dimanche 20 août 2006

La Dernière Mauvaise Blague d’Ephrem…


Fernand Gignac meurt d’une hépatite après avoir chanté toute sa vie
Donnez-moi cirrhose…

Salut Fernand!

mercredi 16 août 2006

La Paix d'Yvon

Yvon n’a jamais appris à haïr. On lui a montré à être conciliant et gentil, à trouver du beau dans chacun, à refouler ses frustrations, car tout était de sa faute toujours, de l’oncle pervers aux assiettes échappées. Petit, il était toujours un des rois mages dans la crèche vivante, sauf en troisième année, où il a incarné l’âne. Le surnom lui est resté. Yvon n'en voulait à personne même si le soir, dans son lit, il priait fort pour ne pas retourner à l’école le lendemain. Et un lendemain, il n’y eut pas d’école, car son père était décédé durant la nuit d’une étrange maladie. En 1950, les gens mouraient comme ça, sans avertir. Alors, l'orphelin de père n’est jamais retourné à l’école et s’est trouvé un boulot car il fallait bien que ses frères puissent aller au collège. Le matin du deuxième jour, un collègue a reculé son camion pour faire une blague à Yvon, occupé entre deux pare-chocs à décharger des marchandises. Le collègue n'a pas su arrêter la blague et Yvon s'est éclater un genou. Depuis, il marche en code morse, un petit pas, un trait, un petit, un trait, comme s’il tapait la lettre A de ses souliers. Mais Yvon n’en veut pas à son collègue, car il n’a pas fait exprès. Le collègue en a longtemps voulu à Yvon car par sa faute, parce que l’âne n’a pas eu le réflexe de s’enlever de là, il a perdu son boulot.

À l’hosto, personne n’est venu voir Yvon. Enfin si, une fois ou deux, pour la forme. Mais jamais longtemps car Yvon n’avait pas de conversation. Il souriait seulement, comme on lui avait appris. Il a ainsi eu tout son temps pour écrire des poèmes, des poèmes pour la paix qu’il les appelle, des trucs pleins de fautes calqués sur des prières prémâchées que les gens bien rabâchent sans y penser le dimanche matin. À sa sortie de l’hôpital, il a essayé de les vendre en frappant sur porte close après porte fermée. Certains lui criaient de se trouver un boulot, d’autres riaient de son initiative, tous gardaient leur monnaie pour eux. Et quand il s’en allait, les gens se disaient qu’il n’avait sûrement pas d’amis à être ainsi gentil, sans se douter à quel point ils avaient cruellement raison. Yvon n’avait qu’un centre d’accueil, où ses «amis» lui volaient ses chaussures la nuit. Les responsables le priaient de se défendre, de ne pas se laisser faire, mais c’était au dessus de ses forces, et ce n'était que des chaussures, après tout. Rien ne servait d'en vouloir aux autres qui devaient bien, quelque part dans un coin d'ombre, être gentils eux aussi.

Yvon n’a jamais fait de mal à une mouche jusqu'au jour où il mourut dans son lit. La seule chose qu'il avait eue, le cœur, aura flanché tôt. En trente-deux ans, Yvon n’aura jamais appris à haïr. Pourtant, ce n’est pas parce qu’on n'avait pas essayé de lui montrer.

mardi 15 août 2006

Attention, je vous écoute...

Voici le premier de mes «Attention, je vous écoute...» retrouvé dans de vieilles notes:
Alors qu'elle tâtait un tablier en caoutchouc pendant un labo de chimie:
«C'est fait en tire de pneu!»
Josée Goulet, 1985
(bien que je n'ai pas revu Josée depuis plus de 15 ans, elle me pardonnera ce billet, j'en suis sûr!... Menfin, je l'espère. (si jamais elle me lit!))

Trouvés sur les tablettes...

Chez le disquaire:
Les 20 Plus Grands Succès sexys de Gainsbourg, remasterisés en 20 bits.
(sic!)
...20 glands succès!


