je pris le rythme, j’établis la cadence nécessaire pour ne plus avoir à les affronter. Ainsi, pour enjamber les marées basses, j’appris à faire de grands pas.
Je fuis d’abord dans ma tête; je m’instruisis, je me coinçai au creux de livres qui sentaient l’humidité. Je pris des cours de statistiques, de comptabilité et de marketing. Je décrochai des diplômes prestigieux pour les accrocher au mur d’une tout aussi prestigieuse entreprise. Mais très vite, ce ne fut plus assez. Les bleus me regagnèrent. Alors je m’ingéniai à aller plus loin devant la virgule, à cultiver l’argent. Je roulai des gens pour rouler sur l’or. J’achetais peu, vendais beaucoup, rachetais plus et revendais énormément. Je profitais scandaleusement. Je fis la une du Monde des affaires, du Times, du Fortune. Mais j’avais besoin de plus. Je mariai un mannequin qui produisait des pensées légères et une ombre très fine. Je ne m’achetai que des douze cylindres, je ne bus rien de moins de cinquante ans, je pariai la chemise des autres sur des parcours de golf au coeur de déserts. L’argent allait et venait entre mes riens. Mais, au moindre moment d’arrêt, au moindre souffle que je reprenais, un peu de bleu ressortait sous la dorure. Alors, je partis.
Je quittai tout et tous. Je me laissai pousser la barbe. Je me tatouai le bras gauche du visage du Che. Je perdis tranquillement argent, cheveux et kilos. Mais je gagnai des causes. Je participai à des manifestations contre le virage à droite politique, la peine de mort et le fast-food, contre l’avortement, les tondeuses à gazon, les OGM et les mannequins des catalogues Sears, contre ceux qui étaient contre ce pour quoi j’étais pour. Je fus emprisonné à Seattle, poivré à Vancouver, gazé à Québec. Je me battis aux côtés des pauvres et des barbus, des sales et des poilus, des Amérindiens et des femmes battues. Je me débattis contre les gouvernements et leurs policiers, contre ce que j’avais été et ce que je serais devenu s’il n’avait pas eu ces bleus pour m’obliger à bouger. Mais, malgré les causes, malgré les coups, ce n’était pas assez. Jamais assez. Je devins macrobiote, mangeai yin, bus yang, méditai en lotus et me parfumai au patchouli. Puis je rencontrai Maude.
Pour elle, je laissai tout en plan. Avec elle, je quittai le temps pour en avoir, nous nous trouvâmes un voilier pour voguer sur notre vague, pour faire un tour du monde qui s’arrêta aux Açores. C’était assez loin pour me sentir présent. Je lui fis l’amour sans compter, sans remords, ensuite sans effort et finalement sans amour. Puis, je cessai de lui faire l’amour et je lui fis un enfant. Mais malgré les premiers pas, malgré les premiers mots, malgré les bouffées de bonheur et les rires abandonnés, tout cela n’était pas assez. Jamais assez. Et comme un salaud, comme le soleil, comme bien des hommes et beaucoup trop de femmes, je partis avec pour seule bataille, la retraite.
Je revins dans le quartier de mon enfance, au nord, à la surface d’une taverne, au fond d’un verre de bière, lavé, le regard à spin, la tête javellisée. Je descendis bas, jusqu’en enfer, jusqu’à Dieu. Jusqu’au AA. Puis je crus. Fort. Pour mon pardon, pour mon salut.
Puis un matin, ce matin, les bleus se levèrent avec moi. Je ne tentai ni de les enjamber, ni de les cacher sous une couche dorée, ni de leur faire pousser une barbe ou de les glisser sous des rires d’enfants sur une plage des Açores. Je savais tout cela vain. Alors, ce matin, je me couchai où j’étais, moi qui étais allé partout. Je me couchai sur le flanc, épuisé, vidé. Comme la bouteille de somnifères sur ma table de chevet.
Je fuis d’abord dans ma tête; je m’instruisis, je me coinçai au creux de livres qui sentaient l’humidité. Je pris des cours de statistiques, de comptabilité et de marketing. Je décrochai des diplômes prestigieux pour les accrocher au mur d’une tout aussi prestigieuse entreprise. Mais très vite, ce ne fut plus assez. Les bleus me regagnèrent. Alors je m’ingéniai à aller plus loin devant la virgule, à cultiver l’argent. Je roulai des gens pour rouler sur l’or. J’achetais peu, vendais beaucoup, rachetais plus et revendais énormément. Je profitais scandaleusement. Je fis la une du Monde des affaires, du Times, du Fortune. Mais j’avais besoin de plus. Je mariai un mannequin qui produisait des pensées légères et une ombre très fine. Je ne m’achetai que des douze cylindres, je ne bus rien de moins de cinquante ans, je pariai la chemise des autres sur des parcours de golf au coeur de déserts. L’argent allait et venait entre mes riens. Mais, au moindre moment d’arrêt, au moindre souffle que je reprenais, un peu de bleu ressortait sous la dorure. Alors, je partis.
Je quittai tout et tous. Je me laissai pousser la barbe. Je me tatouai le bras gauche du visage du Che. Je perdis tranquillement argent, cheveux et kilos. Mais je gagnai des causes. Je participai à des manifestations contre le virage à droite politique, la peine de mort et le fast-food, contre l’avortement, les tondeuses à gazon, les OGM et les mannequins des catalogues Sears, contre ceux qui étaient contre ce pour quoi j’étais pour. Je fus emprisonné à Seattle, poivré à Vancouver, gazé à Québec. Je me battis aux côtés des pauvres et des barbus, des sales et des poilus, des Amérindiens et des femmes battues. Je me débattis contre les gouvernements et leurs policiers, contre ce que j’avais été et ce que je serais devenu s’il n’avait pas eu ces bleus pour m’obliger à bouger. Mais, malgré les causes, malgré les coups, ce n’était pas assez. Jamais assez. Je devins macrobiote, mangeai yin, bus yang, méditai en lotus et me parfumai au patchouli. Puis je rencontrai Maude.
Pour elle, je laissai tout en plan. Avec elle, je quittai le temps pour en avoir, nous nous trouvâmes un voilier pour voguer sur notre vague, pour faire un tour du monde qui s’arrêta aux Açores. C’était assez loin pour me sentir présent. Je lui fis l’amour sans compter, sans remords, ensuite sans effort et finalement sans amour. Puis, je cessai de lui faire l’amour et je lui fis un enfant. Mais malgré les premiers pas, malgré les premiers mots, malgré les bouffées de bonheur et les rires abandonnés, tout cela n’était pas assez. Jamais assez. Et comme un salaud, comme le soleil, comme bien des hommes et beaucoup trop de femmes, je partis avec pour seule bataille, la retraite.
Je revins dans le quartier de mon enfance, au nord, à la surface d’une taverne, au fond d’un verre de bière, lavé, le regard à spin, la tête javellisée. Je descendis bas, jusqu’en enfer, jusqu’à Dieu. Jusqu’au AA. Puis je crus. Fort. Pour mon pardon, pour mon salut.
Puis un matin, ce matin, les bleus se levèrent avec moi. Je ne tentai ni de les enjamber, ni de les cacher sous une couche dorée, ni de leur faire pousser une barbe ou de les glisser sous des rires d’enfants sur une plage des Açores. Je savais tout cela vain. Alors, ce matin, je me couchai où j’étais, moi qui étais allé partout. Je me couchai sur le flanc, épuisé, vidé. Comme la bouteille de somnifères sur ma table de chevet.
jeudi 31 janvier 2008
To-yota!
