lundi 30 janvier 2006

Attention, je vous écoute...

«Ah... Je veux une petite tête pour mettre une petite tuque!»
Virginie Larivière

dimanche 29 janvier 2006

Le Parti Rhinocéros

Dans les journaux, à la télé, à la radio il y a des vox pop en forme de clips, des lignes ouvertes insupportables, des analyses de fond (de grands fonds, d’abysses même!) du vote de Québec (désolé pour les dissidents à l’ombre du cap Diamant, l’œil extérieur ne voit que les députés élus). Il en ressort toujours que les gens de Québec sont tannés de l'attitude montréalaise à leur égard. Ils ont peut-être raison, mais ça n'explique en rien leur vote.

Ce qui ressort de tout ce que j'ai lu et entendu, c'est la pensée magique, l'aveuglement volontaire des partisans conservateurs: ils votent pour la droite pour un ménage économique, et ils se disent que le reste (militarisme, homophobie et sexisme latents, «God bless Canada» et autres) ne sont au pire que des dommages collatéraux, au mieux que des politiques et des façons de penser qui ne trouveront jamais terreau fertile ici. Parce qu'il y a des garde-fous pour lesquels quelques autres ont voté…

J'ai longtemps pensé que la politique du pire (lire Harper) aiderait la cause souverainiste. Je n'en suis plus si sûr. Parce qu’un gouvernement minoritaire sera gentil gentil, puis il reviendra à la charge, cette fois majoritaire. Ça lui laissera quelque chose comme six années pour semer, cultiver, engraisser ses idées de droite dans les petites têtes parfois molles. Je ne suis plus sûr que c'est une bonne idée parce que je n'avais pas prévu que les Conservateurs auraient quelques appuis ici, au Québec, ce toujours Bas(sic!) Canada. Dans six ans, ils seront combien à s’être habitués à ces idées au point de les trouver «pas si pire, finalement»?

J'en entends dire qu'ils ne prendront que le meilleur d'Harper et qu'ils jetteront le reste quand le reste se pointera. Aveuglement volontaire, je disais. Moi, j'ai l'impression d'assister à une inquiétante représentation de Rhinocéros de Ionesco; je ne vois que la corne qui pousse sur le front de ceux qui se croyaient à l’abri.

mercredi 25 janvier 2006

L'Incroyable Science

Une impression étrange d’irréalité, comme voir l’horizon d’une planète lointaine, comme descendre de sa caravelle pour sentir le sable du Nouveau Monde couler entre ses doigts, comme voir, par échographie 3D, le profil de ma fille lovée dans le ventre de sa mère!

mardi 24 janvier 2006

Histoire à f'Harper

À 17 ans, au volant du Dodge Aspen de mon père, je clignotais à gauche pour tourner à droite, histoire de faire rire mes amis.

Peut-être est-ce mon âge ou mon sens de l'humour qui a changé, mais aujourd'hui, un pays qui flashe à gauche et tourne à droite, je trouve ça difficile à suivre... et vachement inquiétant.

mercredi 18 janvier 2006

Énigme

Toutes blessent, la dernière tue.

Allez, sans googler, pour le fun de lire vos idées...

Comme la lune

Comme la lune gonfle tes flots, j’effrite tes escarpements, j’essouffle tes ondes. De marée en marée, je luis et me mire dans tes vagues, entre creux et crêtes. Comme la lune, je tourne, je satellite, sans dévoiler ma face cachée, sans jamais exhiber tous ces artéfacts qu’ont laissés derrière eux les cosmonautes du passé. Jusqu’au jour où tu te posas dans l’amer de la tranquillité. Tes foulées ont moins de gravité, mes tremblements sont moins sourds, depuis.

vendredi 13 janvier 2006

Prêt à emporter

Le mercredi soir, devant son reflet entre une photo déjà jaunie de son feu mari et une boîte à bijoux qui ne sait plus jouer de la musique, ma voisine Yvette se pomponne pour sa soirée de bingo; une boîte d'épingles à cheveux, un tube de rouge à lèvres écarlate, une tasse de fond de teint deux tons trop pâle, un demi-litre de parfum bon marché probablement acheté en vrac. Chaque fois, quand je vois Yvette partir en taxi, je me dis que si elle meurt dans la soirée, c’est l’embaumeur qui sera content de voir arriver du travail déjà fait. Pour lui, la recevoir serait un peu comme si un bûcheron entrait dans une forêt de bûches... Yvette, c’est du prêt à emporter. Quand je la croise les soirs de cartes à pitons, je lui dis qu’elle embaume; ça lui fait plaisir, et dans ma barbe, je me trouve très drôle.

Ce mercredi, Yvette a gagné 240$ au bingo. C’est ce qu’elle m’a fièrement raconté en revenant chez elle. Elle se considère pas mal chanceuse. Puis elle a dû me quitter parce que ses jambes lui faisaient souffrir le martyre. Dans un sourire écarlate, elle m’a dit bonsoir avant de refermer sur elle la porte de son deux et demi où le téléphone, comme la sonnette, ne résonne jamais.

lundi 9 janvier 2006

Actualité québécoise

Un séisme de 4,5 sur l'échelle Richter a été ressenti ce matin à Hungtingdon; le maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, a échappé son égo.

dimanche 8 janvier 2006

Et flotte le drapeau.

Aux Açores, il y a un petit port à l’ombre d’un volcan. Horta. Passage quasi obligé pour tous les voiliers qui traversent l’Atlantique. Protégés par d’énormes brise-vagues où le graffiti est norme, les marins pavanent leur coque parfois rustique, parfois plus raffinée, que le soir venu on magasine en marchant sur les quais multicolores. Aux beaux jours du printemps, des centaines de voiliers peuvent se retrouver amarrés à cet endroit. On doit presque les empiler. Immanquablement, on note les nationalités présentes : suédoise, anglaise, française, états-unienne, brésilienne, canadienne… On trouve bien quelques fleurdelysés ici et là, mais comme le Québec n’a pas (encore) le statut de pays, ce n’est pas réglementaire, et le drapeau canadien unifolié est de rigueur. On reconnaît alors le Québécois du Canadien-anglais par la grandeur du drapeau. Les premiers se réservent les timbres-poste alors que les seconds ont des drapeaux à rendre jaloux le foc de leur bateau. J’en même ai vu un qui, par temps calme, touchait l’eau tant il était grand. C’est le drame des nationalismes disproportionnés; ils se prennent pour des voiles mais ne flottent que par grands vents où ils fouettent alors le visage de leurs trop proches voisins. Sinon, ils s’affaissent sous leur propre poids, traînent dans l’eau et y pourrissent lentement.

vendredi 6 janvier 2006

Attention, je vous écoute... Spécial jefferies

N.B. Contrairement à ceux de la majorité des gens, les lapsus de Jean-François Domingue sont généralement réfléchis à l'avance. Ainsi, il est permis de croire que ses propos réfléchis sont généralement des lapsus...

«Le problème des strings à l'école, j'aimerais bien mettre le doigt dessus.»

«Je l'ai compris après l'avoir pensé.»