À la pharmacie:

Lotion hydratante d'Oil of Olay... sans huile!
...et à peine un peu de olay.

samedi 12 août 2006

Écriture automatique, ou le désorde fait à moitié

Rien. Rien à dire sur rien. Des jours à guetter, encourager, souligner, photographier des manifestations subtiles de progrès énormes. Ça me laisse du temps libre par salves de cinq minutes, une barbe de deux semaines, une moto qui prend racines. J’en perds mon calendrier. Et voilà qu’un ami me secoue, me réveille, m’annonce que les cours sont dans moins de 10, que je n’ai aucune idée des livres que je mettrai à l’étude. Habituellement, ma tête de prof sort des nuages dès le premier août. Cette année, rien. Même pas de légère panique. Comme si j’étais sur les bêtabloquants : l’adrénaline n’a plus d’effet. Le cœur en métronome, au rythme d’une toune country. Quand la lumière passe au jaune, je n’accélère plus. Je boirais des liquides dans le même verre assis sur le même balcon pendant des jours pour regarder la vie passer. J’ai à peine le goût d’écrire. D’ailleurs, pendant que j’écris ce n’importe quoi, je m’arrête régulièrement pour regarder fixement la touche J. Pour rien, parce que. J. D’ailleurs, c’est qui l’idiot qui a placé les lettres dans cet ordre sur les claviers? Pourquoi avoir arrêté en chemin et ne pas avoir placé les chiffres du dessus en désordre? 2 7 0 8 1 3 9 6 4 5 genre. Et personne ne dit rien. Tout le monde suit. Et moi, à cause de ce bordel institutionnalisé, je suis à la veille de me taper un de ces maux de tête puisque mon clavier est usé, que les touches e, a, s, d, c, i et n y sont presque complètement illisibles, effacées, usés par mes coups de doigts. Mais je m’en fous un peu. Beaucoup même. Parce que j’ai cette impression étrange que tout est immuable mais la certitude du temporaire. Comme si j’étais propriétaire d’un café sur le chemin de Compostelle, comme si j’étais de ces gens qui voyagent dans le regard des autres, qui encouragent leur recherche et qui, tous les soirs, verrouillent la porte avec ce bonheur tranquille propre à ceux qui, à défaut d’avoir trouvé, ont cessé de chercher. Parce que chez-moi, il y a des yeux neufs, parce que chez-moi, ça sent le bébé.

jeudi 10 août 2006

Attention, je vous écoute...

«C'est tout arrangé depuis la fin des temps...»
Virginie Larivière

Attention: les temps sont finis; on vivrait donc dans une sorte de post-scriptum temporel...

mardi 8 août 2006

Inventé de toutes pièces...

Quelqu’un peut-il dire aux Français qui vivent au Québec que «piastre» est un mot français, attesté depuis 1595, - même le Robert le reconnaît comme unité monétaire canadienne en langage familier - et que leur pseudo correction «pièce» ne veut rien dire?

Ça me coûte 20 pièces? De 10 sous? De 25 sous? D’échecs? De théâtre?
Piasssssssss, criss!! Qu’ils prononcent piasTRE si ça leur chante, m’en fous, mais qu’ils arrêtent de gentiment me corriger comme si j’étais un débile léger.
Le prochain, je le jure, je le mets en piastres…

lundi 7 août 2006

Les Catastrophes de tous les jours

Tout à coup, un enfant. On a pourtant rien fait de bien différent de ce qu’on a fait des centaines, voire des milliers (ouf!) de fois auparavant. Mais cette fois, il y a un enfant au bout. Rien de tel pour réaliser notre prodigalité : le gaspillage de vie à coups de cuiller à thé dans le bout d'un condom, dans des trompes vides ou dans de vieux Kleenex.