Je ne me souviens plus si je vous l'avais raconté, mais par le passé (lire il y a plus de 15 ans!) j'ai réalisé (hum!) des vidéos pour l'émission Mordus de la vidéo, l'équivalent français du Droles de vidéos québécois et du America's Home Funniest Videos états-uniens. En gros, j'étais payé des pinottes pour créer des vidéos drôles qui devaient avoir l'air amateur.
Le bonheur comme travail d'étudiant!
Mais bon, mes vidéos (où j'étais parfois l'acteur principal!) ont été vendues ici et là, et on m'a vu en France, aux «States», et même en Afrique du Sud (comme le prouve cette publicité de Toyota)!
Dire qu'à l'époque, j'avais vendu mes droits pour 1$...
Je vous laisse deviner où je suis. Je vous préviens, j'ai le look de l'époque et un bâton de golf à la main...
Le bonheur comme travail d'étudiant!
Mais bon, mes vidéos (où j'étais parfois l'acteur principal!) ont été vendues ici et là, et on m'a vu en France, aux «States», et même en Afrique du Sud (comme le prouve cette publicité de Toyota)!
Dire qu'à l'époque, j'avais vendu mes droits pour 1$...
Je vous laisse deviner où je suis. Je vous préviens, j'ai le look de l'époque et un bâton de golf à la main...
lundi 28 janvier 2008
Microbes
J’ai entendu quelque chose frapper la fenêtre de la cuisine. C’était un chardonneret. La couleur de son plumage tranchait sur celle de la galerie. Il gisait là, assommé par son illusion. Le ciel se confond souvent avec son reflet dans une fenêtre trop propre et on s’y frappe tous un jour ou l’autre. Depuis que j’avais acheté ce chalet avec Ariane, j’ai vu des dizaines d’oiseaux en faire autant. Chaque fois, ils en ont pour quelques secondes puis ils se réveillent, semblent se demander où ils sont, ce qu’il s’est passé. Ils recouvrent leurs esprits et repartent. Ce chardonneret en fera autant, mais par pitié, je suis sorti pour le mettre dans un endroit où il pourrait prendre tout son temps pour se réveiller sans d’abord servir de lunch à une bête aux dents pointues. En le soulevant, j’ai réalisé que c’était peine perdue. Le choc lui avait rompu le cou. Il avait laissé quelques gouttes de sang par terre. Une ou deux. Pas plus. Parfois, c’est suffisant pour mourir. J’ai soupiré.
Je me suis trouvé un peu ridicule de vouloir enterrer ce petit oiseau, mais je ne pouvais me résoudre à l’abandonner dans les bois ou dans le sac à ordures avec des restants de poulet.
Je n’ai pas eu le temps d’aller chercher une pelle. La sonnerie du téléphone a retenti. Après cinq coups, j’ai cédé. J’ai répondu en tenant le défunt et ses poux par une patte.
- Tu en as mis du temps à répondre! T’étais au lac?
C’était Ariane. Nous ne nous étions à peu près pas parlé depuis notre rupture, il y a un mois.
- Ça va très bien, merci. Et toi?
- Euh... Oui… Menfin… Écoute Pat, je sais que ce n’est pas super délicat de ma part, mais j’aimerais aller au chalet cette fin de semaine et je me demandais si...
- Avec Chose?
- Euh... Oui, avec Jim. Il s’appelle Jim.
- Non, il s’appelle James. Jim, c’est le diminutif. Et pour moi, Jim, ce n’est pas encore assez diminué, alors je l’appelle Chose...
Je pourrais aussi l’appeler Microbe, Cellule, Électron...
- Bon... Ouais, avec James. On sera là vendredi soir.
- Mais tu as toujours détesté cet endroit!
Quand je pense à toutes les stratégies que j’avais utilisées pour la convaincre d’acheter ce chalet pour ensuite y aller toujours seul. Je m’étais fait à l’idée. Maintenant que nous étions séparés, je pensais racheter ma part à Ariane. Ce chalet ne me revenait-il pas de facto?...
- Oui, mais là, je veux y aller. Ça serait mieux si tu n’y étais pas...
- Ça, je l’avais compris. De toute manière, notre chalet a commencé à tuer des oiseaux.
- Qu’est-ce que tu racontes?
- Rien, rien. Est-ce qu’il y a d’autres endroits d’où tu vas me chasser ou c’est le dernier?
- Pat...
- Bye.
J’ai raccroché. C’est fou le silence après la mort d’un oiseau. Je suis sorti et j’ai ouvert le caisson du BBQ au gaz. J’ai glissé mon cadavre à poux sous les briquettes. Microbe était sûrement du genre à se faire un BBQ quand il allait dans les bois.
Je me suis trouvé un peu ridicule de vouloir enterrer ce petit oiseau, mais je ne pouvais me résoudre à l’abandonner dans les bois ou dans le sac à ordures avec des restants de poulet.
Je n’ai pas eu le temps d’aller chercher une pelle. La sonnerie du téléphone a retenti. Après cinq coups, j’ai cédé. J’ai répondu en tenant le défunt et ses poux par une patte.
- Tu en as mis du temps à répondre! T’étais au lac?
C’était Ariane. Nous ne nous étions à peu près pas parlé depuis notre rupture, il y a un mois.
- Ça va très bien, merci. Et toi?
- Euh... Oui… Menfin… Écoute Pat, je sais que ce n’est pas super délicat de ma part, mais j’aimerais aller au chalet cette fin de semaine et je me demandais si...
- Avec Chose?
- Euh... Oui, avec Jim. Il s’appelle Jim.
- Non, il s’appelle James. Jim, c’est le diminutif. Et pour moi, Jim, ce n’est pas encore assez diminué, alors je l’appelle Chose...
Je pourrais aussi l’appeler Microbe, Cellule, Électron...
- Bon... Ouais, avec James. On sera là vendredi soir.
- Mais tu as toujours détesté cet endroit!
Quand je pense à toutes les stratégies que j’avais utilisées pour la convaincre d’acheter ce chalet pour ensuite y aller toujours seul. Je m’étais fait à l’idée. Maintenant que nous étions séparés, je pensais racheter ma part à Ariane. Ce chalet ne me revenait-il pas de facto?...
- Oui, mais là, je veux y aller. Ça serait mieux si tu n’y étais pas...
- Ça, je l’avais compris. De toute manière, notre chalet a commencé à tuer des oiseaux.
- Qu’est-ce que tu racontes?
- Rien, rien. Est-ce qu’il y a d’autres endroits d’où tu vas me chasser ou c’est le dernier?
- Pat...
- Bye.
J’ai raccroché. C’est fou le silence après la mort d’un oiseau. Je suis sorti et j’ai ouvert le caisson du BBQ au gaz. J’ai glissé mon cadavre à poux sous les briquettes. Microbe était sûrement du genre à se faire un BBQ quand il allait dans les bois.
mardi 22 janvier 2008
Adulte ère
Nouvelle session. Nouvel horaire. Nouveaux visages.
Dans mon antre professoral, les nouveaux collègues foisonnent, les plus vieux prennent leur retraite.
Moi, je suis au centre de tout cela. Je vieillis. Malgré mon t-shirt, mes blagues ont des pattes d’oie et mes cours ne bougent plus assez vite pour cette génération Iphone pour qui mon adolescence résonne en mono à un rythme qui Smells Like Dad Spirit. Ça baille, un brin amusé, en entendant leur prof demander que les travaux soient «dactylographiés».
Quand je rentrerai ce soir, je mettrai un disque de Northen Pikes sur mon lecteur de vinyles pour me rassurer.
I’m a Adult Now.
Dans mon antre professoral, les nouveaux collègues foisonnent, les plus vieux prennent leur retraite.
Moi, je suis au centre de tout cela. Je vieillis. Malgré mon t-shirt, mes blagues ont des pattes d’oie et mes cours ne bougent plus assez vite pour cette génération Iphone pour qui mon adolescence résonne en mono à un rythme qui Smells Like Dad Spirit. Ça baille, un brin amusé, en entendant leur prof demander que les travaux soient «dactylographiés».