«Il part en lion, finit en girafe.»

jeudi 5 janvier 2006

Il pleut des coups

Coup de crayon, coup de marteau, je roue de coup clous dans bois mou. Puis sale coup sur les doigts. Coup de poing le pouce dans la bouche. Alors coup de barre, je rends coup pour coup et je fais le coup du lapin au coup bas. Coup d’épée dans l’eau. La vie me rend coup fourré pour coup mes coups; je manque mon coup de scie. Coup de pied de rage. J'encaisse le coup de Jarnac comme coup de fouet, je redouble mes coups.
Sur le coup de 20h, dernier coup de cœur pour finir mon coup. Du même coup, de grâce. Ça tient le coup et en vaut le coup d’œil. Avec ces armoires pour couperose en bouteilles, je serai dans le coup.
Coup de fil aux copains; en un coup de vent, je file prendre un coup, fier du mien.

lundi 2 janvier 2006

Des Petits Gros et l'heure des boires

Dans La Presse du 31 décembre dernier (à ne pas confondre avec le 31 décembre avant dernier, un brin meilleur, mais tout de même pas assez bon pour être le premier): à cause d'une mauvaise perception, l'humain verserait - et boirait - plus d'alcool dans les petits verres larges que dans les grands étroits, et vice versa (et à vice versé, il faut le boire).
Ainsi, si on verse plus d'alcool dans les contenants petits et larges, les petits gros ont enfin un avantage sur les grands minces.

vendredi 30 décembre 2005

Aphorisme

La femme, comme l'herbe, est toujours plus verte chez le voisin.

mercredi 28 décembre 2005

Des Coquilles et quelques écales

Quelques extraits de compos étudiantes. Pour Nouelle.

«Le monde du cinéma a connu le relâchement des films Star Wars (...)»
C'est vrai qu'ils se sont relâchés un peu...

«En 1949, l'empereur Mayo bannit le bandage des pieds en Chine.»
Cette coutume avait été instaurée par l'empereur Tomato Ketchup.

«Le père donnait des cours de piano à ses enfants et il les faisait tester toutes les fins de semaine».
Ça vaut mieux; ils ne sont plus aussi fiables que ceux de notre temps.

«Le roman de Vigneault est rempli de références musicales qui embellissent la beauté du texte.»
C'est tellement beau que ça embellit le déjà beau. C'est beau, beau, beau.

«John Wayne Bobbit est opéré dès les retrouvailles du pénis.»
C'est sûrement plus excitant que les retrouvailles des membres du club de dames de la polyvalente Euclide-Théberge cuvée 1983.

«Il la maltraitait autant sexuellement que quotidiennement.»
Il la frappait dans les parties quotidiennes.

«Le livre possède une histoire enchaînante avec des personnages attachants.»
On ne pouvait s'enlacer...

lundi 26 décembre 2005

«Simple et rapide»

Lundi matin, un couple d’une soixantaine d’années est venu à la machine photo du centre d’achats. Alors que la dame sortait un document d’un grand sac Sears, l’homme tentait de comprendre comment fonctionnait cette espèce de numériseur public. «Simple et rapide» indiquait le message d’accueil sur l’écran. La tête droite, l’homme essayait de lire au travers ses doubles foyers la marche à suivre imprimée en caractères trop petits. Une à une, sa femme a sorti des photos d’une autre époque, triées consciencieusement les jours précédents. Une à une, le retraité a numérisé, recadré, balancé les couleurs, bleuté les yeux rougis comme d’autres corrigent des examens. Il appuyait sur des boutons avec cette crainte qu’on a toujours devant des machines inconnues, enregistrait ses modifications, tentait d’oublier que ses genoux s’impatientaient, tout cela pendant que sa femme chassait à coups de sacoche la grosse fausse blonde trop maquillée qui soupirait d’impatience derrière eux. Quatre heures devant un écran à revisiter le passé. À la dernière photo, sur le point d’imprimer son œuvre, l’homme a soupiré, content et un peu fier; le centre fermait ses portes dans quelques minutes, ils avaient réussi. Il a appuyé sur la touche «Terminé» pensant entrer en phase d'impression. L’écran est revenu à son message d’accueil : «Simple et rapide».

L’homme a regardé sa femme, le regard dans une buée à mi chemin entre le découragement et la rage. Il ne restait plus qu’à tranquillement rentrer à la maison. Ils n’ont pas beaucoup parlé ce soir-là.

Le lendemain, à l’ouverture du centre d’achats, le couple était à nouveau devant le numériseur. Cette fois, la femme avait un plus petit sac, et l’homme a numérisé et imprimé son contenu en moins d’une heure avant de rentrer chez-lui heureux, en tenant sa femme par la main. Les deux amoureux sont revenus au centre tous les matins suivants, pour une heure chaque fois, et chaque fois, ils repartaient avec le sourire et leur petit sac. Puis le samedi matin, une grosse fausse blonde trop maquillée était à la machine. Les retraités avaient fini leur boulot.

* *

Ce Noël, entre autres cadeaux, mes parents m’ont donné un album photo personnalisé avec contenu fraîchement numérisé, recadré, recoloré: moi à mon baptême dans les bras de mes grands-parents; moi et mes amis à ma fête de cinq ans; ma mère qui tente de convaincre ses enfants de prendre une belle pose pour la postérité alors que nous faisions des grimaces, moi assis sur un cheval tandis que mon père tenait les guides… J’ai calculé rapidement que mon père avait 36 ans sur cette photo. Mon âge aujourd’hui. Puis une photo de mon petit frère et moi dans notre «suit» de baseball… J’ai toujours haï le baseball. Pourtant ce Noël, j'ai été ému à la vue de cet uniforme et de mon gant trop grand. Ces photos montraient ce que des yeux étrangers ne verraient jamais.

Ce Noël, j’ai probablement eu un des plus beaux cadeaux. Et un cadeau comme ça, ce n’est jamais simple et rapide.

mercredi 21 décembre 2005

Les Rois déchus de la montagne

Quand j’ai emménagé à Montréal à l’âge de 18 ans, j’étais fasciné par la frénésie humaine que provoquait une tempête de neige. Je pouvais passer des heures assis à la fenêtre de mon appartement de la rue d’Iberville à regarder les gens se stationner en biais, à pousser leur bazou soudainement innofensif à cause de quelques centimètres de neige sous les roues. Dans ma vie rurale d’avant, l’hiver, un camion, une souffleuse ou une charrue (une grosse gratte jaune sale avec des roues avant géantes inclinées de côté) tassait la neige sur le bord des rues et créait des montagnes de neige qui fondaient jusqu'à la mi-juin et qui redonnaient au printemps les mitaines et les tuques qu’on y avait oubliés. Dans ces montagnes, on construisait des forts, on creusait des tunnels, on inquiétait nos parents car ces montagnes de neige écrasaient son lot d’enfants à chaque année, toujours dans de petits villages éloignés où les gens devaient être bien cons, du moins plus que nous qui l’étions déjà pas mal. Mais à huit ans, ces montagnes étaient des pays qui ne nous laissaient rentrer au chaud que lorsque notre habit de neige et le feutre de nos bottes de ski-doo étaient trempés de bonheur gratuit.

À Montréal, j’ai vite compris que les montagnes de neige n’étaient pas aussi ludiques. Quand on les laissait quelques jours sur le bord des trottoirs, des enfants s’y glissaient comme la vermine s’immisce dans les ordures, et immanquablement, quelques-uns se faisaient manger par une souffleuse au conducteur un peu édenté, en bédaine dans sa cabine vitrée. Alors on s’est vite convaincus qu’il fallait enlever la neige tout de suite dans un ballet mécanique impressionnant. J’ai passé toutes mes premières neiges montréalaises appuyé au rebord de la fenêtre pour regarder les chenillettes déblayer le trottoir, puis un tracteur pousser la neige dans la rue, la charrue la repousser sur le bord, une première souffleuse la projeter maladroitement dans des camions dignes de la baie James. Puis tout recommençait une autre fois, parce que les camions bavaient, parce que la souffleuse ne savaient pas quand s'arrêter de souffler, parce qu’il en restait un peu partout. Et derrière tout cela, des automobilistes roulaient à vitesse réduite pour profiter d’une place de stationnement toute neuve juste devant leur porte, luxe urbain éphémère, et ces derniers rentraient chez-eux enorgueillis en se disant que c’est don’ beau, une belle rue propre propre.