Depuis, il m'arrive de parfois penser à la bataille de chaque gamète contre ses congénères, contre les aléas utérins, contre le temps, pour simplement gagner un concours de circonstances. Et s’il y a succès, fécondation, il restera les avortements, spontanés ou pas, les malformations, les cordons en nœud coulant, les naissances difficiles, les maladies, les parents fous, les voisins déments, les accidents de voitures, les drains de piscine mal entretenus. Les chances qu’un spermatozoïde devienne adulte, animal ou humain, sont infinitésimales.

Pourtant on est nombreux à s’entasser au cinéma et sur l’autoroute 10. On est plein de miracles anodins à s'ignorer dans le métro…

**

Ce matin, sur le trottoir en bas de l’escalier, un oisillon gisait, mort sur le ciment usé. Pas même assez vieux pour avoir ne serait-ce qu'une plume. Le vent l’aurait fait tomber du nid durant la nuit. Plusieurs verront dans ce trépas à mi-course un cruel incident, une chute malencontreuse, une quelconque sélection naturelle. Le nouveau père en moi y a vu une catastrophe écologique.

jeudi 3 août 2006

Sourires de pluie

Le ciel s’est déchiré alors que nous marchions coin Mont-Royal et Christophe-Colomb. Partout, soudainement, des gouttes comme des verres d’eau, en quantité suffisante pour avancer à la brasse. La plupart ont fui à l’abri, mais quelques-uns, dont nous, ont ralenti, la tête en arrière, la bouche au ciel, telle une pub de bière pour ados lubriques. Tous savouraient cette trêve à la canicule, tous se souriaient comme dans les villes de carton des mauvaises comédies.

Nous avons profité de l’ondée et laissé le bon temps couler. Même la petite semblait se délecter, la tête sous le pare-soleil de la poussette mais les jambes sous la pluie, huit doigts dans la bouche. Les feuilles des grands arbres sur Brébeuf dessinaient des vagues comme le blé dans les champs, et les quenouilles plantées sur Mont-Royal tentaient maladroitement d’en faire autant. Aux coins des rues se dessinaient torrents et océans, si bien que j’ai été contraint d’enlever mes sandales devenues trop glissantes. Nous devions avoir l’air d’une bande de nature freaks en mal de contact avec l’asphalte chaud qui imposaient leur zen hobby à leur enfant.

C’est le t-shirt collé aux pectoraux et la jupe lourde que nous sommes arrivés à la maison. Le belette n’avait pas fini de goûter ses doigts. Sur la corde à linge, j’ai étendu culottes, permis de conduire et billets de vingt, tel un faux monnayeur de cinéma. Il m’a fallu éponger un peu partout; l’eau s’était infiltrée dans les couches et par la fenêtre laissée ouverte à notre départ. Pendant que Dame V. changeait de vêtements en chantant et que la petite tentait toujours d’élucider l’énigme de ses doigts, je me disais qu’on oubliait trop souvent de laisser les fenêtres ouvertes, qu’il y a des fuites qu’on ne doit pas colmater, que les averses ne sont pas toujours des dégâts.

mardi 1 août 2006

Attention, je vous écoute...

«Les fumeurs jettent leurs magots n'importe où...»
Yves Rondeau

C'est pour ça qu'il coûte cher fumer!

dimanche 30 juillet 2006

Attention, je vous écoute...

Alors qu'il mettait la touche finale à un plat digne d'un grand restaurant:
«Il ne reste qu'une lime. Va falloir rationaliser...»
Guillaume Vigneault

vendredi 28 juillet 2006

Suite et fin de l'aventure

Après enquête (j'ai mis tous mes hommes sur le dossier), c'est en face d'un python royal que nous sommes tombés plus tôt cette semaine. Adulte, il atteint une taille de 1m20 à 1m50. Il semblerait que la bête soit gentille, mais n'en demeure qu'elle tue, par constriction, des proies aussi grosses que des lapins. Et comme ma fille est un belette...