Quand je rentrerai ce soir, je mettrai un disque de Northen Pikes sur mon lecteur de vinyles pour me rassurer.
I’m a Adult Now.
vendredi 18 janvier 2008
Gueault Habs Gueault!

Vous aimer le mangeable et le boivable pendant un partie du hockey? Achèter la glace de ton favorite équipée! En plus, ils sons collectables! Alors collecte tous les pendant que c'est disponibilisé!
Attention: Ils sons potables. Onna pas disé digestables...
En vente chez les pharm-escrocs Gens Couteux.
vendredi 11 janvier 2008
Où est-ce que j'ai mis mon flingue?
On roule à la queue-leu-leu. L’autoroute 20 à l’air d’un stationnement tant dense est la circulation, si ce n’est qu’elle se meut à 100 kilomètres/heure. Malgré la densité, Cheap Trick joue à la radio, la petite dort derrière, la grande compte les poteaux, le réservoir est plein et les tracas se font de plus en plus petits dans le rétroviseur, même si on m’avertit qu’ils sont «closer than they appear». En cet après-midi de janvier, tout va comme les choses doivent aller.
Puis des phares sortis de je ne sais où apparaissent derrière nous. Quand je dis derrière, je veux dire à trois millimètres du pare-choc! J’ai beau faire le tour des rétroviseurs, aucun ne suffit pour montrer le véhicule en entier tant ce dernier nous lèche. J’ai l’impression d’être une gazelle qui sent le souffle du lion dans son cou, sauf qu’ici, le félin est un 4X4 soufflé en usine pour avoir l’air méchant. À voir la peinture briller, je soupçonne le conducteur d’être un petit fru qui passe ses temps libres à bouger du métal au gym et à nettoyer son entrée de cour à grands jets d’eau. Le genre à porter son chandail bien entré dans le pantalon. Le genre propre propre propre. Le genre à vous coller aux fesses sur l’autoroute quand il veut passer.
Plus jeune, j’effleurais la pédale de frein pour donner une bonne frousse à ces connards. Mais la prudence et la paternité m’ont enseigné à feindre l’ignorance, à mettre les clignotants de secours quelques coups quand je m’impatiente, et quand je sens la colère se gonfler, je ralentis. J’avoue parfois faire des gestes du doigt, mais en plus de ne rien changer aux choses si ce n’est que de les envenimer, l’âge de ma fille ne me permet déjà plus de faire ce genre de trucs.
Entre mes dents, je le traite de connard en me disant qu’il doit bien voir qu’il y a 234 voitures devant et que même si je le laisse passer, ce sera pour lui permettre de gagner au mieux dix mètres… Malgré cela, il continue à me chatouiller l’échappement. Aux quinze secondes, il ralentit un brin, laisse de l’air entre nous, puis, quand je me dis qu’il a compris, il revient à la charge en accélérant comme un dingue pour se recoller à notre tôle. J’ai beau sonder ma mémoire, non, je n’ai pas caché de flingue nulle part. Il y a des années de prison que je serais pourtant prêt à assumer.
Je tente alors de me raisonner, de me convaincre de me faufiler dans la voie de droite afin de le laisser passer, qu’avec un peu de chance, je le verrai glisser dans le fossé et faire quelques tonneaux. Mais avant que je ne réussisse ma sage manœuvre, je le vois prendre son élan et entreprendre de me doubler par la droite. Je me dis que ça y est, il a disjoncté : il y a tant de voitures à ma droite qu’il va rouler sur une ou deux pour dépasser. Et il coupe deux voies, va directement sur l’accotement de droite, double quatre voitures et revient tout aussi rapidement dans la voie de gauche! Un malade. Je suis sûr qu’il a éjaculé pendant la manœuvre, le con.
Dans un film, il aurait fait une embardée, se serait fait coller par les flics ou son moteur aurait calé. Mais j’ai la fâcheuse tendance à rouler dans la réalité et il n’est rien arrivé de tout cela. Il a continué de rouler deux voitures devant à la même vitesse que moi, et il a croisé la bretelle de sortie de Saint-Hyacinthe avec huit secondes d’avance sur moi.
B-ra-vo.
Il n’y a pas de conclusion ni de morale à cette histoire. C’est le genre de truc qui arrive à tout le monde. Mais si jamais un soir dans quelques années ma fille rentre avec les mains de ce genre de mecs sous son chandail, il y a des chances que je retrouve mon flingue…
Puis des phares sortis de je ne sais où apparaissent derrière nous. Quand je dis derrière, je veux dire à trois millimètres du pare-choc! J’ai beau faire le tour des rétroviseurs, aucun ne suffit pour montrer le véhicule en entier tant ce dernier nous lèche. J’ai l’impression d’être une gazelle qui sent le souffle du lion dans son cou, sauf qu’ici, le félin est un 4X4 soufflé en usine pour avoir l’air méchant. À voir la peinture briller, je soupçonne le conducteur d’être un petit fru qui passe ses temps libres à bouger du métal au gym et à nettoyer son entrée de cour à grands jets d’eau. Le genre à porter son chandail bien entré dans le pantalon. Le genre propre propre propre. Le genre à vous coller aux fesses sur l’autoroute quand il veut passer.
Plus jeune, j’effleurais la pédale de frein pour donner une bonne frousse à ces connards. Mais la prudence et la paternité m’ont enseigné à feindre l’ignorance, à mettre les clignotants de secours quelques coups quand je m’impatiente, et quand je sens la colère se gonfler, je ralentis. J’avoue parfois faire des gestes du doigt, mais en plus de ne rien changer aux choses si ce n’est que de les envenimer, l’âge de ma fille ne me permet déjà plus de faire ce genre de trucs.
Entre mes dents, je le traite de connard en me disant qu’il doit bien voir qu’il y a 234 voitures devant et que même si je le laisse passer, ce sera pour lui permettre de gagner au mieux dix mètres… Malgré cela, il continue à me chatouiller l’échappement. Aux quinze secondes, il ralentit un brin, laisse de l’air entre nous, puis, quand je me dis qu’il a compris, il revient à la charge en accélérant comme un dingue pour se recoller à notre tôle. J’ai beau sonder ma mémoire, non, je n’ai pas caché de flingue nulle part. Il y a des années de prison que je serais pourtant prêt à assumer.
Je tente alors de me raisonner, de me convaincre de me faufiler dans la voie de droite afin de le laisser passer, qu’avec un peu de chance, je le verrai glisser dans le fossé et faire quelques tonneaux. Mais avant que je ne réussisse ma sage manœuvre, je le vois prendre son élan et entreprendre de me doubler par la droite. Je me dis que ça y est, il a disjoncté : il y a tant de voitures à ma droite qu’il va rouler sur une ou deux pour dépasser. Et il coupe deux voies, va directement sur l’accotement de droite, double quatre voitures et revient tout aussi rapidement dans la voie de gauche! Un malade. Je suis sûr qu’il a éjaculé pendant la manœuvre, le con.
Dans un film, il aurait fait une embardée, se serait fait coller par les flics ou son moteur aurait calé. Mais j’ai la fâcheuse tendance à rouler dans la réalité et il n’est rien arrivé de tout cela. Il a continué de rouler deux voitures devant à la même vitesse que moi, et il a croisé la bretelle de sortie de Saint-Hyacinthe avec huit secondes d’avance sur moi.
B-ra-vo.