Hier, j’ai regardé cet étrange ballet une autre fois. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Je l’ai trouvé bien triste. Peut-être est-ce l’âge, peut-être est-ce la paternité qui s’en vient, mais j’aurais échangé tous les tracteurs de la ville pour m’asseoir devant ma fenêtre et regarder des enfants conquérir des forteresses de neige. Des forteresses faussement menaçantes qui empêchent les voitures de se stationner et qui redonnent les jouets oubliés au printemps.

Peut-être devrais-je descendre dans la rue, m'emparer d'une montagne en y construisant un fort, puis y planquer un tas de munitions en balles de neige, et la défendre contre les charrues jaunes conduites par des hommes bronzés en hiver. Il est fort à parier que mes voisins me trouveraient débile. Vous n'avez pas idée à quel point ça me rassurerait... Des volontaires? Il me manque des grenadiers et des lanciers avec des couilles grosses comme ça. Un cuistot aussi. Envoyez vos c.v.

lundi 19 décembre 2005

Aphorisme

Faites attention aux radins altruistes: ils vous prêtent l'oreille, mais leurs intérêts sont parfois élevés...

jeudi 15 décembre 2005

Aphorisme politique

Les politiciens ont si bien pelleté des nuages lors du «débat» (sic!) des chefs de ce soir qu'il n'est pas étonnant qu'on annonce 30 centimètres de neige demain.

mardi 13 décembre 2005

L'addition, s'il vous plaît!

Arrive le temps des corrections, le retour du balancier du temps des cathédrales…
Je dois les faire au café du quartier, un chaleureux mélange de fripperie et de café, afin de ne pas fuir dans de soudaines urgences ménagères telles que laver le plancher de l’entrée ou remplacer la pile de la télécommande orpheline qui ne fonctionne avec aucun appareil de la maison.

Avant la mise en chantier, je fais des petites piles sur ma table, je trie par groupe, j’aligne les stylos – un bleu pour la colère, un vert pour l’espoir, un rouge pour le sang – puis je retrie les travaux comme je planifie mes assiettées: les légumes en premier, ensuite les pâtes, la viande et le dessert, puis apparaît la note. Une grosse heure de préliminaires. Même Dame V. n'y croit pas. Mais je me trompe souvent et je me retrouve avec des haricots entre deux bouchées de gâteau, et une sauce chocolatée sur ma laitue.

Un jour, je vous raconterai les grilles de correction que j’utilise pour mes repas. D’ici là, j’ai un premier service à me mettre sous la dent…

lundi 12 décembre 2005

Liberté et Puissance

Tous les matins, je roule vers le boulot sur la même autoroute, empruntant les mêmes voies, abordant les mêmes courbes de la même manière. De l’autre côté du terre-plein, les banlieusards font la queue vers des paravents greiges et une promesse de chèque de paie. À la radio s’empilent bulletins météo, chansons prévisibles et pubs d’automobiles qui me promettent liberté et puissance.

À la hauteur de l’avenue Woodland, entre deux poteaux du garde-fou au centre de l’autoroute, il y a le cadavre d’une jeune biche, frappée par un véhicule il y a quelque temps déjà. Chaque fois que je passe par là, je me répète les mêmes trucs, dans le même ordre. Primo : il y a des cervidés à Beaconsfield? Secundo : elle aurait dû rester dans son ravage. Traverser une autoroute, quand on est un chevreuil, ce n’est jamais une bonne idée.

Pendant que je roule à 110 km/h, je me demande qui de nous deux est le plus brillant. Tous les jours, je suis une voie toute tracée, goudronnée, balisée. Quand je m'emmerde trop, je mets deux roues dans l’accotement, de l’autre côté de la ligne, pour prendre un peu plus que ce qu'on m'a donné. Mais même là, je demeure en marge, dans cet espace qui se définit par la norme, à mille lieux de ce dont je rêve parfois, un esprit libre qui n’est en réaction à rien. Je ne suis pas cette entité qui va où elle veut, où elle espère l’herbe plus verte, qui se fout des sens uniques et des garde-fous pour gens sains, et qui parfois traverse une autoroute devant le faisceau étroit des phares d’une voiture.

Tous les matins, malgré ses grognements et sa suspension assistée, ma boîte de tôle n’arrive pas à me faire oublier qu’elle roule avec le sang de la liberté sur sa puissance froissée.

vendredi 9 décembre 2005

Attention, je vous écoute...

Au sujet des promesses électorales...

«Ça te sort par une oreille, et ça te sort par l’autre.»
Véronique Boily

jeudi 8 décembre 2005

En Marge

Ils étaient une dizaine habillés en noir des pieds à la tête, celle-ci parfois coiffée d’un Fedora noir. Ça fumait des petits bouts de cigarettes qu’ils tenaient entre l’auriculaire et l’annulaire, la main à hauteur du nombril, la paume vers le ciel. Il y en avait un ou deux à qui j’aurais aimé parler dans le groupe, mais je ne fais pas partie de la sphère des poètes, des marginaux, des vrais. L’exclus aime l’exclusion, la provoque et l’entretient. La sienne et celle des autres. Car fort du poids de son groupe, le marginal crée sa norme et rejette ceux qui n’y correspondent pas. Rien de pire que le marginal grégaire. À les regarder, j’ai toujours cet étrange sentiment qu'on a devant un lac en octobre, qui oscille entre l’envie d'y nager et la joie de ne pas y tremper. Parce qu’il me faudrait toujours exhiber une douleur de vivre comme un Rockabilly expose ses tatous, parce qu’il faudrait que je devienne caractériel, parce qu’il faudrait que j’arrête de parler à trop de gens que j’aime pour être un vrai.

Pendant que je buvais ma bière avec des amis, eux, ils discutaient du dernier recueil de poésie de Jean-Philippe Bergeron, Débris des ruches. Enfin, j'ai supposé. Le livre semblait triste car ça ne riait pas beaucoup dans leurs rangs. Pendant que le groupe se serrait comme un troupeau de pingouins à 50 sous zéro, Bergeron m’a autographié son recueil que je souhaite aussi bon que le premier. Si c’est le cas, je suis mûr pour une retraite fermée de quelques semaines chez les moines. Qu’on ne se méprenne pas, c’est positif.

Puis le groupe s'est étiolé, tout le monde est parti, moi y compris. Je n’ai parlé à personne habillé en noir ce soir là. Un jour, je leur dirai qu’ils ont l'air chiants et imbus d’eux-mêmes. Dans le même élan, je leur dirai aussi de ne pas changer.

mardi 6 décembre 2005

Libéral 1, Bloc 0 (1 pt Godwin de Lapierre - qui perd gagne)

Allez, je vous explique un peu...

La loi de Godwin

«En 1990, Mike Godwin énonça la règle empirique suivante : "Plus une discussion [...] dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s'approche de 1"[...]

On peut remarquer que n'importe quoi peut remplacer le nazisme dans l'énoncé de cette loi, en effet plus une discussion est longue plus on a de chance d'y mentionner n'importe quoi.