Voici, la branche en moins, l'allure de notre visiteur:


La prochaine fois, j'appelle Brisebois, consulte Wikipédia et prends un scotch avant de sortir la pelle... Haaaaa... Et puis non, je sors la pelle PUIS j'appelle Brisebois pour le scotch.

mercredi 26 juillet 2006

Le Dr Dolittle et la brique

Lundi soir. On revenait d’une visite rustique et familiale les bras chargés de couches, de biberons et d’autres accessoires devenus indispensables. À travers les sacs, je trouve deux doigts libres pour déverrouiller la porte d’entrée puis je dépose la petite endormie dans sa banquette amovible à l’intérieur du portique, le temps de dépaqueter la voiture, de ranger les vêtements, et – profitons du sommeil profond – d’appeler mes parents pour planifier la visite du lendemain. Pendant que je discute au téléphone, la petite ronfle presque dans son siège déposé à même le sol. Entre les bla bla, je regarde la chatte s’en approcher, étrangement craintive. Intrigant; ce n’est pas dans ses habitudes de craindre le belette, surtout quand elle dort. Puis je réalise que la chatte ne regarde pas la petite, mais quelques dizaines de centimètres derrière, le long du mur de l’entrée… Un serpent!

Je bafouille un truc à ma mère, raccroche avec une promesse inintelligible de rappel, et explique du mieux que je le peux la situation à Dame V. qui, dans la pièce à côté, a le réflexe de déplacer le siège de la petite vers Tombouctou pendant que je réussis à piéger la bête de près d’un mètre cinquante entre les deux portes de l’entrée. Comment…?

Soudain, j’y pense : mon voisin du haut, le charmant musicien sans local de pratique autre que son salon au dessus du mien, possède des boas. Un se serait échappé de son vivarium pour se faufiler dans un trou puis ressortir par un joint mal foutu dans mon portique, un étage plus bas. Heureusement que le voisin en question est parti pour l’été car ce soir, il mangerait du boa pilé.

Mais ça ne réglait pas notre problème. Comment se manipule cet animal qui, au plus épais de son corps, a la circonférence de mon poignet? Ma conscience et la semi maîtrise de la menace m’interdisait l’usage de la brique ou de la pelle. Après un appel et quelques minutes d’attente sont arrivés deux policiers que j’ai accueillis en sortant par la fenêtre de chambre; monsieur SPCA devait suivre sous peu. Les deux constables étaient bien impressionnés par la bête que l’on voyait se pavaner par la fenêtre de la porte; ils blaguaient, se faisaient rassurants, mais malgré leur taille, les gants, les vestes pare-balles et les matraques, aucun d’eux ne se portait volontaire pour jouer les Dr. Dolittle. Finalement, c’est à l’aide d’un lasso à chien, d’un sac à ordures, d’une boîte de carton et d’un rouleau complet de ruban pour scènes de crime que la bête fut maîtrisée, emprisonnée, emballée. Monsieur SPCA n’a eu qu’à ramasser le paquet.

Avant de partir, les policiers sont allés s’assurer que les autres reptiles dudit voisin étaient toujours dans leur cage et, en effet, la grille refermant la plus grosse de toutes était béate.

Depuis, Dame V. et moi oscillons entre le rire du loufoque de la situation et les envies de meurtre. Et si le boa s’était retrouvé dans le lit de la petite? Et si nous lui avions marché sur la queue cette nuit? Et si…

J’ai réussi à apaiser Dame V., qui dort en ce moment. Moi, j’ai joué tout cela «à la cool», mais plusieurs heures plus tard, en ce moment, l’adrénaline me tient toujours réveillé…

Près de la porte, je garde maintenant une brique. Pour le voisin.

lundi 24 juillet 2006

Les Enfants riches et le clown

Je viens de passer la dernière semaine un peu à l’écart, question de retrouver ma nature propre en bonne compagnie. Avec une Dame V détendue, une petite saoule d’air des bois, des amis au rire facile et au nez dans les bouquins de vacances. Ensemble on passait nos journées à regarder les familles de canards nager devant nous, nos soupers à trinquer à la vie, nos soirées tamisées à jouer aux cartes dans un chalet plus grand que tous les appartements où j’ai habité depuis 15 ans réunis.

