lundi 30 janvier 2006
Attention, je vous écoute...
Virginie Larivière
dimanche 29 janvier 2006
Le Parti Rhinocéros
Ce qui ressort de tout ce que j'ai lu et entendu, c'est la pensée magique, l'aveuglement volontaire des partisans conservateurs: ils votent pour la droite pour un ménage économique, et ils se disent que le reste (militarisme, homophobie et sexisme latents, «God bless Canada» et autres) ne sont au pire que des dommages collatéraux, au mieux que des politiques et des façons de penser qui ne trouveront jamais terreau fertile ici. Parce qu'il y a des garde-fous pour lesquels quelques autres ont voté…
J'ai longtemps pensé que la politique du pire (lire Harper) aiderait la cause souverainiste. Je n'en suis plus si sûr. Parce qu’un gouvernement minoritaire sera gentil gentil, puis il reviendra à la charge, cette fois majoritaire. Ça lui laissera quelque chose comme six années pour semer, cultiver, engraisser ses idées de droite dans les petites têtes parfois molles. Je ne suis plus sûr que c'est une bonne idée parce que je n'avais pas prévu que les Conservateurs auraient quelques appuis ici, au Québec, ce toujours Bas(sic!) Canada. Dans six ans, ils seront combien à s’être habitués à ces idées au point de les trouver «pas si pire, finalement»?
J'en entends dire qu'ils ne prendront que le meilleur d'Harper et qu'ils jetteront le reste quand le reste se pointera. Aveuglement volontaire, je disais. Moi, j'ai l'impression d'assister à une inquiétante représentation de Rhinocéros de Ionesco; je ne vois que la corne qui pousse sur le front de ceux qui se croyaient à l’abri.
mercredi 25 janvier 2006
L'Incroyable Science
mardi 24 janvier 2006
Histoire à f'Harper
Peut-être est-ce mon âge ou mon sens de l'humour qui a changé, mais aujourd'hui, un pays qui flashe à gauche et tourne à droite, je trouve ça difficile à suivre... et vachement inquiétant.
mercredi 18 janvier 2006
Énigme
Allez, sans googler, pour le fun de lire vos idées...
Comme la lune
vendredi 13 janvier 2006
Prêt à emporter
Ce mercredi, Yvette a gagné 240$ au bingo. C’est ce qu’elle m’a fièrement raconté en revenant chez elle. Elle se considère pas mal chanceuse. Puis elle a dû me quitter parce que ses jambes lui faisaient souffrir le martyre. Dans un sourire écarlate, elle m’a dit bonsoir avant de refermer sur elle la porte de son deux et demi où le téléphone, comme la sonnette, ne résonne jamais.
lundi 9 janvier 2006
Actualité québécoise
dimanche 8 janvier 2006
Et flotte le drapeau.
vendredi 6 janvier 2006
Attention, je vous écoute... Spécial jefferies
«Le problème des strings à l'école, j'aimerais bien mettre le doigt dessus.»
«Je l'ai compris après l'avoir pensé.»
«Il part en lion, finit en girafe.»
jeudi 5 janvier 2006
Il pleut des coups
Sur le coup de 20h, dernier coup de cœur pour finir mon coup. Du même coup, de grâce. Ça tient le coup et en vaut le coup d’œil. Avec ces armoires pour couperose en bouteilles, je serai dans le coup.
Coup de fil aux copains; en un coup de vent, je file prendre un coup, fier du mien.
lundi 2 janvier 2006
Des Petits Gros et l'heure des boires
Ainsi, si on verse plus d'alcool dans les contenants petits et larges, les petits gros ont enfin un avantage sur les grands minces.
vendredi 30 décembre 2005
Aphorisme
mercredi 28 décembre 2005
Des Coquilles et quelques écales
«Le monde du cinéma a connu le relâchement des films Star Wars (...)»
C'est vrai qu'ils se sont relâchés un peu...
«En 1949, l'empereur Mayo bannit le bandage des pieds en Chine.»
Cette coutume avait été instaurée par l'empereur Tomato Ketchup.
«Le père donnait des cours de piano à ses enfants et il les faisait tester toutes les fins de semaine».
Ça vaut mieux; ils ne sont plus aussi fiables que ceux de notre temps.
«Le roman de Vigneault est rempli de références musicales qui embellissent la beauté du texte.»
C'est tellement beau que ça embellit le déjà beau. C'est beau, beau, beau.
«John Wayne Bobbit est opéré dès les retrouvailles du pénis.»
C'est sûrement plus excitant que les retrouvailles des membres du club de dames de la polyvalente Euclide-Théberge cuvée 1983.
«Il la maltraitait autant sexuellement que quotidiennement.»
Il la frappait dans les parties quotidiennes.
«Le livre possède une histoire enchaînante avec des personnages attachants.»
On ne pouvait s'enlacer...
lundi 26 décembre 2005
«Simple et rapide»
L’homme a regardé sa femme, le regard dans une buée à mi chemin entre le découragement et la rage. Il ne restait plus qu’à tranquillement rentrer à la maison. Ils n’ont pas beaucoup parlé ce soir-là.