Cette "loi" s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle une discussion qui dure dans le temps amène peu à peu les esprits à s'échauffer et à remplacer les arguments par des insultes. Le nazisme étant souvent considéré comme la pire des idéologies, toute comparaison avec un mouvement de ce genre est considérée comme le signe de l'échec de la discussion, du moins si le sujet de départ était très éloigné. On estime alors qu'il est temps de clore le débat, dont il ne sortira plus rien de pertinent, pour repartir sur des bases saines. On dit alors qu'on a atteint le point Godwin de la discussion.

L'expression point Godwin a, par extension, également pris un autre sens : un point Godwin est un point donné au participant qui aura permis de vérifier la loi de Godwin en venant mêler Hitler, le nazisme ou toute idéologie haineuse à une discussion dont ce n'est pas le sujet.»
(tiré de Wikipedia - Merci au Laborantin!)

Au delà de cette information amusante, je voudrais souligner la magnifique prestation théâtrale de Paul Martin dans le rôle du gars qui fait pitié mais qui va fêter courageusement Nouelle à Monrial quand même, en famille s'il vous plaît, malgré tout.

lundi 5 décembre 2005

Réflexions sur la lenteur

La lenteur est l’hésitation de l’indécis et l’assurance du sage, la faiblesse du vieux et la force de l’eau, l’impuissance du malade dans son lit et l’autorité du professeur entre les bureaux, la menace du vautour et le réconfort d’une caressse, l’usure du vent et l’approche du fauve, l’inflexibilité du temps et la clémence de la clairière, le doute de la destination et la certitude de notre destinée, l’âpreté de l’inexorable et la douceur du sable. La lenteur c’est la célérité du masochiste et le ralenti de l’épicurien, le rythme de l'ennui et la pause du jouisseur.

La lenteur, c’est tout ça, le retard et le désir, c’est le voyage comme unique motif.
Et parfois, après un soupir, on se surprend d’être arrivé avant même d’être à quai.

mercredi 30 novembre 2005

Monstres

Texte écrit pour Coïtus Impromptus


Il fut une époque où chaque soir, au coucher, je sautais dans le lit du plus loin possible, avec un élan de gymnaste depuis la porte de la chambre. Le doigt sur l’interrupteur, j’essayais de ne pas penser à ce qu’il arriverait si jamais j’avais le malheur de ne pas être assez rapide ou de mettre le pied à portée du monstre qui se cachait sous le lit. Des sueurs froides dans le dos, je rêvais d’être un super héros, de voler plus vite que la lumière et d’arriver sous les draps avant qu'elle ne soit éteinte. Mais j’étais enfant et fragilement humain.

Une fois dans le lit, je me couchais dans cet espace restreint en plein centre du matelas, espace que j’espérais hors de portée des tentacules du monstre qui lui, ne sortait jamais de sa tanière. Puis j’essayais de m’endormir, les couvertures jusqu’aux yeux comme unique rempart jusqu’au lendemain. Certains soirs, je pourrais le jurer, je l’entendais respirer. Je l’imaginais sourire, attendant patiemment l’apparition d’un de mes mollets, et il susurrait «Il n’y a rien sous le lit. Laisse pendre ton bras, tu verras…Juste deux secondes…» Cet être vil tentait d’attirer les âmes pures pour les consommer comme du maïs en épi. Il était gluant, cruel et sans pitié, comme le sont tous les monstres sous tous les lits de tous les enfants du monde. Cette menace constante finit par développer chez moi une vessie en acier et un sentiment de soulagement qu’il m’arrive encore de ressentir quand je vois l’aurore poindre. Car les monstres ne se dévoilent jamais au grand jour.

Mes tactiques poltrones furent sans doute efficaces puisque jamais une monstrueuse papille ne m’a goûté, ne serait-ce qu’un orteil.

Bien qu’avec le temps le souvenir de ce monstre se soit un peu émoussé, il m’arrive encore aujourd’hui d’y croire l'instant d’un soupir malgré mon bon sens d’adulte, malgré l’indécrottable incrédulité qu’apporte la maturité, malgré tout. Je me dis parfois que les monstres sous les lits ne disparaissent jamais vraiment, qu’ils nous suivent comme une tache de naissance, et nous écoutent, nous épient, nous voient devenir adultes. Et qu’un jour, à force de nous observer, redoutant à leur tour le monstre qu'est devenu celui qui ronfle sur l’oreiller au dessus d’eux, ce sont eux qui s’endorment inquiets dans ce petit espace au centre du lit.

lundi 28 novembre 2005

Belles trouvailles!

J'étais en train de fuir mon monstre (pas ma petite déjà surdouée qui kicke du ventre, mais l'écriture d'un texte pour le Coïtus de cette semaine) quand je tombe par pur hasard, coincé entre deux trucs poussiéreux, sur un petit livre rouge. Bonheur! Moi qui croyais l'avoir perdu à jamais!!! C'est Daniel (mon cher collègue et précieux ami) qui va être content!

Dans ce petit bouquin, Daniel et moi avons colligé coquilles, boulettes et autres amusantes citations relevées ici et là dans les travaux d'étudiants. Des dizaines voire des centaines de citations amusantes dont certaines datent de 1997, de quoi nourrir ce blogue jusqu'en juin 2012...

Allez, quelques unes, juste pour rire. Je vous avertis, je les recopie telles quelles.

«Fajardie est né en 1947 (...) Question de prendre un peu d'expérience, il décida de prendre part à la Révolution française avant de commencer à écrire.»
Chérie, je vais faire un peu la révolution et je reviens en fin d'après-midi!

«L'histoire nous est racontée de sorte à ce qu'elle se déroule au fur et à mesure qu'elle se passe.»
Rien de pire qu'une histoire qui est rendue à la page 122 alors qu'on n'en est qu'à la page 20.

«La vieillesse devient une maladie et grand-mère meurt.»
Ça, c'est juste beau...

«Après des années, les jumeaux grandissent.»
Pouf!

«Depuis des siècles, les gens ressentent le besoin de croire qu'il faut savoir lire. (...) On a t'il besoin de savoir lire?»
Lire, je ne sais pas. Écrire par contre...

«La femme de Henri Napoléon est massacrée à mort par un tournevis (...) et elle fut aussi violée.»
L'histoire ne dit pas par quel outil.

«C'est souvent ce que l'on cherche pas qui nous tombe sous les bras!»
Moi, j'ai connu une femme qui ne cherchait pas de poils.

«Kristof a en son actif de nombreuses pièces de théâtres, dont Hier, qui est, en plus, un roman.»
Un 2 pour 1.

«Kristof est née en hongrois.»
Poustijik! Pouuusjitik! Pouuuuuuuuustijik! Tadamtijik! Ouintijik! Ouintijik!

«Les frères viennent en aide à leurs problèmes!»
Merci d'être venu; ça va bien depuis deux jours et je ne sais plus quoi faire...

Bon, j'arrête avant de vous tanner. Mais permettez-moi de continuer la lecture de mon bord...

vendredi 25 novembre 2005

Hu, Cocotte (et petit bonheur)

Tout d’abord, il fallait retrouver le lieu de rendez-vous. On avait l’air de deux touristes au Cambodge tant il n’y avait aucune indication. Juste des lettres gris foncé sur des panneaux gris pâle qui chuchotent pavillon Truc par là, pavillon Chose par là aussi, pavillon Patente en rénovation, investissement du gouvernement provincial : 6,54$ (à voir l’état des lieux, c’était pas en millions certain). Dame V avait une formidable envie de pisser et moi, qu’une note : échographie, 15h30, premier étage.