Sur le lac, des enfants riches tournaient en rond en monoski ou sur des tubes dignes de parcs d’attractions, tirés par des bateaux de 75 000$ qui consomment plus d’essence que le Centre Bell de bière, pendant que tranquillement, même loin d’eux, leurs vagues grugeaient la berge. Ces mêmes enfants riches qui, jumelés sous les parasols, jasaient force de moteur, valeur de propriété et revenus boursiers en scrutant l’horizon comme des visionnaires. Je ne pouvais m’empêcher de penser que selon la société qui m’entoure, ils représentent la réussite. Soupirs. Je n’appartiens pas au même monde et je vis très bien avec ce constat. Cette semaine, par mimétisme je suppose, j’ai pourtant un peu essayé; je n’ai réussi qu’à perdre mes lunettes dans le fond du lac, à blesser mon orgueil en tombant constamment de mes skis nautiques, à m’écraser le cartilage des genoux sur un trampoline extérieur et à me briser la dernière phalange du petit doigt en jonglant avec des boules de pétanque pour faire rigoler des enfants. Dans un cirque, je serais le clown avec le feu au cul.

Mais le matin du dernier jour, sur le miroir du lac aux aurores, entre deux bancs de brouillard, est passé une chaloupe. Je pouvais entendre l’effort du bois sous chaque coup de rames. Au centre de la baie aux canards devant notre chalet, le marin d’eau douce s’est arrêté pour souffler un peu, pour humer le calme, pour savourer la fraîcheur, Quand il m’a vu debout sur le quai, il m’a salué de la tête, petit coup de menton discret vers le bas, le visage épanoui de celui à qui appartient la vie pendant que les réussites refont le plein d’essence, puis il a repris son doux labeur pour disparaître dans un nuage à fleur d’eau. Dans les arbres derrière moi chantait une tourterelle triste.

Hier soir, je suis rentré à Montréal en sachant très bien qui j’étais.
Je suis une barque un matin d’été.

dimanche 16 juillet 2006

Pour quelques ours...

Je pars dans le nord quelques jours, question d'aller flatter quelques ours.
Je vous laisse sur ce mot d'étudiant qui date un peu (l'étudiant, bien sûr...)

«Ses textes me sont perçus comme des sources d'aisance.» A.H.

En espérant que mes écrits vous fassent le même effet.

mercredi 12 juillet 2006

Denis aux larges goulots

Denis vit seul dans un appartement semi-meublé que son propriétaire avait osé décrire comme un trois et demi dans le Journal de Montréal. Il vit seul, alors il boit pour deux, parle pour deux, rit deux fois plus fort que les étranges qui viennent le voir à la fin du mois, quand les temps, comme le pain, deviennent durs, quand les chèques rebondissent. La police apparaît à coup sûr pour négocier une paix fragile, une paix gelée comme une balle avec de l’herbe qui sent le persil, une paix qui disparaît dès la première mauvaise joke. Denis connaît plein de mauvaises jokes.

Le reste du mois, personne ne vient le visiter. Pas de petite amie, pas même une naine, ni d’indécollables amis d’enfance, ni d’enfant illégitime surgi d’un soir particulièrement brumeux et aviné, personne. On le croise pourtant toujours joyeux, toujours avenant, toujours prêt à s’entretenir pendant des heures avec la première oreille généreuse ou le premier caractère trop poli pour couper court entre deux phrases. Denis le sait trop bien et il ne court pas de risque, il parle sans point jamais; quand il raconte une anecdote ou plusieurs, c’est d’une traite, sans pause, sans trêve, avec des liens où il n’y en a pas, avec des «j'va dire comme c'te gars...» et des «comme dirait l'autre...». Il parle tant qu ça lui prend des heures juste pour se rendre au dépanneur au coin de la rue. Il ne va jamais ailleurs.