Le lendemain, à l’ouverture du centre d’achats, le couple était à nouveau devant le numériseur. Cette fois, la femme avait un plus petit sac, et l’homme a numérisé et imprimé son contenu en moins d’une heure avant de rentrer chez-lui heureux, en tenant sa femme par la main. Les deux amoureux sont revenus au centre tous les matins suivants, pour une heure chaque fois, et chaque fois, ils repartaient avec le sourire et leur petit sac. Puis le samedi matin, une grosse fausse blonde trop maquillée était à la machine. Les retraités avaient fini leur boulot.
* *
Ce Noël, entre autres cadeaux, mes parents m’ont donné un album photo personnalisé avec contenu fraîchement numérisé, recadré, recoloré: moi à mon baptême dans les bras de mes grands-parents; moi et mes amis à ma fête de cinq ans; ma mère qui tente de convaincre ses enfants de prendre une belle pose pour la postérité alors que nous faisions des grimaces, moi assis sur un cheval tandis que mon père tenait les guides… J’ai calculé rapidement que mon père avait 36 ans sur cette photo. Mon âge aujourd’hui. Puis une photo de mon petit frère et moi dans notre «suit» de baseball… J’ai toujours haï le baseball. Pourtant ce Noël, j'ai été ému à la vue de cet uniforme et de mon gant trop grand. Ces photos montraient ce que des yeux étrangers ne verraient jamais.
Ce Noël, j’ai probablement eu un des plus beaux cadeaux. Et un cadeau comme ça, ce n’est jamais simple et rapide.
mercredi 21 décembre 2005
Les Rois déchus de la montagne
À Montréal, j’ai vite compris que les montagnes de neige n’étaient pas aussi ludiques. Quand on les laissait quelques jours sur le bord des trottoirs, des enfants s’y glissaient comme la vermine s’immisce dans les ordures, et immanquablement, quelques-uns se faisaient manger par une souffleuse au conducteur un peu édenté, en bédaine dans sa cabine vitrée. Alors on s’est vite convaincus qu’il fallait enlever la neige tout de suite dans un ballet mécanique impressionnant. J’ai passé toutes mes premières neiges montréalaises appuyé au rebord de la fenêtre pour regarder les chenillettes déblayer le trottoir, puis un tracteur pousser la neige dans la rue, la charrue la repousser sur le bord, une première souffleuse la projeter maladroitement dans des camions dignes de la baie James. Puis tout recommençait une autre fois, parce que les camions bavaient, parce que la souffleuse ne savaient pas quand s'arrêter de souffler, parce qu’il en restait un peu partout. Et derrière tout cela, des automobilistes roulaient à vitesse réduite pour profiter d’une place de stationnement toute neuve juste devant leur porte, luxe urbain éphémère, et ces derniers rentraient chez-eux enorgueillis en se disant que c’est don’ beau, une belle rue propre propre.
Hier, j’ai regardé cet étrange ballet une autre fois. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Je l’ai trouvé bien triste. Peut-être est-ce l’âge, peut-être est-ce la paternité qui s’en vient, mais j’aurais échangé tous les tracteurs de la ville pour m’asseoir devant ma fenêtre et regarder des enfants conquérir des forteresses de neige. Des forteresses faussement menaçantes qui empêchent les voitures de se stationner et qui redonnent les jouets oubliés au printemps.
Peut-être devrais-je descendre dans la rue, m'emparer d'une montagne en y construisant un fort, puis y planquer un tas de munitions en balles de neige, et la défendre contre les charrues jaunes conduites par des hommes bronzés en hiver. Il est fort à parier que mes voisins me trouveraient débile. Vous n'avez pas idée à quel point ça me rassurerait... Des volontaires? Il me manque des grenadiers et des lanciers avec des couilles grosses comme ça. Un cuistot aussi. Envoyez vos c.v.
lundi 19 décembre 2005
Aphorisme
jeudi 15 décembre 2005
Aphorisme politique
mardi 13 décembre 2005
L'addition, s'il vous plaît!
Je dois les faire au café du quartier, un chaleureux mélange de fripperie et de café, afin de ne pas fuir dans de soudaines urgences ménagères telles que laver le plancher de l’entrée ou remplacer la pile de la télécommande orpheline qui ne fonctionne avec aucun appareil de la maison.
Avant la mise en chantier, je fais des petites piles sur ma table, je trie par groupe, j’aligne les stylos – un bleu pour la colère, un vert pour l’espoir, un rouge pour le sang – puis je retrie les travaux comme je planifie mes assiettées: les légumes en premier, ensuite les pâtes, la viande et le dessert, puis apparaît la note. Une grosse heure de préliminaires. Même Dame V. n'y croit pas. Mais je me trompe souvent et je me retrouve avec des haricots entre deux bouchées de gâteau, et une sauce chocolatée sur ma laitue.
Un jour, je vous raconterai les grilles de correction que j’utilise pour mes repas. D’ici là, j’ai un premier service à me mettre sous la dent…
lundi 12 décembre 2005
Liberté et Puissance
À la hauteur de l’avenue Woodland, entre deux poteaux du garde-fou au centre de l’autoroute, il y a le cadavre d’une jeune biche, frappée par un véhicule il y a quelque temps déjà. Chaque fois que je passe par là, je me répète les mêmes trucs, dans le même ordre. Primo : il y a des cervidés à Beaconsfield? Secundo : elle aurait dû rester dans son ravage. Traverser une autoroute, quand on est un chevreuil, ce n’est jamais une bonne idée.