On a trouvé après une petite promenade et quelques indications affichées sur des feuilles de cartable scotch-tapées au mur. Carte soleil, carte bleue, réceptionniste et jaquette vertes, salle d’attente beige. Quand ça a été le tour de Dame V., elle s’est couchée sur un lit de papier qui fait scroutch, a remonté ci, a descendu ça, et la dame en sarrau a pris un truc qui ressemblait vaguement à un pot plastique de ketchup, mais blanc.
-Attention ça va être…
-Iiiih!
-…froid.
Et voilà, le ton chaleureux et sympathique était donné. Dame V. fait une blague, je pose une question, on souligne qu’on aimerait bien savoir le sexe de Ti-Tout, le sarrau feint d’être absorbé par son écran et nous ignore. Dans ces moments là, juste là là, j’aimerais être un vrai client et pouvoir changer de médecin comme on change de vendeur de chaussures. Pourquoi devenir infirmier ou médecin si on est misanthrope? J’ai quelques collègues comme ça, aussi… Je vous en parlerai une autre fois car à ce moment, le sarrau a ouvert la bouche:
-Ici c’est la tête, le nez, les orbites, le petit cœur…
- Où ça?
-…le bras, les mains, le tibia…
-C’est son genou près de son nez, là?
-…le pied, le cerveau, les vertèbres cervicales, les dorsales…
-Et la masse là, c’est quoi?
- …les pieds sont juste au dessus du col de l’utérus, le placenta est postérieur…
-Vous êtes sourde ou clitoridienne, madame?
-…le cordon est bien placé, l’estomac, la bouche qui inspire une bouffée de liquide amniotique. Tout va bien.
La dame nous a tendu une petite feuille avec l'image d'une écho:

Puis elle s'est levée et nous a annoncé avant d’ouvrir la porte :
-D’après moi, c’est une fille, mais avec l’écho, on ne peut pas être sûr à 100% que c’est une fille. Un gars, c’est clair, mais pas une fille. Restez là.
Elle est disparue.

En silence, les larmes aux yeux, main dans la main, Dame V. et moi regardions notre fille sur une photo noir et blanc, large comme une facture d’épicerie.
Une fille!
Toute la beauté du monde sur une image de 20 cm carrés.
Je me répète, je le sais, mais je m’en fous : une fille!

Le sarrau est revenu avec une autre femme. Cette dernière s’est assise devant l’écran et a repris l’examen sans se présenter. Elle a froncé les sourcils, s'est détendue, a penché la tête à droite, a appuyé plus fort sur le ventre, a scruté toujours l’écran comme s’il lui parlait… Après trente secondes, Dame V. a senti le besoin d’établir un contact.
-Euh… Bonjour. Vous êtes la technicienne?
La femme a fusillé Dame V. une demie seconde.
-Non, je suis mé-de-cin.
Ça a été le SEUL contact, visuel et oral, avec Dame V. et la seule information qu’elle nous a donnée.

Quand on a été libérés, Dame V. s’est rhabillée alors que la médecin disparaissait au bout du corridor. J’ai seulement entendu la verte réceptionniste dire «au revoir madame Hu».

Aujourd’hui, je tiens à dire : madame sarrau et madame Hu, je ne remets nullement en doute vos compétences médicales, mais pour notre bien commun, devenez plombières...

Mais, mais, mais...
On était arrivés à l’hôpital avec un fœtus de presque cinq mois, on est ressortis avec une fille. Toute la différence du monde.
Je serai, je suis père d’une fille!

Il y a des miracles qui arrivent une fois sur des milliards. Et il y a ce miracle qui arrive une fois sur deux et que vaut bien sa contrepartie:

C’est une fille!

mercredi 23 novembre 2005

Magie noire

Julie broie du noir, broie du noir jusqu’à la poudre, poudre qu’elle ramasse en un petit tas insignifiant, insignifiant au point où elle se demande chaque jour comment elle a pu s’y noyer. Elle s’y noie tout de même. Elle ne nage d’ailleurs presque plus, si ce n’est que de quelques coups de pieds ici et là. Devant son petit tas de noir broyé, Julie décide de prendre son temps, de prendre son souffle en se gonflant la poitrine comme d’autres prennent leur élan. Dernière aspiration avant de fermer les lèvres, de tout retenir une seconde de trop. Au début, c’est facile. Mais tout se comprime rapidement. Ce n’est pas dans les habitudes humaines de tout garder comme ça. Julie devient rouge, puis bleue. Elle toussote un peu la bouche fermée, toute sa vie compactée derrière ses lèvres closes.

Quand elle commence à voir des étoiles, quand elle sent la vie chanceler, elle abandonne, elle souffle sur la poudre, souffle de toutes ses forces, comme pour éteindre les 36 chandelles de son gâteau, comme pour gonfler un ballon au caoutchouc trop rigide, comme pour attiser la braise d’un feu oublié. Elle voit alors le noir devenir nuage. Un nuage de poudre aux yeux qui nous aveugle momentanément. Alors on s’essuie les yeux avec nos mains, avec l’intérieur de nos coudes, en traitant Julie de petite connasse; on ne souffle pas sur le noir broyé comme ça, c’est impoli, c’est salissant. Puis quand on rouvre les yeux, Julie est disparue.
Black out.

mardi 22 novembre 2005

Attention, je vous écoute...

Un jour, je ferai un livre avec ses propos!

«Des livres, c’est comme des kilos, sauf que ça en prend plus pour faire une personne.»

«Elle est pas là, parce que quand elle vient, elle s’arrange pour être déjà là.»

Diane Lebel

lundi 21 novembre 2005

Attention, je vous écoute...

«C’est plate que t’aies pas ta voiture, je me serais fait monter.»
Catherine Voyer-Léger

dimanche 20 novembre 2005

T'es pas game...

Depuis quelques jours, effet secondaire des magazines à potins et des déclarations sur Boisclair, des blogueurs qui pourtant bitchent Flash, Fear Factor, Loft Story et d'autres émissions du même acabit, se lancent le défi d'étaler aux yeux de tous une liste de 20 trucs inavouables sur soi. Et vlan, voilà que Pat m'a lancé le défi...

Pendant quelques secondes, j'ai eu le goût d'embarquer. Parce que je suis un gars et quand on dit à un gars «T'es pas game...», ce dernier voit habituellement son QI descendre au niveau du cache-pot en terre cuite.

Mais aujourd'hui, j'annonce que je n’écrirai pas ici 20 choses inavouables sur moi. Tout d'abord parce que si c’est inavouable, c’est donc que. D'ailleurs, à deux trois trucs près, il n'y a rien de ce que j'ai lu qui soit «inavouable». Anecdotique souvent, gênant, tout au plus. Ensuite que l’exercice est faussé à la base, un peu comme quand un employeur nous demande notre pire défaut; on lui trouvera un défaut qui nous rendra intéressant, qui pourra passer pour une qualité dans un contexte professionnel, genre gourmand, ou perfectionniste, ou nymphomane.

Ainsi, un vrai truc inavouable, pas du genre «j'ai mangé un gâteau marbré McCain sans les mains» ou «je pèse 20 kilos de plus que j'en ai l'air», du vrai inavouable donc, gênerait inutilement des gens que j'aime, ou pire m’aliènerait des amis. Je vois pas pourquoi je ferais ça. Surtout si, dans la pile de manteaux des partys de Noël, je veux continuer à me servir dans leur portefeuille…

mercredi 16 novembre 2005

Peurdon?

Je comprends bien le pourquoi du quoi de la suite de lettres qu'il faut recopier pour enregistrer en message sur Blogger. Toi = humain = ok! Toi = message de pilules pour allonger estime de soi = out.

Mais pourquoi faut-il que cette suite ait parfois 38 lettres de long, et que d'autres fois elle soit rédigée en une langue extraterrestre?