Ses voisins le reconnaissent de loin, l’évitent, changent de trottoir ou feignent d’avoir oublier de fermer le rond chez eux. Alors Denis leur crie de loin, tente de tisser des liens, de faire des blagues, et il fait croire qu’il a aussi des ronds à fermer chez lui, lui qui n’en a aucun.

Pourtant, quand il revient chez lui et qu’il ferme la porte derrière lui, Denis pousse un soupir de soulagement et s’ouvre d’immenses bouteilles de bière à large goulot. Il raconte sa journée à la petite photo de sa mère sur la télé, lui décrit les travers de ses voisins, lui expose ses plans pour la soirée, ses vides à combler. Plus tard, plein comme une outre, il s’endormira en pleurant un peu.

mardi 11 juillet 2006

Je n'ai pas dit ce que j'ai dit...

Alors qu'il était en Haute-Autriche, M. Charest a dit à TV5 que le Québec a les moyens de devenir un pays indépendant. Pour ne pas que les méchants souverainistes québécois tirent avantage de ces propos, Stéphane Dion a senti le besoin d'aider M. Charest avec ce commentaire: ««Bien sûr qu'on est capable d'être indépendant, qui doit en douter?, lance celui qui est candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada. Quand on voit la pauvreté de la grande majorité des États indépendants, on met la barre très basse quand on se demande si on est capable d'être un État indépendant.»
Façon un peu malhabile de dire que Charest raconte n'importe quoi...

Quand on voit l'argumentaire de la grande majorité des chefs de parti, on met la barre très basse quand on se demande si on est capable d'être un chef de parti...

(Oui, oui, je sais... Quand on dit mettre la barre très basse, c'est pour sauter par dessus et non passer en dessous... Il m'arrive aussi de dire n'importe quoi...)

lundi 10 juillet 2006

La Vie de la marmotte

4h14 – La petite pète, suce bruyamment son poing, fait des Heu! Heu! Je fais semblant de ne rien entendre; j’ai l’espoir ridicule qu’elle se rendorme… Je me dis que c’est au tour de Dame V. Elle m’assure que c’était son tour à 23h30 la veille…
4h33 – La petite pète toujours, suce toujours son poing avec vigueur, commence à chigner… J’abdique. Je calcule sommairement les heures de répit. Le résultat est digne d'un taux d'intérêts de compte d'épargne stable;
4h34 – Mon petit orteil s’écrase contre le cadre de porte. J’étouffe un cri. Je tente d’arracher le cadre de porte. Sans succès. Dame V me demande, endormie, ce que je fais là;
4h36 – Le journal fait pock en frappant la porte. Le livreur est en retard ce matin. De toutes manières, je n'ai pas lu le journal d'hier, ni celui d'avant-hier, ni l'autre... Il faudrait bien que j'annule cet abonnement, ne serait-ce que par soucis écologique;
4h37 – Je réchauffe un biberon. La sonnerie du micro-ondes me réveille;
4h38 – Je m’installe au salon avec mon belette fripon (c’est son nom d’amour). Elle sourit, puis soudainement, elle pleure. Glop! la tétine entre les gencives;
4h39-5h3 – La petite se nourrit, le regard saoul. Le neu’ chassant le vieux, j’espère efficaces les barrières anti-fuites… Je combats le sommeil. Je perds au troisième round;
5h4 – Elle somnole, gavée. Je tente sans succès de la faire roter. Je lui montre comment. Elle rit...
5h8 – On change la couche. Je chante des chansons idiotes où les rimes comptent pour rien. Je suis Lynda Lemay. La petite semble se marrer. Le plus fort, c'est son père...
5h10 – Je la berce un brin. Elle s’endort. Moi aussi. On se couche…
7h11- La petite pète, suce son poing…