Il n’y a pas de conclusion ni de morale à cette histoire. C’est le genre de truc qui arrive à tout le monde. Mais si jamais un soir dans quelques années ma fille rentre avec les mains de ce genre de mecs sous son chandail, il y a des chances que je retrouve mon flingue…
lundi 7 janvier 2008
Aphorisme
Nous nous rendons compte que notre parole est d'argent quand elle perd du crédit et que personne n'y porte plus intérêt.
samedi 5 janvier 2008
Michel Vaillant
Dans la vie de tout homme, il y a des balises, des points de repère essentiels malgré qu’ils soient devenus désuets avec l’âge. Je garde avec une jalousie maladive ma collection de bouteilles de bière, mon roman de Goldorak (oui, oui, roman! Fort mauvais, mais je le garde pareil!) et mes bédés de Michel Vaillant. Dame V pourrait allonger cette liste sur quelques pages.
Il y a aussi des idées ridiculement adolescentes que les hommes gardent précieusement dans le sous-sol de leur cerveau en évitant de se poser trop de questions, question de garder quelques certitudes dans ce vieillissement qui rend tout gris : le dance, c’est poche; il n’y a pas d’occasion qui interdit le port du jean; et la télé satellito-câblée, c’est gaspiller son argent.
Mon nouveau chez-moi offre un avantage incroyable : un sous-sol pour mes relents d’adolescence. Mais il présente également un grave défaut : la réception télé y est horrible.
Je me suis raisonné et j’ai appelé Vidéopressvu. Ce matin, Miguel et Pedro, en plus de saloper l’appart, sont venus me taquer un fil jusqu’à la télé.
À leur départ, j’avais une réception sans reproches. Et c’est l’adolescence esquintée que j’ai scruté le signal. Heureusement, en bas de l’escalier, j’entendais toujours le moteur de Michel Vaillant…
Il y a aussi des idées ridiculement adolescentes que les hommes gardent précieusement dans le sous-sol de leur cerveau en évitant de se poser trop de questions, question de garder quelques certitudes dans ce vieillissement qui rend tout gris : le dance, c’est poche; il n’y a pas d’occasion qui interdit le port du jean; et la télé satellito-câblée, c’est gaspiller son argent.
Mon nouveau chez-moi offre un avantage incroyable : un sous-sol pour mes relents d’adolescence. Mais il présente également un grave défaut : la réception télé y est horrible.
Je me suis raisonné et j’ai appelé Vidéopressvu. Ce matin, Miguel et Pedro, en plus de saloper l’appart, sont venus me taquer un fil jusqu’à la télé.
À leur départ, j’avais une réception sans reproches. Et c’est l’adolescence esquintée que j’ai scruté le signal. Heureusement, en bas de l’escalier, j’entendais toujours le moteur de Michel Vaillant…
dimanche 30 décembre 2007
Attention, je vous lis...
«[...] j'en ai ras le bol des donneurs de leçons [...]»
Richard Martineau
Journal de Montréal du 20 décembre 2007
Ça doit être plate, s'écoeurer soi-même...
Richard Martineau
Journal de Montréal du 20 décembre 2007
Ça doit être plate, s'écoeurer soi-même...
samedi 29 décembre 2007
Un Cadeau pour Sophie
Merde. Pourquoi je n’attire que ce genre d’hommes? J’en ai assez de ses remarques idiotes, de ses oeillades gluantes, de sa langue qui lèche ses lèvres. Au début, ses remarques m’agaçaient peu. Je me disais que c’était quand même moins pire que de travailler chez un concessionnaire automobile. Mais avec le temps, la vente de voitures usagées gagnait du gallon.
Pourtant, je ne suis pas laide ni idiote. D’accord, je ne suis pas ingénieure mannequin bio-médicale, mais bon. Je ne suis pas grosse, pas maigre, je n’ai plus vingt ans mais je tiens la forme, je n’ai pas d’enfants, pas de dettes, pas de gros problèmes. Il est peut-être là le hic!: je n’ai rien, je ne suis rien. Dans un sens, c’est plus facile que de savoir ce que l’on est... Je sais ce que je veux cependant: un chum, des enfants, une famille… Et un char, une hypothèque en campagne, un BBQ, des fins de semaine en auberge, des soirées à deux devant un film plate, des renflements suivis de ronflements... Je veux me sentir vivre, merde! On dit qu’au début de la trentaine, les femmes sont à l’apogée de leur sexualité! J’exige d’en profiter!
Pour me faire sauter, je peux me débrouiller sans trop de problèmes. Mais la tendresse? Me faire bercer au petit matin? Me faire glisser des mots doux à l’oreille APRÈS la baise et non devant une bière à trois heures moins quart du matin? Sentir autre chose qu’un parfum simili Calvin Klein Dollorama et du fond de tonne sur le corps d’un homme? J’aimerais ça moi aussi me plaindre à mes copines que mon mâle met trop souvent des bas blancs. Et que ces bas blancs ne vont pas dans la même brassée que ses jeans. JE VEUX UN HOMME! Un vrai! Qui oublie de baisser le siège de toilette quand il n’a pas tout simplement oublié de le relever...
Mais l’amour me boude et ma vie sexuelle se résume depuis longtemps aux allusions perverses de Decon. Je les tolère parce qu’elles viennent avec la job. Un avantage verginal que j’ai bien tort de rejeter du revers de la main selon mon amie Sophie. D’accord, il a un minimum d’allure, ce Decon. La jeune quarantaine, un visage régulier, des yeux un brin vifs, le cheveu pas trop rare, pas d’embonpoint. Rien pour faire la une de GQ mais rien de repoussant. Il fait cependant un peu trop attention à lui à mon goût: vêtements griffés, chaussures brillantes, teint de salon de bronzage. Il se l’aime, à ne pas en douter. Le genre à se masturber devant un miroir. Plastiquement et platement sans défaut. Pas d’imperfections auxquelles s’agripper. Son seul attribut qui me fait fondre: ses mains! Des mains lourdes et légères, sans trop de poils, sans alliance. Des mains à réconfort les jours de pluie, des mains à faire ramollir la plus frigide, des mains à faire jaillir des sources au milieu des pires déserts. Mais aucun royaume n’est né de deux mains seules, surtout quand celles-ci sont accompagnées d’une bouche qui ne devrait pas s’ouvrir... Il devrait y avoir une loi contre ce genre de mauvaise filiation.
Sophie ne cesse de me répéter d’en profiter, de ne prendre que le meilleur et de me sauver avec. Il ne suffirait que d’occuper la bouche pour ne pas qu’elle anone. Moi, je serais incapable de ne pas gifler.
***
Ce matin, Decon a mis les bouchées doubles. Les cuisses de sauterelles ont succédé aux poitrines de poulette. Les compliments pleuvaient grassement. Comme à l’habitude, je maudissais sans mot dire. Il devait croire que mes joues rouges reflétaient une pudeur froissée, cet imbécile. Il finit par finir, non sans me glisser à l’oreille «Si t’es pas sage, le père nouelle aura des cadeaux pour toi…» Clin d’oeil, chick chick dans la joue, regard de ouaouaron. Au-se-cours! Je n’en peux plus. Il faut que ça cesse, quitte à perdre mon emploi. Il faut que je trouve les mots justes, la phrase qui l’obligerait à arrêter, la réplique qui le laisserait coi.
Vers les seize heures, il s’est enfermé dans son bureau pour faire quelques appels. Sûrement pour prendre un rendez-vous chez l’esthéticienne. C’était le moment d’intervenir. L’école était pratiquement déserte. Personne pour nous entendre. On aura toute la place pour s’envoyer paître. J’espérais seulement trouver les mots qui lui cloueraient le bec.
J’ai frappé trois coups secs, trois coups cliché, sans imagination, à son niveau. Trois coups au centre de la porte, juste au dessous de la petite plaque bleue sur laquelle était inscrit Christian Decon, directeur. Et je suis entrée, sans attendre une réponse.