Pendant que je roule à 110 km/h, je me demande qui de nous deux est le plus brillant. Tous les jours, je suis une voie toute tracée, goudronnée, balisée. Quand je m'emmerde trop, je mets deux roues dans l’accotement, de l’autre côté de la ligne, pour prendre un peu plus que ce qu'on m'a donné. Mais même là, je demeure en marge, dans cet espace qui se définit par la norme, à mille lieux de ce dont je rêve parfois, un esprit libre qui n’est en réaction à rien. Je ne suis pas cette entité qui va où elle veut, où elle espère l’herbe plus verte, qui se fout des sens uniques et des garde-fous pour gens sains, et qui parfois traverse une autoroute devant le faisceau étroit des phares d’une voiture.
Tous les matins, malgré ses grognements et sa suspension assistée, ma boîte de tôle n’arrive pas à me faire oublier qu’elle roule avec le sang de la liberté sur sa puissance froissée.
vendredi 9 décembre 2005
Attention, je vous écoute...
«Ça te sort par une oreille, et ça te sort par l’autre.»
Véronique Boily
jeudi 8 décembre 2005
En Marge
Pendant que je buvais ma bière avec des amis, eux, ils discutaient du dernier recueil de poésie de Jean-Philippe Bergeron, Débris des ruches. Enfin, j'ai supposé. Le livre semblait triste car ça ne riait pas beaucoup dans leurs rangs. Pendant que le groupe se serrait comme un troupeau de pingouins à 50 sous zéro, Bergeron m’a autographié son recueil que je souhaite aussi bon que le premier. Si c’est le cas, je suis mûr pour une retraite fermée de quelques semaines chez les moines. Qu’on ne se méprenne pas, c’est positif.
Puis le groupe s'est étiolé, tout le monde est parti, moi y compris. Je n’ai parlé à personne habillé en noir ce soir là. Un jour, je leur dirai qu’ils ont l'air chiants et imbus d’eux-mêmes. Dans le même élan, je leur dirai aussi de ne pas changer.
mardi 6 décembre 2005
Libéral 1, Bloc 0 (1 pt Godwin de Lapierre - qui perd gagne)
La loi de Godwin
«En 1990, Mike Godwin énonça la règle empirique suivante : "Plus une discussion [...] dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s'approche de 1"[...]
On peut remarquer que n'importe quoi peut remplacer le nazisme dans l'énoncé de cette loi, en effet plus une discussion est longue plus on a de chance d'y mentionner n'importe quoi.
Cette "loi" s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle une discussion qui dure dans le temps amène peu à peu les esprits à s'échauffer et à remplacer les arguments par des insultes. Le nazisme étant souvent considéré comme la pire des idéologies, toute comparaison avec un mouvement de ce genre est considérée comme le signe de l'échec de la discussion, du moins si le sujet de départ était très éloigné. On estime alors qu'il est temps de clore le débat, dont il ne sortira plus rien de pertinent, pour repartir sur des bases saines. On dit alors qu'on a atteint le point Godwin de la discussion.
L'expression point Godwin a, par extension, également pris un autre sens : un point Godwin est un point donné au participant qui aura permis de vérifier la loi de Godwin en venant mêler Hitler, le nazisme ou toute idéologie haineuse à une discussion dont ce n'est pas le sujet.»
(tiré de Wikipedia - Merci au Laborantin!)
Au delà de cette information amusante, je voudrais souligner la magnifique prestation théâtrale de Paul Martin dans le rôle du gars qui fait pitié mais qui va fêter courageusement Nouelle à Monrial quand même, en famille s'il vous plaît, malgré tout.
lundi 5 décembre 2005
Réflexions sur la lenteur
La lenteur, c’est tout ça, le retard et le désir, c’est le voyage comme unique motif.
Et parfois, après un soupir, on se surprend d’être arrivé avant même d’être à quai.
mercredi 30 novembre 2005
Monstres
Texte écrit pour Coïtus Impromptus
Il fut une époque où chaque soir, au coucher, je sautais dans le lit du plus loin possible, avec un élan de gymnaste depuis
Une fois dans le lit, je me couchais dans cet espace restreint en plein centre du matelas, espace que j’espérais hors de portée des tentacules du monstre qui lui, ne sortait jamais de sa tanière. Puis j’essayais de m’endormir, les couvertures jusqu’aux yeux comme unique rempart jusqu’au lendemain. Certains soirs, je pourrais le jurer, je l’entendais respirer. Je l’imaginais sourire, attendant patiemment l’apparition d’un de mes mollets, et il susurrait «Il n’y a rien sous le lit. Laisse pendre ton bras, tu verras…Juste deux secondes…» Cet être vil tentait d’attirer les âmes pures pour les consommer comme du maïs en épi. Il était gluant, cruel et sans pitié, comme le sont tous les monstres sous tous les lits de tous les enfants du monde. Cette menace constante finit par développer chez moi une vessie en acier et un sentiment de soulagement qu’il m’arrive encore de ressentir quand je vois l’aurore poindre. Car les monstres ne se dévoilent jamais au grand jour.