jeudi 6 juillet 2006

Épi-b-logue

Patrick Dion est celui qui m’a poussé à ouvrir ce blogue. Pour le défi, le partage, le plaisir. Ça lui a pris plus d’un an à me convaincre. À l’époque, la communauté de blogueurs montréalais n’avait que trois rues et une dizaine d’adresses. Tout le monde se connaissait, se fréquentait dans cette affiliation marginale aux allures incestueuses. Il faisait partie du lot sous le nom de Newkur. Il avait déjà l’âme du missionnaire, de celui qui voulait faire découvrir la vitrine accessible qu’est le blogue. Il était le premier à défendre les bons coups et les travers de ce groupe de moins en moins communauté, de plus en plus univers. Il l’est encore avec son émission de radio sur les ondes de CISM.

Il a déménagé quelques fois (ici, là, ailleurs...) et après les appellations pas toujours contrôlées Newkur et Dipat, Dion a choisi de dévoiler son vrai nom. Il a gardé sa bouille de frondeur, son majeur levé comme signe de victoire sur la morosité, son bagou souvent impoli mais toujours rafraîchissant. Et parmi ses paroles coups-de-poing, il y a toujours eu une tendresse authentique. Il est surtout un ami généreux, authentique, franc, qualités précieuses en ces temps de fard, de maquillage, d’image.

Il a décidé de cesser de nourrir son blogue. Il n’a pas tout effacé, comme le font souvent ceux qui mettent fin à leur blogue comme d’autres se suicident. Il est tout simplement passé à autres choses. Parce qu’il n’y a pas que les chips qui sont croustillantes…

Brisebois donne à Patrick Dion deux semaines avant de revenir
. Moi je lui donne une bine sur le tatou, comme les gars qui ne savent pas se faire la bise.

samedi 1 juillet 2006

Avec le gars des vues

Pour les ceuses qui aimeraient bien savoir de quoi j'avais l'air en 1990, on me voit présentement dans la bande annonce de «Drôles de vidéos» à l'antenne de TVA. Je suis celui qui reçoit un jet d'eau en plein visage lors d'une partie de golf.

Je n'ai cependant jamais été un joueur de golf; à l'époque, un certain Guy Cloutier me payait pour réaliser de faux vidéos pour une émission française intitulée «Mordus de la vidéo» ou quelque chose du genre. Depuis, mes vidéos ont été diffusées en France, ov courze, mais aussi au Québec, aux É-U et en Afrique du Sud pour une pub de Toyota. Si je pense au chèque que j'ai reçu à l'époque pour ces vidéos, je crois que quelqu'un quelque part s'est fait avoir...

Eh oui, pour ceux qui croyaient en l'authenticité de toutes ces vidéos, voyez-moi désolé de défaire vos illusions, mais ce n'est que dans l'ordre des choses en ce jour où des journalistes aussi sérieux que Daniel Lessard font la promotion du fédéralisme canadien sur les ondes de Radio-Canada et où notre pluss-meilleur-toute pays organise un défilé militaire pour fêter.

Plus j'y pense, plus j'ai peur de comprendre ce que ces chars ont d'allégoriques...

mardi 27 juin 2006

Huile, acide et autres fuyants fluides

En bas de l’escalier, sur le bord du trottoir, attend ma moto, ce petit bout d’insensé, de semblant d’indépendance, d’éternelle adolescence sur des voies asphaltées toutes tracées et planes, entre les lignes blanches qui s’écalent par bouts. La moto attend que j’aie quelques minutes pour une odeur d’ancienne vie. J’ai une moto depuis mes 18 ans, moi qui ai, comme Dalida, deux fois cela aujourd’hui.
Ma moto attend, car j’ai le temps libre abondant et rare à la fois, car le siège arrière n’est plus suffisant depuis deux mois, car la menace des pare-chocs est devenue tangible, car même Superman se casse le cou. En attendant, elle ne requiert presque rien : que je huile la chaîne au mois, que j’éloigne les araignées souvent, que je parte le moteur quelques fois pour garder chargée la batterie de ma fausse liberté.
Dimanche soir, on m’appelle. Invitation pour quelques heures entre amis, entre volutes, rires et houblon. Dame V. m’assure que tout est sous contrôle, que le père peut jouer les ados quelques heures, à condition de ne pas sentir le fond de tonne au boire du matin. J’embrasse femme et enfant, prend cuir et casque pour ensuite enfourcher ma moto. Je glisse la clé dans le contact, je tire le levier d’embrayage, et pour quitter la terre, comme Bardot, j’appuie sur le starter…
Rien.
Je refais le manège clé, neutre, embrayage, starter…
Re-rien.
Dimanche soir, un bout de mon ancienne vie qui ne requérait pourtant qu’un coup de gaz une fois de temps en temps avait la batterie à terre.