Quelqu'un qui décode ce truc en moins de deux secondes ne peut être que pharmacien. Ou Klingon.

L'habit fait le moine

Pourquoi la madame-météo doit-elle être dehors pour annoncer les prévisions météo à la télé?

Dramatisation:
Georges regarde les nouvelles à la télé pendant que Georgette tricote sa maille à l’envers…
- (Miss météo à la télé) Demain, il pleuvoira à torrence sur toute la région!
- T’as entendu chérie, demain il pleuvoi… il va mouiller!
- Impossible, il fait super beau en ce moment…
- Mais c’est ce que miss météo a annoncé.
- La connasse avec trop de rouge à lèvres? Elle ne sait même pas parler!
- Oh la! T’es encore jalouse parce qu’elle a une tignasse de publicité de shampoing et qu’elle dit «tu» à Pierre Bruneau! Je souligne que ses prévisions météo, elle les fait dehors, alors que nous on est sur le divan…
- Ah… Alors je me tricote un imper...

Cette illusion de compétence contextuelle (c’est beau dit comme ça!) est aussi l’apanage des reporters qui sillonnent la ville en automobile pour les bulletins-radio de circulation.

Autre dramaturgie(!)
- (le reporter de circulation, à la radio) Je suis présentement sur l’autoroute 20 Est et c’est bloqué depuis Dorval pour entrer au centre-ville. Cependant, un auditeur, François (imaginez qu’il y a un homme présentement dans son char, fier comme un pape, qui mime aux voitures qui le dépassent que c’est lui, le François de la radio), vient de m’appeler pour me dire que sur la 15 Sud, il y a à peine un léger ralentissement à la hauteur des travaux au dessus de la rivière…


En fait, ce qu’il faut entendre c’est que pour s’assurer du bouchon, le reporter y contribue! Et comme il est en voiture, il devient omniscient; il sait ce qu’il se passe sur toutes les routes de Montréal, bien mieux que s’il était devant les moniteurs de surveillance de la ville. Ça lui permet, par la même occasion, de contribuer aux émissions de gaz à effet de serre… Mais comme il recommande aux auditeurs de faire du covoiturage en fin de capsule, l’honneur de la station de radio est sauf…

Bon, je vous laisse, c'est l'heure du bulletin météo...

jeudi 10 novembre 2005

Les Graves paternelles

Il y a des soirs où on se couche avec une anxiété diffuse, des ombres qui planent au dessus des oreillers, des parfums qu'on réalise tout à coup avoir oubliés. On se demande des «Tu te souviens de..?» et on se dit oui oui bien sûr, pour se rassurer, mais on ne se souvient pas, ou juste un peu. Alors on exorcise, couchés près l'un de l'autre. On discute, on tente de se rassurer, on cherche des mots inusés dans des mémoires antiquaires.

Tout ce temps, je parle près du ventre gonflé de dame V. Parce qu'il paraît que maintenant, Ti-Tout entend, surtout les graves du père, et qu'il commence à y réagir. Alors on discute de sujets graves. Puis je déconne un peu, je fais l'opérateur de métro dans le nombril:
« Bi-bu! 832 communiquez! 832, communiquez! »

Puis, pour la première fois, Dame V sent le petit bouger...

Oh! le méchant séparatissss...

Mes opinions politiques n’ont jamais été secrètes. Je suis souverainiste, indépendantiste, séparatisss. À cause de la spécifité française, bien sûr, mais aussi celles culturelle et politique. Il y a surtout que je ne peux concevoir qu’on puisse être autrement que souverainiste, qu’on soit britanno-colombien, letton ou idahoain (Je vous jure, on dit idahoain! Ça ne s’invente pas!) Je ne crois pas aux grosses entités politiques et je voue une admiration silencieuse à la Finlande, à la Suède et aux autres voisins tranquilles qui savent s’affirmer sans jamais s’imposer. Les trop larges nations, tels des cigares trop gras, deviennent invariablement envahissantes, aveuglantes, asphyxiantes.

N’empêche qu’à regarder oeuvrer certains membres du Parti Québécois, il y a des soirs où je me dis que j’aimerais bien étrangler un péquiste avant de mourir.

mercredi 9 novembre 2005

Attention, je vous écoute... (décidément, hier soir était un grand soir!)

(parlant de Cuba - et des Cubaines)
«C'est comme le pot: essaye pas le local.»
Anonyme
:)

Attention je vous écoute...

«Elle me racontait sa vie! J'pourrais même pas te dire ce qu'elle disait...
Bref, elle a commencé à 2 ans, je suis parti à 22...
»
Patrick Belisle

Attention, je vous écoute... Spécial hockey!

(Un peu inquiet...) «54 secondes... Ça va être une longue minute!»
François Bertrand-Prévost

(Illumination!) «(Au hockey,) Kovalev a inventé la passe!»
Patrick Belisle

(Pour rassurer les troupes) «Au hockey, y a toujours une troisième période.»
Un inconnu perspicace derrière nous

(Grand analyste) «Évaluer un joueur au hockey, c'est simple: moins il a de dents, plus il a du coeur!»
Moi

lundi 7 novembre 2005

¿Qué dicen?

Dit comme ça (texte du 2 novembre), je pourrais me croire pour Gigi Marquez (à condition de ne pas savoir lire l'espagnol)...

vendredi 4 novembre 2005

Une petite histoire pour vous endormir

Bonjour les Tout Petits!

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire de Michelle, la petite souris.

Michelle la petite souris travaille à temps plein dans une usine de comptoir en mélamine. Tous les jours, elle inspecte des imitations de marbre et de bois et d’autres matières inconnues pour quelques sous de rien du tout. Elle est mariée depuis longtemps à Gaston le gros rat, mais elle ne l’aime plus et désire de moins en moins secrètement le divorce. Il faut dire que Gaston le gros rat, grand avocat de réputation mondiale, ne lui fait plus l’amour depuis des années, refuse de lui payer des cours du soir, et ne lui laisse même pas quelques sous pour se payer un morceau de fromage une fois de temps en temps.

Un jour, Michelle la petite souris fait part à son gros rat d’époux qu’elle en a marre. Marre, marre, marre. Ce dernier, plutôt que de réviser ses positions, promet de payer les cours du soir de Michelle et lui achète des morceaux de fromage qu’il choisit lui-même, à condition qu’elle mette une grande photo de lui sur sa table de chevet, sur le mur de la cuisine et sur son t-shirt quand elle marche dans la rue, juste pour montrer aux autres combien tendre et amoureux et attentionné est son rat mari. Michelle, le cœur en diète depuis longtemps, se laisse bercer d’illusions quant à l’amour soudainement revigoré de son époux, et accepte le marché. Et voilà l’heureuse souris qui déambule dans la rue museau en l’air, poumpoumpoum, la photo de son mari sur son ventre gonflé de fromage bon marché.

Cette ruse de Gaston fonctionnera quelques années, jusqu’au jour où Michelle se rend compte que son mari refuse toujours de payer ses cours du soir, qu’il ne lui a pas fait l’amour depuis 10 ans si ce n’est que pour l’enculer, qu’il lui coupe la parole dès qu'elle parle en public, et qu’en plus, il prend quelques bouchées de chaque morceau de fromage avant de lui donner.

Alors, les Tout Petits, que fera Michelle la souris?
Elle pousse Gaston dans le caniveau? Elle le trompe avec un raton plus généreux? Elle divorce et devient lesbienne?

Noooooon!!

Elle engage un dispendieux avocat qu’elle paye de sa poche pour démontrer que son mari bouffe la moitié de son fromage.