Mes tactiques poltrones furent sans doute efficaces puisque jamais une monstrueuse papille ne m’a goûté, ne serait-ce qu’un orteil.
Bien qu’avec le temps le souvenir de ce monstre se soit un peu émoussé, il m’arrive encore aujourd’hui d’y croire l'instant d’un soupir malgré mon bon sens d’adulte, malgré l’indécrottable incrédulité qu’apporte la maturité, malgré tout. Je me dis parfois que les monstres sous les lits ne disparaissent jamais vraiment, qu’ils nous suivent comme une tache de naissance, et nous écoutent, nous épient, nous voient devenir adultes. Et qu’un jour, à force de nous observer, redoutant à leur tour le monstre qu'est devenu celui qui ronfle sur l’oreiller au dessus d’eux, ce sont eux qui s’endorment inquiets dans ce petit espace au centre du lit.
lundi 28 novembre 2005
Belles trouvailles!
Dans ce petit bouquin, Daniel et moi avons colligé coquilles, boulettes et autres amusantes citations relevées ici et là dans les travaux d'étudiants. Des dizaines voire des centaines de citations amusantes dont certaines datent de 1997, de quoi nourrir ce blogue jusqu'en juin 2012...
Allez, quelques unes, juste pour rire. Je vous avertis, je les recopie telles quelles.
«Fajardie est né en 1947 (...) Question de prendre un peu d'expérience, il décida de prendre part à la Révolution française avant de commencer à écrire.»
Chérie, je vais faire un peu la révolution et je reviens en fin d'après-midi!
«L'histoire nous est racontée de sorte à ce qu'elle se déroule au fur et à mesure qu'elle se passe.»
Rien de pire qu'une histoire qui est rendue à la page 122 alors qu'on n'en est qu'à la page 20.
«La vieillesse devient une maladie et grand-mère meurt.»
Ça, c'est juste beau...
«Après des années, les jumeaux grandissent.»
Pouf!
«Depuis des siècles, les gens ressentent le besoin de croire qu'il faut savoir lire. (...) On a t'il besoin de savoir lire?»
Lire, je ne sais pas. Écrire par contre...
«La femme de Henri Napoléon est massacrée à mort par un tournevis (...) et elle fut aussi violée.»
L'histoire ne dit pas par quel outil.
«C'est souvent ce que l'on cherche pas qui nous tombe sous les bras!»
Moi, j'ai connu une femme qui ne cherchait pas de poils.
«Kristof a en son actif de nombreuses pièces de théâtres, dont Hier, qui est, en plus, un roman.»
Un 2 pour 1.
«Kristof est née en hongrois.»
Poustijik! Pouuusjitik! Pouuuuuuuuustijik! Tadamtijik! Ouintijik! Ouintijik!
«Les frères viennent en aide à leurs problèmes!»
Merci d'être venu; ça va bien depuis deux jours et je ne sais plus quoi faire...
Bon, j'arrête avant de vous tanner. Mais permettez-moi de continuer la lecture de mon bord...
vendredi 25 novembre 2005
Hu, Cocotte (et petit bonheur)
On a trouvé après une petite promenade et quelques indications affichées sur des feuilles de cartable scotch-tapées au mur. Carte soleil, carte bleue, réceptionniste et jaquette vertes, salle d’attente beige. Quand ça a été le tour de Dame V., elle s’est couchée sur un lit de papier qui fait scroutch, a remonté ci, a descendu ça, et la dame en sarrau a pris un truc qui ressemblait vaguement à un pot plastique de ketchup, mais blanc.
-Attention ça va être…
-Iiiih!
-…froid.
Et voilà, le ton chaleureux et sympathique était donné. Dame V. fait une blague, je pose une question, on souligne qu’on aimerait bien savoir le sexe de Ti-Tout, le sarrau feint d’être absorbé par son écran et nous ignore. Dans ces moments là, juste là là, j’aimerais être un vrai client et pouvoir changer de médecin comme on change de vendeur de chaussures. Pourquoi devenir infirmier ou médecin si on est misanthrope? J’ai quelques collègues comme ça, aussi… Je vous en parlerai une autre fois car à ce moment, le sarrau a ouvert la bouche:
-Ici c’est la tête, le nez, les orbites, le petit cœur…
- Où ça?
-…le bras, les mains, le tibia…
-C’est son genou près de son nez, là?
-…le pied, le cerveau, les vertèbres cervicales, les dorsales…
-Et la masse là, c’est quoi?
- …les pieds sont juste au dessus du col de l’utérus, le placenta est postérieur…
-Vous êtes sourde ou clitoridienne, madame?
-…le cordon est bien placé, l’estomac, la bouche qui inspire une bouffée de liquide amniotique. Tout va bien.
La dame nous a tendu une petite feuille avec l'image d'une écho:
Puis elle s'est levée et nous a annoncé avant d’ouvrir la porte :-D’après moi, c’est une fille, mais avec l’écho, on ne peut pas être sûr à 100% que c’est une fille. Un gars, c’est clair, mais pas une fille. Restez là.
Elle est disparue.