La tête un peu inclinée, le regard planté dans le sien, j’ai refermé la porte avec mon corps, sans délicatesse, sans rudesse. La porte a confirmé sa fermeture par un clic sec. Puis j’ai dit à Decon:
- Je voulais vous dire, monsieur le directeur : c’est bientôt Noël et je ne serai pas sage...
C’est Sophie qui sera contente.
Pourtant, je ne suis pas laide ni idiote. D’accord, je ne suis pas ingénieure mannequin bio-médicale, mais bon. Je ne suis pas grosse, pas maigre, je n’ai plus vingt ans mais je tiens la forme, je n’ai pas d’enfants, pas de dettes, pas de gros problèmes. Il est peut-être là le hic!: je n’ai rien, je ne suis rien. Dans un sens, c’est plus facile que de savoir ce que l’on est... Je sais ce que je veux cependant: un chum, des enfants, une famille… Et un char, une hypothèque en campagne, un BBQ, des fins de semaine en auberge, des soirées à deux devant un film plate, des renflements suivis de ronflements... Je veux me sentir vivre, merde! On dit qu’au début de la trentaine, les femmes sont à l’apogée de leur sexualité! J’exige d’en profiter!
Pour me faire sauter, je peux me débrouiller sans trop de problèmes. Mais la tendresse? Me faire bercer au petit matin? Me faire glisser des mots doux à l’oreille APRÈS la baise et non devant une bière à trois heures moins quart du matin? Sentir autre chose qu’un parfum simili Calvin Klein Dollorama et du fond de tonne sur le corps d’un homme? J’aimerais ça moi aussi me plaindre à mes copines que mon mâle met trop souvent des bas blancs. Et que ces bas blancs ne vont pas dans la même brassée que ses jeans. JE VEUX UN HOMME! Un vrai! Qui oublie de baisser le siège de toilette quand il n’a pas tout simplement oublié de le relever...
Mais l’amour me boude et ma vie sexuelle se résume depuis longtemps aux allusions perverses de Decon. Je les tolère parce qu’elles viennent avec la job. Un avantage verginal que j’ai bien tort de rejeter du revers de la main selon mon amie Sophie. D’accord, il a un minimum d’allure, ce Decon. La jeune quarantaine, un visage régulier, des yeux un brin vifs, le cheveu pas trop rare, pas d’embonpoint. Rien pour faire la une de GQ mais rien de repoussant. Il fait cependant un peu trop attention à lui à mon goût: vêtements griffés, chaussures brillantes, teint de salon de bronzage. Il se l’aime, à ne pas en douter. Le genre à se masturber devant un miroir. Plastiquement et platement sans défaut. Pas d’imperfections auxquelles s’agripper. Son seul attribut qui me fait fondre: ses mains! Des mains lourdes et légères, sans trop de poils, sans alliance. Des mains à réconfort les jours de pluie, des mains à faire ramollir la plus frigide, des mains à faire jaillir des sources au milieu des pires déserts. Mais aucun royaume n’est né de deux mains seules, surtout quand celles-ci sont accompagnées d’une bouche qui ne devrait pas s’ouvrir... Il devrait y avoir une loi contre ce genre de mauvaise filiation.
Sophie ne cesse de me répéter d’en profiter, de ne prendre que le meilleur et de me sauver avec. Il ne suffirait que d’occuper la bouche pour ne pas qu’elle anone. Moi, je serais incapable de ne pas gifler.
***
Ce matin, Decon a mis les bouchées doubles. Les cuisses de sauterelles ont succédé aux poitrines de poulette. Les compliments pleuvaient grassement. Comme à l’habitude, je maudissais sans mot dire. Il devait croire que mes joues rouges reflétaient une pudeur froissée, cet imbécile. Il finit par finir, non sans me glisser à l’oreille «Si t’es pas sage, le père nouelle aura des cadeaux pour toi…» Clin d’oeil, chick chick dans la joue, regard de ouaouaron. Au-se-cours! Je n’en peux plus. Il faut que ça cesse, quitte à perdre mon emploi. Il faut que je trouve les mots justes, la phrase qui l’obligerait à arrêter, la réplique qui le laisserait coi.
Vers les seize heures, il s’est enfermé dans son bureau pour faire quelques appels. Sûrement pour prendre un rendez-vous chez l’esthéticienne. C’était le moment d’intervenir. L’école était pratiquement déserte. Personne pour nous entendre. On aura toute la place pour s’envoyer paître. J’espérais seulement trouver les mots qui lui cloueraient le bec.
J’ai frappé trois coups secs, trois coups cliché, sans imagination, à son niveau. Trois coups au centre de la porte, juste au dessous de la petite plaque bleue sur laquelle était inscrit Christian Decon, directeur. Et je suis entrée, sans attendre une réponse.
La tête un peu inclinée, le regard planté dans le sien, j’ai refermé la porte avec mon corps, sans délicatesse, sans rudesse. La porte a confirmé sa fermeture par un clic sec. Puis j’ai dit à Decon:
- Je voulais vous dire, monsieur le directeur : c’est bientôt Noël et je ne serai pas sage...
C’est Sophie qui sera contente.
mardi 25 décembre 2007
Attention, je vous écoute...
Au lit, alors qu'elle soupire parce qu'elle ne peut s'endormir:
«J'haïs ça: je ne sais plus où mettre mes yeux...»
Dame V.
(Moi, je les mets toujours au même endroit, ne serait-ce que pour ne pas les chercher le matin venu...)
«J'haïs ça: je ne sais plus où mettre mes yeux...»
Dame V.
(Moi, je les mets toujours au même endroit, ne serait-ce que pour ne pas les chercher le matin venu...)
samedi 22 décembre 2007
Les Ex
- Ça y est, j’ai écrit une lettre d’adieu à mon ex.
Sans lâcher des yeux le verre qu’il remplissait de bière sous la pompe, Alex a dit à Marc:
- Il était temps. Ça fait quoi? Six, sept ans qu’elle est ton ex!?
- Na… Ça fait six ans qu’on s’est laissés et nous sommes sortis ensemble cinq ans. Ça fait donc onze ans qu’elle est mon ex.
- Tu calcules comme un boulier corse ou quoi?
- Ce sont les Chinois, les bouliers, monsieur le barman.
- C’est ce que je disais.
Marc a pris une gorgée puis a posé sa bière sur le zinc afin de souligner l’importance des explications qui allaient suivre.
- Une fille, dès que l’on sort avec, c’est une ex. La preuve en est qu’on dit tous : «quand on sortait ensemble, mon ex faisait gnagnagna...» Mais, au moment où cette fille faisait gnagnagna, moment auquel on fait référence, on sortait avec elle. Il faudrait dire «ma blonde faisait gnagnagna». Pourtant, on dit «ex». CQFD.
Devant cette philosophie, Alex avait ce regard qu’ont les poissons frits. Marc en a profité pour polir le tout.
- Ainsi, elles sont toutes des ex. Même celle qui est dans ton lit. Mais ne lui dis pas… Je sais pas pourquoi, elles aiment pas ça ce genre de discussions…
Alex fixait toujours Marc, l’air ahuri, puis, sortant de sa torpeur, il s’est frotté le nez en jetant:
- À ce que je vois, Marc, t’es un grand romantique… Dis, tu réfléchis toujours de même ou tu fais un extra pour moi? L’alcool doit te reposer...
- En effet. D’ailleurs, je me sens un brin surmené, là. Je prendrais bien une petite relaxation en bouteille, por favor…
- Tu verras, celle-là aussi sera une Ex avant même de te quitter...
Sans lâcher des yeux le verre qu’il remplissait de bière sous la pompe, Alex a dit à Marc:
- Il était temps. Ça fait quoi? Six, sept ans qu’elle est ton ex!?