À la fin, Gaston le gros rat se fera gronder avec un gros doigt devant le nez. Vilain Gaston! Vilain, vilain!

Voici, mes Tout Petits, l’histoire de Michelle, la petite souris.

La semaine prochaine, je vous raconterai l’histoire de la commission Gomery et du scandale des commandites…


…Quoi vous dites? Je viens de la raconter?...

mercredi 2 novembre 2005

Les oiseaux ne se marient plus

Je joue à l’optimiste depuis quelque temps déjà, et ça m’obligeait chaque jour à changer ma moto de côté de rue, sous la pluie des queues d’ouragans, pour éviter la contravention. D’ailleurs, un jour, quelqu’un devra m’expliquer le pourquoi de cette obligation bihebdomadaire montréalaise… Peut-être est-ce l’âge qui me fait plus douillet, mais les quelques jours d’octobre où il n’a pas plu, il faisait trop froid pour me rendre au boulot en moto. À ma défense, d’aucuns savent que s’il fait froid en ville (où j’habite), combien glaciale est la température toujours plus basse de la banlieue (où je travaille). Il paraît que ce réchauffement propre aux villes est causé par l’activité humaine. Peut-on alors en déduire que la froid de la banlieue est alors causée par l’inactivité humaine, ou mieux, l’activité inhumaine? Mais ici, comme il m’arrive souvent en banlieue, je m’égare…

Toujours est-il que ce matin, en sortant de chez moi, la tuque de mon voisin m’a rappelé qu’il y a une fin à toute bonne chose, telles les randonnées en moto, et qu’avant de rouler dans la gadoue, il me vaudrait mieux remiser l’engin. Alors pour goûter une dernière fois cette année au vent sur mes joues, pour sentir cette fragile invulnérabilité au son de mon faux Harley, j’ai roulé quelques kilomètres dans les feuilles ocres avant de me diriger vers le garage où mon fier deux-roues hibernera (je sais, ma moto hiVerne, mais laissez-moi mes illusions sur la nature de ma bête…)

Au garage, sous une cinquantaine d’oies volant en V vers le sud, j’attendais pour discuter huile et batterie avec mon mécano près d’un papa motard et de son mioche grimaçant. Pour faire un peu la conversation, j’ai demandé au trois-pommes s’il avait vu le mariage d’oiseaux dans le ciel. Il m’a regardé comme si j’étais un débile léger:
- C’est pas un mariage, ils s’en vont dans le Sud…

Voilà. En 2005, les oiseaux ne se marient plus.

Aujourd’hui, j’ai perdu ma moto pour les cinq prochains mois, et la vie, un peu de poésie.

lundi 31 octobre 2005

Mémoire fragmentée

(Thème de la semaine dernière du Coïtus Impromptus)

Philippe est assis par terre, contre le mur de sa chambre. Près de lui, une pluie de souvenirs jonchent le sol; des photos d’elle, des photos d’eux, des souvenirs en gouttes salées, une enveloppe remplie de mots trop durs pour être prononcés, et d’autres missives jamais envoyées, lettres mortes qui ne se rendront pas au destinataire, du moins pas en mains propres. Philippe repose par terre. Enfin. Sur le mur derrière sa tête fane une énorme fleur rouge, et dans sa main s’attiédit un pistolet lourd comme un soupir, cruel outil à creuser des trous de mémoire, des trous par où les souvenirs coulent lentement vers l’oubli. À cause de la gravité.

jeudi 27 octobre 2005

Plus personne ne meurt de vieillesse

Autrefois, quand les vieux s’éteignaient, on disait qu’ils mouraient de vieillesse, comme si le grand âge était en soi une raison suffisante pour mourir, comme si l’usure du temps finissait assurément par nous percer, comme si la vie décidait un jour que nous avions fait notre temps.
- Maman, il est où monsieur Verreault?
- Au ciel avec madame Verreault.
- Pourquoi il est au ciel?
- Parce qu’il est mort de vieillesse.
- Ah.

Aujourd’hui, on ne meurt plus de vieillesse. On meurt de sarcome mésenchymateux, d'infarctus du myocarde, de pneumonie à infection pneumococcique. Ainsi, même très vieux, ce n’est plus normal de mourir. Il nous faut une raison, un rapport d’autopsie, une analyse de la défaillance. Puis on dit mon dieu, c’est con mourir d’une pneumonie alors qu’il n’a jamais fumé.
- Maman, il est où monsieur Verreault?
- Dans une urne vernie.
- Pourquoi il est dans une urne vernie?
- Parce qu’il est décédé des suites d’une thrombose veineuse profonde du fait d'une complication aiguë - une embolie pulmonaire tu vois - et d'une complication secondaire, le syndrome post-phlébitique. Ç’aurait pu être évité, mais bon, monsieur Verreault n’était pas fort fort sur les visites chez le médecin, et il se négligeait un peu…
- Ah. Il était con, monsieur Verreault…

Aujourd’hui, je viens de réaliser que j’aurai beau crever à l’âge de trois cents ans, jamais je ne mourrai de vieillesse.
J’aurais pourtant aimé ça.

mardi 25 octobre 2005

Devinette du mardi

Hier, A. va faire un tour chez le coiffeur et donne comme simples indications à ce dernier un simple «Plus courts, s.v.p.» Dès sa sortie de chez le coiffeur, A. se passe la main dans les cheveux pour défaire cette mise en pli improbable que font toujours les artisans du peigne, puis A. se dirige vers le gym où l’attendent B., C., D., E., F. et G.

Quand A. arrive au gym, B dit:
- T’es en retard. T’étais où?
C. laisse tomber, en relevant légèrement le bas de son pantalon:
- C’est pas joli joli, des bas noirs pour aller au gym.
D. chuchote en pointant du menton:
- Woupoupoup, regarde la fille avec le sweat suit blanc écrit «juicy» sur les fesses…
E. lance, le coin des lèvres un peu par en bas:
- Tiens, tu t’es fait couper les cheveux? Il était temps!...
F. ajoute:
- Pas très réussi... T'as pas cassé ton cochon pour ça, j'espère?
Et G. marmonne quelque chose d’inintelligible en se rongeant un petit bout de peau qui retrousse sur son index gauche.

Questions:
De A., B., C., D., E., F. et G., qui est de sexe masculin?
Qui sort avec qui?
Quel est l'âge du capitaine?
(La réponse à la fin des annonces classées)

vendredi 21 octobre 2005

Gestation des angoisses

Il y a le temps des silences, le temps où l’on tait les je t’aime pour ne pas faire fuir, pour ne pas faire peur, pour ne pas que les embryons avortent comme ils le font parfois au printemps. Le temps d’être sûr comme si ça se pouvait. Il y a le temps des angoisses muettes, le temps de saisir que nos gestes, nos paroles et notre être tout entier ont une réelle portée. Il y a le temps où paralyse la peur de sortir de son nombril, de perdre ses amis parce qu’on n’a plus qu’un sujet de conversation, de tenir un bonheur insoutenable à bout de bras et d’en être trop faible, de devenir « mononc’ » avant d’être vieux, de tondre son gazon pour fuir son salon, d'être pris en étau par les gosses. Cette magnifique peur d’être dieu pour quelqu'un, et surtout la terrible peur de redevenir homme après quelque temps.

Puis je croise le regard neuf d’un bébé, ses mains qui ne peuvent saisir qu’un doigt à la fois, ses pieds qui battent les airs de rage et de plaisir. Et pendant qu'il poursuit sa route avec ses dieux épuisés, je regarde le ventre de ma blonde qui commence tout juste à s’arrondir, et je souris.

lundi 17 octobre 2005

Le Goût du métal

Texte écrit pour le Coïtus de cette semaine.