En silence, les larmes aux yeux, main dans la main, Dame V. et moi regardions notre fille sur une photo noir et blanc, large comme une facture d’épicerie.
Une fille!
Toute la beauté du monde sur une image de 20 cm carrés.
Je me répète, je le sais, mais je m’en fous : une fille!
Le sarrau est revenu avec une autre femme. Cette dernière s’est assise devant l’écran et a repris l’examen sans se présenter. Elle a froncé les sourcils, s'est détendue, a penché la tête à droite, a appuyé plus fort sur le ventre, a scruté toujours l’écran comme s’il lui parlait… Après trente secondes, Dame V. a senti le besoin d’établir un contact.
-Euh… Bonjour. Vous êtes la technicienne?
La femme a fusillé Dame V. une demie seconde.
-Non, je suis mé-de-cin.
Ça a été le SEUL contact, visuel et oral, avec Dame V. et la seule information qu’elle nous a donnée.
Quand on a été libérés, Dame V. s’est rhabillée alors que la médecin disparaissait au bout du corridor. J’ai seulement entendu la verte réceptionniste dire «au revoir madame Hu».
Aujourd’hui, je tiens à dire : madame sarrau et madame Hu, je ne remets nullement en doute vos compétences médicales, mais pour notre bien commun, devenez plombières...
Mais, mais, mais...
On était arrivés à l’hôpital avec un fœtus de presque cinq mois, on est ressortis avec une fille. Toute la différence du monde.
Je serai, je suis père d’une fille!
Il y a des miracles qui arrivent une fois sur des milliards. Et il y a ce miracle qui arrive une fois sur deux et que vaut bien sa contrepartie:
C’est une fille!
mercredi 23 novembre 2005
Magie noire
Quand elle commence à voir des étoiles, quand elle sent la vie chanceler, elle abandonne, elle souffle sur la poudre, souffle de toutes ses forces, comme pour éteindre les 36 chandelles de son gâteau, comme pour gonfler un ballon au caoutchouc trop rigide, comme pour attiser la braise d’un feu oublié. Elle voit alors le noir devenir nuage. Un nuage de poudre aux yeux qui nous aveugle momentanément. Alors on s’essuie les yeux avec nos mains, avec l’intérieur de nos coudes, en traitant Julie de petite connasse; on ne souffle pas sur le noir broyé comme ça, c’est impoli, c’est salissant. Puis quand on rouvre les yeux, Julie est disparue.
Black out.
mardi 22 novembre 2005
Attention, je vous écoute...
«Des livres, c’est comme des kilos, sauf que ça en prend plus pour faire une personne.»
«Elle est pas là, parce que quand elle vient, elle s’arrange pour être déjà là.»
Diane Lebel
lundi 21 novembre 2005
Attention, je vous écoute...
Catherine Voyer-Léger
dimanche 20 novembre 2005
T'es pas game...
Pendant quelques secondes, j'ai eu le goût d'embarquer. Parce que je suis un gars et quand on dit à un gars «T'es pas game...», ce dernier voit habituellement son QI descendre au niveau du cache-pot en terre cuite.
Mais aujourd'hui, j'annonce que je n’écrirai pas ici 20 choses inavouables sur moi. Tout d'abord parce que si c’est inavouable, c’est donc que. D'ailleurs, à deux trois trucs près, il n'y a rien de ce que j'ai lu qui soit «inavouable». Anecdotique souvent, gênant, tout au plus. Ensuite que l’exercice est faussé à la base, un peu comme quand un employeur nous demande notre pire défaut; on lui trouvera un défaut qui nous rendra intéressant, qui pourra passer pour une qualité dans un contexte professionnel, genre gourmand, ou perfectionniste, ou nymphomane.
Ainsi, un vrai truc inavouable, pas du genre «j'ai mangé un gâteau marbré McCain sans les mains» ou «je pèse 20 kilos de plus que j'en ai l'air», du vrai inavouable donc, gênerait inutilement des gens que j'aime, ou pire m’aliènerait des amis. Je vois pas pourquoi je ferais ça. Surtout si, dans la pile de manteaux des partys de Noël, je veux continuer à me servir dans leur portefeuille…
mercredi 16 novembre 2005
Peurdon?
Mais pourquoi faut-il que cette suite ait parfois 38 lettres de long, et que d'autres fois elle soit rédigée en une langue extraterrestre?

Quelqu'un qui décode ce truc en moins de deux secondes ne peut être que pharmacien. Ou Klingon.
L'habit fait le moine
Dramatisation:
Georges regarde les nouvelles à la télé pendant que Georgette tricote sa maille à l’envers…
- (Miss météo à la télé) Demain, il pleuvoira à torrence sur toute la région!
- T’as entendu chérie, demain il pleuvoi… il va mouiller!
- Impossible, il fait super beau en ce moment…
- Mais c’est ce que miss météo a annoncé.
- La connasse avec trop de rouge à lèvres? Elle ne sait même pas parler!
- Oh la! T’es encore jalouse parce qu’elle a une tignasse de publicité de shampoing et qu’elle dit «tu» à Pierre Bruneau! Je souligne que ses prévisions météo, elle les fait dehors, alors que nous on est sur le divan…
- Ah… Alors je me tricote un imper...