- Na… Ça fait six ans qu’on s’est laissés et nous sommes sortis ensemble cinq ans. Ça fait donc onze ans qu’elle est mon ex.
- Tu calcules comme un boulier corse ou quoi?
- Ce sont les Chinois, les bouliers, monsieur le barman.
- C’est ce que je disais.
Marc a pris une gorgée puis a posé sa bière sur le zinc afin de souligner l’importance des explications qui allaient suivre.
- Une fille, dès que l’on sort avec, c’est une ex. La preuve en est qu’on dit tous : «quand on sortait ensemble, mon ex faisait gnagnagna...» Mais, au moment où cette fille faisait gnagnagna, moment auquel on fait référence, on sortait avec elle. Il faudrait dire «ma blonde faisait gnagnagna». Pourtant, on dit «ex». CQFD.
Devant cette philosophie, Alex avait ce regard qu’ont les poissons frits. Marc en a profité pour polir le tout.
- Ainsi, elles sont toutes des ex. Même celle qui est dans ton lit. Mais ne lui dis pas… Je sais pas pourquoi, elles aiment pas ça ce genre de discussions…
Alex fixait toujours Marc, l’air ahuri, puis, sortant de sa torpeur, il s’est frotté le nez en jetant:
- À ce que je vois, Marc, t’es un grand romantique… Dis, tu réfléchis toujours de même ou tu fais un extra pour moi? L’alcool doit te reposer...
- En effet. D’ailleurs, je me sens un brin surmené, là. Je prendrais bien une petite relaxation en bouteille, por favor…
- Tu verras, celle-là aussi sera une Ex avant même de te quitter...
lundi 17 décembre 2007
Adieu, Marie-Anne!
Je ne sais lequel des deux a cessé d’aimer l’autre en premier. N’empêche qu’un jour, j’ai senti que je devais partir, que j’avais vécu ce que j’avais à vivre.
Après avoir tout mis en boîtes, après avoir tout emballé, j'ai regardé les pièces éviscérées de cet appartement où j'ai vécu tant de rires et tant de larmes, où j'ai connu tant de nouvelles amitiés et de nouvelles amours, des petites et des grandes, des qui-auraient-pu, des qui-n'auraient-jamais-dû, et un entier. Ce vieux logement aux mille défauts et aux mille charmes aura vu naître, par dessus tout, ma fille.
Ce curieux six-pièces sera désormais une ère-charnière.
C’est avec une étrange nostalgie que j’ai mis la clé sous le paillasson de ce vieux rafiot hanté par la grosse folle d’en bas.
Ici, dans mon nouveau port, les planchers sont droits, les murs sont lisses, et je nage dans l’espace. J’ai même un sous-sol digne de recevoir, et l’hiver n’entre plus au travers les planches.
Ça me prendra quelque temps pour que tout cela ait une âme, que ça devienne chez moi, chez nous. D’ici là, quand je verrai des photos de ce vieil appart, je me demanderai longtemps quel couple nous aurions formé si nous étions restés ensemble.
Après avoir tout mis en boîtes, après avoir tout emballé, j'ai regardé les pièces éviscérées de cet appartement où j'ai vécu tant de rires et tant de larmes, où j'ai connu tant de nouvelles amitiés et de nouvelles amours, des petites et des grandes, des qui-auraient-pu, des qui-n'auraient-jamais-dû, et un entier. Ce vieux logement aux mille défauts et aux mille charmes aura vu naître, par dessus tout, ma fille.
Ce curieux six-pièces sera désormais une ère-charnière.
C’est avec une étrange nostalgie que j’ai mis la clé sous le paillasson de ce vieux rafiot hanté par la grosse folle d’en bas.
Ici, dans mon nouveau port, les planchers sont droits, les murs sont lisses, et je nage dans l’espace. J’ai même un sous-sol digne de recevoir, et l’hiver n’entre plus au travers les planches.
Ça me prendra quelque temps pour que tout cela ait une âme, que ça devienne chez moi, chez nous. D’ici là, quand je verrai des photos de ce vieil appart, je me demanderai longtemps quel couple nous aurions formé si nous étions restés ensemble.
mercredi 5 décembre 2007
Pas de Noël, bonne Noël...
Un brin dans le jus ces jours-ci.
Le jus de nez (Ah! l'hiver...) et le jus de notre déménagement. Eh oui, nous, on déménage sous la neige en plein milieu décembre! Heureusement, on va à 2 coins de rue d'ici.
Pour vous faire patienter, je vous laisse avec quelques image de Dame V et moi dans une... sapinière! Ils y plantent 100 000 sapins par année, en coupent 80 000, tous pour le marché américain...
Comme quoi la magie de Noël, ça se cultive!



Le jus de nez (Ah! l'hiver...) et le jus de notre déménagement. Eh oui, nous, on déménage sous la neige en plein milieu décembre! Heureusement, on va à 2 coins de rue d'ici.
Pour vous faire patienter, je vous laisse avec quelques image de Dame V et moi dans une... sapinière! Ils y plantent 100 000 sapins par année, en coupent 80 000, tous pour le marché américain...
Comme quoi la magie de Noël, ça se cultive!
lundi 26 novembre 2007
Je peux dormir
Il est une heure du matin. Premiers marmonnements dans son sommeil. Je lui caresse les joues, le front, les cheveux. Je suis là, elle peut dormir.
Il est 10h. Soudaines sueurs fiévreuses. Je lui caresse les joues, le front, les cheveux.
Je suis là, elle peut dormir.
Il est 17h. Enième peine d'amour. Je lui caresse les joues, le front, les cheveux. Je suis là, elle peut dormir.
Il est 23h. Dernières palpitations dans un lit d'hôpital. Elle me caresse les joues, le front, les cheveux. Elle est là, je peux dormir.
Il est 10h. Soudaines sueurs fiévreuses. Je lui caresse les joues, le front, les cheveux.
Je suis là, elle peut dormir.
Il est 17h. Enième peine d'amour. Je lui caresse les joues, le front, les cheveux. Je suis là, elle peut dormir.
Il est 23h. Dernières palpitations dans un lit d'hôpital. Elle me caresse les joues, le front, les cheveux. Elle est là, je peux dormir.
vendredi 23 novembre 2007
La Fin de la magie
Premier coup d’égoïne. Premières poussières de bran de scie. Ça ne me touche pas. Du moins pas encore. Le magicien fait de gros yeux menaçants, je fais semblant d’avoir peur, le public rit.
Deuxième coup. Le bois cède sous la morsure des dents métalliques. Puis troisième coup, quatrième. Le magicien me scie maintenant l’estomac. Je reste jolie et surtout muette. Des spectateurs y voient un classique, d’autres se mettent la main devant la bouche, les plus jeunes se ferment les yeux. Moi je souris comme un mannequin de catalogue. Le magicien continue de me trancher. Sur son front perlent quelques gouttes d’effort. Quand enfin il s’en sort, quand son égoïne retrouve l’air libre, il pousse ma tête loin de mes pieds devant un auditoire ébahi. L’illusion est parfaite. Le mystificateur, triomphant, lève bien haut les bras. Et moi, dans mes boîtes, je joue la vivante, je bouge la tête, je bouge les pieds. Tout le monde applaudit, cherche le truc. Je me retiens de crier qu’il n’y a pas de truc, que je suis bel et bien coupée en deux, que s’il y a un miracle, c’est que j’ai su survivre. Mais maintenant, j’ai le cul loin du coeur. Maintenant, il me faut me réunir.
Le rideau tombe bien avant que le magicien n’ait eu le temps de me réunir. Mais ça, personne n’y a pensé. Ils ont payé, ils ont applaudi, c’est fini. Il leur faut rentrer, il y a la gardienne des petits à payer, le boulot du lendemain à reprendre, la routine à essuyer. Dehors, il y a la vraie vie, pas la magie.