À ce que les vieux racontent aujourd’hui, il fut un temps où il y avait des bancs de neige hauts de huit pieds, où l’hiver durait d’août à juin, et où la vapeur des mots tombait en glace par terre dès que ces derniers sortaient des bouches tant il faisait froid. Pour avoir une quelconque conversation, il fallait, sur le poêle, dégeler dans le bon ordre les blocs de vapeurs qu’on ramassait sur le plancher de la cuisine… Jean, comme tous les enfants de cette époque, marchait deux miles le vent de face pour aller à une école plantée au haut d’une côte. Au retour, le chemin, à nouveau en pente ascendante, s’étendait sur un bon mile de plus, sans compter que le vent était toujours de face. Pas d’automobiles pour faire paresseusement du ski-bottines, pas de ski-doo pour subir le coup de la corde-à-linge avec la clôture électrique du champs des Bergeron, rien. Juste une tuque des Canadiens et des botillons bourrés de gazette pour affronter les chemins enneigés et les froids du Cânâdâ. Ce n'était pas une époque pour les fluets, non madame. Ainsi était la dure vie en 1926.

C’est le 18 février de cette année que Jean apprit à zézayer. Il revenait tranquillement de l’école en kickant des bouses gelées en guise de rondelles de hockey. Tout était pittoresque: le paysage blanc-bleu, le chemin brun-pomme de route, et la goutte étincelante au bout d’un nez que Jean essuyait dans son foulard déjà raidi d’haleine gelée. Le petit marchait tranquillement vers la maison, mains nues dans les poches, gracieuseté de Boum-Boum Paquin qui lui avait volé ses mitaines. Il paierait demain, le petit saligaud. Pour l’instant, Jean tentait de rentrer se réchauffer près de la truie sans échapper en chemin un de ses doigts déjà gelés. Rendu à la maison, devant la porte d’entrée, Jean hésita à sortir les mains de ses poches pour tourner la poignée. Il se dit qu’il ferait bien de frapper avec ses pieds pour que sa mère, Émilie, vînt lui ouvrir. Mais Jean avait neuf ans et une idée géniale: pourquoi ne pas tourner la poignée avec sa bouche?

Je fais une pause-information pour mes nombreux lecteurs vivant dans des pays où deux centimètres de neige est une tempête, et où zéro degré Celcius est synonyme de cryogénisation: une langue chaude et humide se soude littéralement à tout objet métallique gelé. Une simple tirette de fermeture-éclair peut vous arracher un bout de lèvre en moins de temps qu’il n’en faut pour avoir l’air fou. Alors, imaginez une poignée de porte, une boîte aux lettres ou un poteau d’arrêt. Oui, oui, un poteau d'arrêt! L'être humain est tenté par bien des expériences pour cultiver le petit champ fertile de ses connaissances.
Fin de la partie instructive. Revenons au pauvre Jean.

Jean se rendit vite compte qu’il était douloureusement soudé à la porte par la langue dans une position qui n’avantageait pas grand monde. Il tenta de se tirer de là seul, mais rien ne vaut une papille gustative qui menace de se détacher pour faire entendre raison. La langue collée à la poignée, les mains toujours dans les poches, le pauvre bougre se décida d’appeler sa mère à l’aide. «À ’È’’!» «À ’È’’!» Rien. Sa mère n’entendait pas ses vocalises. Comme la première idée est souvent la meilleure, Jean entreprit alors de frapper à la porte avec ses pieds. Bang! Bang! Bang!

Maman Émilie arriva toute paniquée et vit son fils, penché devant la porte, la poignée dans la bouche. « ‘A’an!» cria-t-il, heureux à en pleurer. Émilie, qui n’en était pas à sa première situation saugrenue et qui avait vu neiger avec ses six autres enfants, n’était nullement impressionnée par les prouesses de son ainé.
- Qu’est-ce que tu fais là, petit niaiseux?!
Et elle tourna la poignée…

Si un jour vous rencontrez un vieux monsieur qui s’appelle Zean, vous comprendrez pourquoi il geint doucement quand il mange à la cuiller. Il a encore la larme facile, le pauvre.

dimanche 16 octobre 2005

Sociologie à 5 sous

Au retour d’une journée de travail, après un baiser à ma mère, mon père allait directement travailler dans le jardin. Bèche ici, sarcle là, arrache ci, tasse ça, tout ceci les deux pieds dans des souliers vernis, le col relâché, le gros bout de la cravate sur l’épaule, le petit au vent. À toutes les cinq minutes, mon père se redressait pour jauger son oeuvre horticultrice et, empli de cette satisfaction qu’apportent des légumes bien rangés, les mains dans les poches, il faisait tinter joyeusement ce que, du bas de mes trois pommes, j’imaginais une petite fortune en pièces de monnaie. Derrière, immanquablement, la voix de ma mère qui reprochait à son époux de travailler la terre dans ses beaux habits.

Alors qu’autrefois je n’y voyais qu’une dynamique parentale parmi tant d’autres, aujourd’hui, je souris à ce merveilleux instant de sociologie familiale: aux réflexions féminines sur la propreté criées depuis la fenêtre de la cuisine, mon père renvoyait comme contre argument un simple tintement de monnaie du fond de sa poche, le sourire satisfait.

mercredi 12 octobre 2005

Attention, je vous écoute...

«Criss de beau but: en désavantage numérique, au ralenti, tout!»
Un inconnu assis près de moi dans un bar, ébahi devant un but des Canadiens de Montréal montré en reprise à la télé.

lundi 10 octobre 2005

Delete

Texte écrit pour le Coïtus

Chère amour,… Non.
Julie,… Non plus.
Yo! Voilà.

Je crois que toi et… Non.
Depuis que tu m’as tromp… Non plus.
Ton odeur m’écoeure. Voilà.

On devrait se lais… Non.
J’espère que tu comp… Non plus.
Je couche avec ta soeur. Voilà.

En te souhaitant des jou… Non.
Adieu… Non
…en ce moment. Voilà.

Signé:
Ton Paulo… Non
Paul… Non plus.
[Rien] Voilà.

P.-S.
On verra pour le parta… Non
Laisse la clé sous le paillas… Non plus.
J’ai changé les serrures. Voilà.

Poursuite

Au coin de la rue, une jolie femme dans la jeune quarantaine court sur place en attendant que le feu change au vert. Il pleut, il fait froid, et les roues des voitures éclaboussent son pantalon moulant assorti aux chaussures sport dernier cri. La femme piétine le béton pour garder le souffle et pour perdre sa légère culotte de cheval. Elle profite du moment pour prendre son pouls sur dix secondes. Un doigt sur la jugulaire, un poignet devant les yeux. Gauche droite gauche. Top chrono. Un-deux-trois-quatre… Stop. Fois six… Papapapa… 162. Légère panique: trop bas! Pourtant elle souffre, pourtant elle est rouge, elle sue, elle halète. Dans l’autre direction, une main lumineuse clignote. La femme pourra bientôt poursuivre sa course. Elle ajuste le son du baladeur à sa taille, question de moins ressentir la douleur. L'homme derrière elle ne lui dira pas qu’elle ne devrait pas se torturer de la sorte, que lui il aime bien ça les fesses un peu potelées, les hanches un peu fortes. Aveu impossible devant la vérité des revues de mode. Puis réapparaissent le petit bonhomme blanc, le feu vert, la course pour retrouver son rythme et la taille de ses vingt ans.