Cette illusion de compétence contextuelle (c’est beau dit comme ça!) est aussi l’apanage des reporters qui sillonnent la ville en automobile pour les bulletins-radio de circulation.
Autre dramaturgie(!)
- (le reporter de circulation, à la radio) Je suis présentement sur l’autoroute 20 Est et c’est bloqué depuis Dorval pour entrer au centre-ville. Cependant, un auditeur, François (imaginez qu’il y a un homme présentement dans son char, fier comme un pape, qui mime aux voitures qui le dépassent que c’est lui, le François de la radio), vient de m’appeler pour me dire que sur la 15 Sud, il y a à peine un léger ralentissement à la hauteur des travaux au dessus de la rivière…
En fait, ce qu’il faut entendre c’est que pour s’assurer du bouchon, le reporter y contribue! Et comme il est en voiture, il devient omniscient; il sait ce qu’il se passe sur toutes les routes de Montréal, bien mieux que s’il était devant les moniteurs de surveillance de la ville. Ça lui permet, par la même occasion, de contribuer aux émissions de gaz à effet de serre… Mais comme il recommande aux auditeurs de faire du covoiturage en fin de capsule, l’honneur de la station de radio est sauf…
Bon, je vous laisse, c'est l'heure du bulletin météo...
jeudi 10 novembre 2005
Les Graves paternelles
Tout ce temps, je parle près du ventre gonflé de dame V. Parce qu'il paraît que maintenant, Ti-Tout entend, surtout les graves du père, et qu'il commence à y réagir. Alors on discute de sujets graves. Puis je déconne un peu, je fais l'opérateur de métro dans le nombril:
« Bi-bu! 832 communiquez! 832, communiquez! »
Puis, pour la première fois, Dame V sent le petit bouger...
Oh! le méchant séparatissss...
N’empêche qu’à regarder oeuvrer certains membres du Parti Québécois, il y a des soirs où je me dis que j’aimerais bien étrangler un péquiste avant de mourir.
mercredi 9 novembre 2005
Attention, je vous écoute... (décidément, hier soir était un grand soir!)
Attention je vous écoute...
Bref, elle a commencé à 2 ans, je suis parti à 22...»
Patrick Belisle
Attention, je vous écoute... Spécial hockey!
François Bertrand-Prévost
(Illumination!) «(Au hockey,) Kovalev a inventé la passe!»
Patrick Belisle
(Pour rassurer les troupes) «Au hockey, y a toujours une troisième période.»
Un inconnu perspicace derrière nous
(Grand analyste) «Évaluer un joueur au hockey, c'est simple: moins il a de dents, plus il a du coeur!»
Moi
lundi 7 novembre 2005
¿Qué dicen?
vendredi 4 novembre 2005
Une petite histoire pour vous endormir
Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire de Michelle, la petite souris.
Michelle la petite souris travaille à temps plein dans une usine de comptoir en mélamine. Tous les jours, elle inspecte des imitations de marbre et de bois et d’autres matières inconnues pour quelques sous de rien du tout. Elle est mariée depuis longtemps à Gaston le gros rat, mais elle ne l’aime plus et désire de moins en moins secrètement le divorce. Il faut dire que Gaston le gros rat, grand avocat de réputation mondiale, ne lui fait plus l’amour depuis des années, refuse de lui payer des cours du soir, et ne lui laisse même pas quelques sous pour se payer un morceau de fromage une fois de temps en temps.
Un jour, Michelle la petite souris fait part à son gros rat d’époux qu’elle en a marre. Marre, marre, marre. Ce dernier, plutôt que de réviser ses positions, promet de payer les cours du soir de Michelle et lui achète des morceaux de fromage qu’il choisit lui-même, à condition qu’elle mette une grande photo de lui sur sa table de chevet, sur le mur de la cuisine et sur son t-shirt quand elle marche dans la rue, juste pour montrer aux autres combien tendre et amoureux et attentionné est son rat mari. Michelle, le cœur en diète depuis longtemps, se laisse bercer d’illusions quant à l’amour soudainement revigoré de son époux, et accepte le marché. Et voilà l’heureuse souris qui déambule dans la rue museau en l’air, poumpoumpoum, la photo de son mari sur son ventre gonflé de fromage bon marché.
Cette ruse de Gaston fonctionnera quelques années, jusqu’au jour où Michelle se rend compte que son mari refuse toujours de payer ses cours du soir, qu’il ne lui a pas fait l’amour depuis 10 ans si ce n’est que pour l’enculer, qu’il lui coupe la parole dès qu'elle parle en public, et qu’en plus, il prend quelques bouchées de chaque morceau de fromage avant de lui donner.
Alors, les Tout Petits, que fera Michelle la souris?
Elle pousse Gaston dans le caniveau? Elle le trompe avec un raton plus généreux? Elle divorce et devient lesbienne?
Noooooon!!
Elle engage un dispendieux avocat qu’elle paye de sa poche pour démontrer que son mari bouffe la moitié de son fromage.
À la fin, Gaston le gros rat se fera gronder avec un gros doigt devant le nez. Vilain Gaston! Vilain, vilain!
Voici, mes Tout Petits, l’histoire de Michelle, la petite souris.