De toute manière, que feraient-ils d’une femme jamais entière, toujours divisée, qui ne sait plus où elle met les pieds, d’une femme qui aurait dû écouter sa mère et se méfier des magiciens?
Deuxième coup. Le bois cède sous la morsure des dents métalliques. Puis troisième coup, quatrième. Le magicien me scie maintenant l’estomac. Je reste jolie et surtout muette. Des spectateurs y voient un classique, d’autres se mettent la main devant la bouche, les plus jeunes se ferment les yeux. Moi je souris comme un mannequin de catalogue. Le magicien continue de me trancher. Sur son front perlent quelques gouttes d’effort. Quand enfin il s’en sort, quand son égoïne retrouve l’air libre, il pousse ma tête loin de mes pieds devant un auditoire ébahi. L’illusion est parfaite. Le mystificateur, triomphant, lève bien haut les bras. Et moi, dans mes boîtes, je joue la vivante, je bouge la tête, je bouge les pieds. Tout le monde applaudit, cherche le truc. Je me retiens de crier qu’il n’y a pas de truc, que je suis bel et bien coupée en deux, que s’il y a un miracle, c’est que j’ai su survivre. Mais maintenant, j’ai le cul loin du coeur. Maintenant, il me faut me réunir.
Le rideau tombe bien avant que le magicien n’ait eu le temps de me réunir. Mais ça, personne n’y a pensé. Ils ont payé, ils ont applaudi, c’est fini. Il leur faut rentrer, il y a la gardienne des petits à payer, le boulot du lendemain à reprendre, la routine à essuyer. Dehors, il y a la vraie vie, pas la magie.
De toute manière, que feraient-ils d’une femme jamais entière, toujours divisée, qui ne sait plus où elle met les pieds, d’une femme qui aurait dû écouter sa mère et se méfier des magiciens?
mercredi 21 novembre 2007
Al-Romi
Depuis août dernier, ma fille fréquente une garderie en milieu familial tenue par une famille québéco-marocaine. Dès le début, Dame V. et moi étions emballés à l'idée que notre fille soit en contact aussi tôt avec une autre culture, et nous nous demandions bien qu'est-ce que la petite en retiendrait outre quelques mots d'arabe, un goût marqué pour le couscous et un vif désir de tourner son tapis de jeu vers la Mecque en fin d'après-midi.
Ce matin, ma fille voyait la neige pour la première fois. Menfin, ce n'était pas sa première fois mais à un an et demi, vous comprenez ce que je veux dire. J'avais hâte de marcher vers la garderie avec elle pour l'entendre pousser des Oh! et des Ah! devant les flocons et pour voir briller ses yeux sous sa tuque à oreilles en faux mouton. Mais dès que je l'ai déposée sur le trottoir les deux pieds dans les deux centimètres de neige fondante (encore blanche après vingt minutes, un record à Montréal)... elle s'est mise à pleurer!
Alors que nous l'attendions d'un côté, l'influence marocaine s'est manifestée de l'autre: ma fille n'aime pas la neige.
Je crois que je vais aller m'en plaindre à la commission truc-muche...
Ce matin, ma fille voyait la neige pour la première fois. Menfin, ce n'était pas sa première fois mais à un an et demi, vous comprenez ce que je veux dire. J'avais hâte de marcher vers la garderie avec elle pour l'entendre pousser des Oh! et des Ah! devant les flocons et pour voir briller ses yeux sous sa tuque à oreilles en faux mouton. Mais dès que je l'ai déposée sur le trottoir les deux pieds dans les deux centimètres de neige fondante (encore blanche après vingt minutes, un record à Montréal)... elle s'est mise à pleurer!
Alors que nous l'attendions d'un côté, l'influence marocaine s'est manifestée de l'autre: ma fille n'aime pas la neige.
Je crois que je vais aller m'en plaindre à la commission truc-muche...
lundi 19 novembre 2007
Désolé du retard
On s'est croisés une fois. C'était avant la cuisson de ses perruches. On était contents de se dire bonjour. C'est d'ailleurs à peu près tout ce qu'on s'est dit. Et on ne s'est jamais revus depuis.
Ça m'a pris 100 ans avant de l'ajouter à mes liens. Je ne sais trop pourquoi. C'est pourtant un des très bons blogues de création que je lis. Comme je les adore.
Alors, allez rattraper le temps que je vous ai fait perdre:
Charles Bolduc
Ça m'a pris 100 ans avant de l'ajouter à mes liens. Je ne sais trop pourquoi. C'est pourtant un des très bons blogues de création que je lis. Comme je les adore.
Alors, allez rattraper le temps que je vous ai fait perdre:
Charles Bolduc
mardi 13 novembre 2007
Carton
La voisine du haut a le pied lourd. Elle marche du talon du pas assuré de celle qui sait où elle va. Pourtant elle va de la cuisine au salon, du salon à la cuisine, et ce, sans arrêt, 28 heures par jour. Ma chambre est sous sa cuisine et il est trois heures du matin, c’est dire si je l’entends marcher.
Dans la chambre contiguë à la mienne, mon voisin érotomane baise tous les jours, et cette nuit, un transsexuel un peu moche en processus de métamorphose. Après que mon voisin ait joui sans discrétion, c’est au tour du travelo de se faire pomper. Après qu’il ait joui à son tour, le deux discutent de lubrifiant, de changement de sexe, d’hormones, de thérapie. De mon lit, je pourrais participer à la discussion sans lever la voix. J’évalue rapidement à 2mm l’épaisseur du carton qui compose mes murs.
Je les ai avertis pourtant. Dix ou vingt fois, je ne sais plus. Tous ces pourparlers ne m’ont laissé qu’une terrible envie d’homicides. Alors je ronge mon frein, je porte les bouchons, mais je sais bien qu’un jour, je ne serai plus capable.
En bas, mon voisin rentre de la taverne. Sa matronne l’engueule vertement. Face à sa bonne femme, sa plaidoirie se limite à un bégaiement de deux ou trois syllabes inintelligibles. Il se défend comme il peut mais il ne peut pas beaucoup. Elle lève le ton et finit par le lancer dans le mur. Je signale le 911 sans ouvrir la lumière. Quand le policier entend mon nom, il me demande comment ça va et si c’est la commande habituelle. Je lui dis que c’est reparti comme en 40, que c’est à nouveau «une grosse patate avec une p’tite bière sans effervescence». Il soupire, mais je devine un sourire; ça les amuse toujours de venir visiter mes voisins d’en bas. La police arrive quelques minutes plus tard. Quand les flics repartiront, la grosse matronne frappera au plafond avec son balai en me criant de me mêler de mes affaires.
Pendant que le saoulon du bas se refait battre, la voisine du haut se fait à manger. Je ne sais trop quoi, mais elle tranche des trucs assez durs, des carottes en bois si je me fie aux coups de couteaux sur le comptoir, et elle échappe sa planche à découper sur le plancher. Trois fois.
4h15. Je ne dors toujours pas. En bas, la voisine doit avoir assommé son imbibé et à côté, ils se sont tus après avoir convenu que l’opération attendrait encore quelques mois. La voisine du haut danse maintenant au son d’une musique rythmée. Je cogne au plafond à mon tour. Elle frappe le plancher du talon. Si je sors de cette chambre, c’est pour aller en prison, c’est sûr.
Le lendemain, à l’usine de boîtes de carton où je bosse, un journalier me traite de petit bourgeois douillet quand il apprend que j’habite sur le plateau. Pas de chance pour lui, j’ai un exacto dans la main. La lame est courte et émoussée, mais j'ai pas mal de détermination.