La semaine prochaine, je vous raconterai l’histoire de la commission Gomery et du scandale des commandites…
…Quoi vous dites? Je viens de la raconter?...
mercredi 2 novembre 2005
Les oiseaux ne se marient plus
Toujours est-il que ce matin, en sortant de chez moi, la tuque de mon voisin m’a rappelé qu’il y a une fin à toute bonne chose, telles les randonnées en moto, et qu’avant de rouler dans la gadoue, il me vaudrait mieux remiser l’engin. Alors pour goûter une dernière fois cette année au vent sur mes joues, pour sentir cette fragile invulnérabilité au son de mon faux Harley, j’ai roulé quelques kilomètres dans les feuilles ocres avant de me diriger vers le garage où mon fier deux-roues hibernera (je sais, ma moto hiVerne, mais laissez-moi mes illusions sur la nature de ma bête…)
Au garage, sous une cinquantaine d’oies volant en V vers le sud, j’attendais pour discuter huile et batterie avec mon mécano près d’un papa motard et de son mioche grimaçant. Pour faire un peu la conversation, j’ai demandé au trois-pommes s’il avait vu le mariage d’oiseaux dans le ciel. Il m’a regardé comme si j’étais un débile léger:
- C’est pas un mariage, ils s’en vont dans le Sud…
Voilà. En 2005, les oiseaux ne se marient plus.
Aujourd’hui, j’ai perdu ma moto pour les cinq prochains mois, et la vie, un peu de poésie.
lundi 31 octobre 2005
Mémoire fragmentée
Philippe est assis par terre, contre le mur de sa chambre. Près de lui, une pluie de souvenirs jonchent le sol; des photos d’elle, des photos d’eux, des souvenirs en gouttes salées, une enveloppe remplie de mots trop durs pour être prononcés, et d’autres missives jamais envoyées, lettres mortes qui ne se rendront pas au destinataire, du moins pas en mains propres. Philippe repose par terre. Enfin. Sur le mur derrière sa tête fane une énorme fleur rouge, et dans sa main s’attiédit un pistolet lourd comme un soupir, cruel outil à creuser des trous de mémoire, des trous par où les souvenirs coulent lentement vers l’oubli. À cause de la gravité.
jeudi 27 octobre 2005
Plus personne ne meurt de vieillesse
- Maman, il est où monsieur Verreault?
- Au ciel avec madame Verreault.
- Pourquoi il est au ciel?
- Parce qu’il est mort de vieillesse.
- Ah.
Aujourd’hui, on ne meurt plus de vieillesse. On meurt de sarcome mésenchymateux, d'infarctus du myocarde, de pneumonie à infection pneumococcique. Ainsi, même très vieux, ce n’est plus normal de mourir. Il nous faut une raison, un rapport d’autopsie, une analyse de la défaillance. Puis on dit mon dieu, c’est con mourir d’une pneumonie alors qu’il n’a jamais fumé.
- Maman, il est où monsieur Verreault?
- Dans une urne vernie.
- Pourquoi il est dans une urne vernie?
- Parce qu’il est décédé des suites d’une thrombose veineuse profonde du fait d'une complication aiguë - une embolie pulmonaire tu vois - et d'une complication secondaire, le syndrome post-phlébitique. Ç’aurait pu être évité, mais bon, monsieur Verreault n’était pas fort fort sur les visites chez le médecin, et il se négligeait un peu…
- Ah. Il était con, monsieur Verreault…
Aujourd’hui, je viens de réaliser que j’aurai beau crever à l’âge de trois cents ans, jamais je ne mourrai de vieillesse.
J’aurais pourtant aimé ça.
mardi 25 octobre 2005
Devinette du mardi
Quand A. arrive au gym, B dit:
- T’es en retard. T’étais où?
C. laisse tomber, en relevant légèrement le bas de son pantalon:
- C’est pas joli joli, des bas noirs pour aller au gym.
D. chuchote en pointant du menton:
- Woupoupoup, regarde la fille avec le sweat suit blanc écrit «juicy» sur les fesses…
E. lance, le coin des lèvres un peu par en bas:
- Tiens, tu t’es fait couper les cheveux? Il était temps!...
F. ajoute:
- Pas très réussi... T'as pas cassé ton cochon pour ça, j'espère?
Et G. marmonne quelque chose d’inintelligible en se rongeant un petit bout de peau qui retrousse sur son index gauche.
Questions:
De A., B., C., D., E., F. et G., qui est de sexe masculin?
Qui sort avec qui?
Quel est l'âge du capitaine?
(La réponse à la fin des annonces classées)
vendredi 21 octobre 2005
Gestation des angoisses
Puis je croise le regard neuf d’un bébé, ses mains qui ne peuvent saisir qu’un doigt à la fois, ses pieds qui battent les airs de rage et de plaisir. Et pendant qu'il poursuit sa route avec ses dieux épuisés, je regarde le ventre de ma blonde qui commence tout juste à s’arrondir, et je souris.
lundi 17 octobre 2005
Le Goût du métal
À ce que les vieux racontent aujourd’hui, il fut un temps où il y avait des bancs de neige hauts de huit pieds, où l’hiver durait d’août à juin, et où la vapeur des mots tombait en glace par terre dès que ces derniers sortaient des bouches tant il faisait froid. Pour avoir une quelconque conversation, il fallait, sur le poêle, dégeler dans le bon ordre les blocs de vapeurs qu’on ramassait sur le plancher de la cuisine… Jean, comme tous les enfants de cette époque, marchait deux miles le vent de face pour aller à une école plantée au haut d’une côte. Au retour, le chemin, à nouveau en pente ascendante, s’étendait sur un bon mile de plus, sans compter que le vent était toujours de face. Pas d’automobiles pour faire paresseusement du ski-bottines, pas de ski-doo pour subir le coup de la corde-à-linge avec la clôture électrique du champs des Bergeron, rien. Juste une tuque des Canadiens et des botillons bourrés de gazette pour affronter les chemins enneigés et les froids du Cânâdâ. Ce n'était pas une époque pour les fluets, non madame. Ainsi était la dure vie en 1926.
C’est le 18 février de cette année que Jean apprit à zézayer. Il revenait tranquillement de l’école en kickant des bouses gelées en guise de rondelles de hockey. Tout était pittoresque: le paysage blanc-bleu, le chemin brun-pomme de route, et la goutte étincelante au bout d’un nez que Jean essuyait dans son foulard déjà raidi d’haleine gelée. Le petit marchait tranquillement vers la maison, mains nues dans les poches, gracieuseté de Boum-Boum Paquin qui lui avait volé ses mitaines. Il paierait demain, le petit saligaud. Pour l’instant, Jean tentait de rentrer se réchauffer près de la truie sans échapper en chemin un de ses doigts déjà gelés. Rendu à la maison, devant la porte d’entrée, Jean hésita à sortir les mains de ses poches pour tourner la poignée. Il se dit qu’il ferait bien de frapper avec ses pieds pour que sa mère, Émilie, vînt lui ouvrir. Mais Jean avait neuf ans et une idée géniale: pourquoi ne pas tourner la poignée avec sa bouche?
Je fais une pause-information pour mes nombreux lecteurs vivant dans des pays où deux centimètres de neige est une tempête, et où zéro degré Celcius est synonyme de cryogénisation: une langue chaude et humide se soude littéralement à tout objet métallique gelé. Une simple tirette de fermeture-éclair peut vous arracher un bout de lèvre en moins de temps qu’il n’en faut pour avoir l’air fou. Alors, imaginez une poignée de porte, une boîte aux lettres ou un poteau d’arrêt. Oui, oui, un poteau d'arrêt! L'être humain est tenté par bien des expériences pour cultiver le petit champ fertile de ses connaissances.
Fin de la partie instructive. Revenons au pauvre Jean.
Jean se rendit vite compte qu’il était douloureusement soudé à la porte par la langue dans une position qui n’avantageait pas grand monde. Il tenta de se tirer de là seul, mais rien ne vaut une papille gustative qui menace de se détacher pour faire entendre raison. La langue collée à la poignée, les mains toujours dans les poches, le pauvre bougre se décida d’appeler sa mère à l’aide. «À ’È’’!» «À ’È’’!» Rien. Sa mère n’entendait pas ses vocalises. Comme la première idée est souvent la meilleure, Jean entreprit alors de frapper à la porte avec ses pieds. Bang! Bang! Bang!
Maman Émilie arriva toute paniquée et vit son fils, penché devant la porte, la poignée dans la bouche. « ‘A’an!» cria-t-il, heureux à en pleurer. Émilie, qui n’en était pas à sa première situation saugrenue et qui avait vu neiger avec ses six autres enfants, n’était nullement impressionnée par les prouesses de son ainé.
- Qu’est-ce que tu fais là, petit niaiseux?!
Et elle tourna la poignée…
Si un jour vous rencontrez un vieux monsieur qui s’appelle Zean, vous comprendrez pourquoi il geint doucement quand il mange à la cuiller. Il a encore la larme facile, le pauvre.
dimanche 16 octobre 2005
Sociologie à 5 sous
Alors qu’autrefois je n’y voyais qu’une dynamique parentale parmi tant d’autres, aujourd’hui, je souris à ce merveilleux instant de sociologie familiale: aux réflexions féminines sur la propreté criées depuis la fenêtre de la cuisine, mon père renvoyait comme contre argument un simple tintement de monnaie du fond de sa poche, le sourire satisfait.
mercredi 12 octobre 2005
Attention, je vous écoute...
Un inconnu assis près de moi dans un bar, ébahi devant un but des Canadiens de Montréal montré en reprise à la télé.
lundi 10 octobre 2005
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Chère amour,… Non.
Julie,… Non plus.
Yo! Voilà.
Je crois que toi et… Non.
Depuis que tu m’as tromp… Non plus.
Ton odeur m’écoeure. Voilà.
On devrait se lais… Non.
J’espère que tu comp… Non plus.
Je couche avec ta soeur. Voilà.
En te souhaitant des jou… Non.
Adieu… Non
…en ce moment. Voilà.
Signé:
Ton Paulo… Non
Paul… Non plus.
[Rien] Voilà.
P.-S.
On verra pour le parta… Non
Laisse la clé sous le paillas… Non plus.
J’ai changé les serrures. Voilà.