***
Ce matin, je vois mes voisins à la télé qui disent que j'étais pourtant un voisin un peu trop discret, qu'ils se doutaient bien qu'il y avait quelque chose de pas net avec moi. Je ferme le poste.
Dans quelques minutes, je reçois mon avocat pour connaître la date de ma comparution. J’espère que ce sera dans longtemps et que la peine sera lourde; vous n’avez pas idée comme on dort bien dans ma cellule.
Dans la chambre contiguë à la mienne, mon voisin érotomane baise tous les jours, et cette nuit, un transsexuel un peu moche en processus de métamorphose. Après que mon voisin ait joui sans discrétion, c’est au tour du travelo de se faire pomper. Après qu’il ait joui à son tour, le deux discutent de lubrifiant, de changement de sexe, d’hormones, de thérapie. De mon lit, je pourrais participer à la discussion sans lever la voix. J’évalue rapidement à 2mm l’épaisseur du carton qui compose mes murs.
Je les ai avertis pourtant. Dix ou vingt fois, je ne sais plus. Tous ces pourparlers ne m’ont laissé qu’une terrible envie d’homicides. Alors je ronge mon frein, je porte les bouchons, mais je sais bien qu’un jour, je ne serai plus capable.
En bas, mon voisin rentre de la taverne. Sa matronne l’engueule vertement. Face à sa bonne femme, sa plaidoirie se limite à un bégaiement de deux ou trois syllabes inintelligibles. Il se défend comme il peut mais il ne peut pas beaucoup. Elle lève le ton et finit par le lancer dans le mur. Je signale le 911 sans ouvrir la lumière. Quand le policier entend mon nom, il me demande comment ça va et si c’est la commande habituelle. Je lui dis que c’est reparti comme en 40, que c’est à nouveau «une grosse patate avec une p’tite bière sans effervescence». Il soupire, mais je devine un sourire; ça les amuse toujours de venir visiter mes voisins d’en bas. La police arrive quelques minutes plus tard. Quand les flics repartiront, la grosse matronne frappera au plafond avec son balai en me criant de me mêler de mes affaires.
Pendant que le saoulon du bas se refait battre, la voisine du haut se fait à manger. Je ne sais trop quoi, mais elle tranche des trucs assez durs, des carottes en bois si je me fie aux coups de couteaux sur le comptoir, et elle échappe sa planche à découper sur le plancher. Trois fois.
4h15. Je ne dors toujours pas. En bas, la voisine doit avoir assommé son imbibé et à côté, ils se sont tus après avoir convenu que l’opération attendrait encore quelques mois. La voisine du haut danse maintenant au son d’une musique rythmée. Je cogne au plafond à mon tour. Elle frappe le plancher du talon. Si je sors de cette chambre, c’est pour aller en prison, c’est sûr.
Le lendemain, à l’usine de boîtes de carton où je bosse, un journalier me traite de petit bourgeois douillet quand il apprend que j’habite sur le plateau. Pas de chance pour lui, j’ai un exacto dans la main. La lame est courte et émoussée, mais j'ai pas mal de détermination.
***
Ce matin, je vois mes voisins à la télé qui disent que j'étais pourtant un voisin un peu trop discret, qu'ils se doutaient bien qu'il y avait quelque chose de pas net avec moi. Je ferme le poste.
Dans quelques minutes, je reçois mon avocat pour connaître la date de ma comparution. J’espère que ce sera dans longtemps et que la peine sera lourde; vous n’avez pas idée comme on dort bien dans ma cellule.
mercredi 7 novembre 2007
Gravité du graffiti
La recette est simple : dans un endroit public, n’importe lequel, au centre-ville de Montréal ou dans le village le plus reculé, peignez un grand mur blanc, puis allez patienter en prenant un verre ou trois dans un débit à votre goût.
Fort à parier que le mur se remplira de graffitis en moins de deux. Et quel sera la teneur de ces graffitis? Oui madame : un tas de mots grossiers que ma mère m’a défendu d’écrire ici, et des dessins aussi explicites que mal foutus.
Pourquoi les gens qui ont des messages d’amour et de tolérance ne les écrivent pas sur ces murs blancs? Je ne le sais pas. Parce qu’ils sont timides? Parce que c’est dans la nature même des bonnes gens de ne pas être «louds», de ne pas avoir besoin de crier leur tolérance et leur amertume? Parce que l’amour, ça se vit? Ceci dit, il y en a tout de même qui feront des signes de «peace» ici et là, un soleil dans le coin, ou un autre truc gentil que tous trouvent un peu cul-cul mais qui fait du bien.
Eh bien, c’est ça, la commission Bouchard-Taylor : un mur blanc offert aux graffiteurs.
Il serait bien que les caméras des journalistes qui couvrent ce non-événement focussent sur les petits dessins de fleurs dans les coins. Je suis peut-être naïf, mais je crois qu’ils représentent pas mal plus l’opinion de la majorité des gens que les croix gammées et autres gribouillis à la bombe aérosol dessinés par des gens qui en ignorent le sens.
Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse d'avoir la rage, dit le proverbe. C'est ce que font les petits racistes de partout en ce moment. C'est aussi ce que font les médias avec le Québec dit profond.
Et c'est triste.
Fort à parier que le mur se remplira de graffitis en moins de deux. Et quel sera la teneur de ces graffitis? Oui madame : un tas de mots grossiers que ma mère m’a défendu d’écrire ici, et des dessins aussi explicites que mal foutus.
Pourquoi les gens qui ont des messages d’amour et de tolérance ne les écrivent pas sur ces murs blancs? Je ne le sais pas. Parce qu’ils sont timides? Parce que c’est dans la nature même des bonnes gens de ne pas être «louds», de ne pas avoir besoin de crier leur tolérance et leur amertume? Parce que l’amour, ça se vit? Ceci dit, il y en a tout de même qui feront des signes de «peace» ici et là, un soleil dans le coin, ou un autre truc gentil que tous trouvent un peu cul-cul mais qui fait du bien.
Eh bien, c’est ça, la commission Bouchard-Taylor : un mur blanc offert aux graffiteurs.
Il serait bien que les caméras des journalistes qui couvrent ce non-événement focussent sur les petits dessins de fleurs dans les coins. Je suis peut-être naïf, mais je crois qu’ils représentent pas mal plus l’opinion de la majorité des gens que les croix gammées et autres gribouillis à la bombe aérosol dessinés par des gens qui en ignorent le sens.
Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse d'avoir la rage, dit le proverbe. C'est ce que font les petits racistes de partout en ce moment. C'est aussi ce que font les médias avec le Québec dit profond.
Et c'est triste.
lundi 5 novembre 2007
Regain de vie
Nous regagnons la maison en marchant lentement tous les soirs. Nous la regagnons, mais pour regagner les choses, il faut les gagner une première fois puis les perdre.
Nombre d’entre nous n’avons pourtant jamais perdu ce chez-soi, cette vie regagnée tous les soirs.
Pour être honnête, pour être juste avec les mots, il faudrait bien perdre ce que nous avons au moins une fois. Parce qu’à toujours regagner ce que nous n’avons jamais perdu, c’est nous qui nous perdons.
Dans cette vie de tous les jours, il est fou le nombre de prix que nous réclamons sans jamais avoir participé au tirage.
Nombre d’entre nous n’avons pourtant jamais perdu ce chez-soi, cette vie regagnée tous les soirs.
Pour être honnête, pour être juste avec les mots, il faudrait bien perdre ce que nous avons au moins une fois. Parce qu’à toujours regagner ce que nous n’avons jamais perdu, c’est nous qui nous perdons.
Dans cette vie de tous les jours, il est fou le nombre de prix que nous réclamons sans jamais avoir participé au tirage.
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