samedi 24 juin 2006

May I take your order?

Montréal downtown, petit resto asiatique. Soupebol pour ne pas le nommer, sans doute la version améliorée de l’ancien resto Soupe-assiette qui, pour des raisons évidentes, a fait faillite…
On s’assoit et un grand Asiatique vient nous porter des menus fripés. Sans nous regarder, il nous lance le Hi! un peu froid du commerçant qui en voit trop. Je ne m’habitue pas à me faire recevoir en anglais dans ma ville… On lui renvoie un Bonjour! clair pour qu’il comprenne qu’on parle français, mais ça semble peu l’affecter. Quelques minutes plus tard, notre grand serveur au regard fuyant revient nous voir :
- May I take your order?
Seconde de malaise.
- Pardon?
Patient, il répète :
- May I take your order?
Il y avait un son de gifle dans cette répétition. Pourquoi sommes-nous restés? On avait faim, j’imagine, ou une âme missionnaire…
- Est-ce que tu parles français?
Alors, sans s’impatienter, sans trouver la demande bizarre ou déplacée comme le pensent plusieurs marchands du centre-ville, notre sympathique garçon de table répète dans un français impeccable :
- Vous êtes prêts à commander?
S’il n’avait pas parlé français, ça m’aurait fâché, mais qu’il le parle très bien et qu’il insiste pour imposer l’anglais, ça me les a coupées.

À la fin du repas, monsieur Soupebol est revenu nous voir :
- Are you finish?
En effet, on était pas mal finis. On est partis en parlant une langue qu’il connaît bien : 25 sous de pourboire sur une facture de 20$...
Have a nice St.John the Baptist pareil.

vendredi 23 juin 2006

Un bébé, ça vous apprend tant de choses...

Avoir à donner le biberon à un enfant entre 3h et 6h du matin, selon le bon vouloir d’un estomac sans fond, me permet d’écouter la télé (pas câblée... c’est pas parce que je vis sur le plateau que je suis nécessairement branché) et ainsi de m’instruire…

Depuis le début de ces nuit biberonnées, j’ai appris que le livre Jésus 2006 de Sylvain Charron est la suite logique (sic!) du best seller Jésus 2005; que je peux me construire des abdos de la mort en faisant semblant de boxer; que je peux maigrir du ventre ou des cuisses ou des fesses (au choix) avec un coussin chauffant; que si j’échappe des écrous sur mon tapis, je peux les ramasser avec ma balayeuse Swiffer truc-truc plutôt que de sortir ma balayeuse industrielle lourde et bruyante, ou pire, de me pencher comme avant; que je peux écouter tous les hits des années 70 que je n’ai jamais entendus de ma vie pour seulement 4 paiements faciles plus les frais de port et manutention, le dit port devant être dans l’océan Indien si je me fie au prix demandé; que si je me fie à son teint de plastique, Kenny Rogers est décédé en 1998; qu’à 4,99$ la minute, une tireuse de cartes devinera si je suis un homme ou une femme et me prédira invariablement un nouveau boulot pour trrrrrrès bientôt; que les nouvelles d’une journée se résument en quinze minutes sur LCN (en passant, merci super-hélico TVA pour m’avoir permis de suivre les gros VUS noirs de Madonna sur l’autoroute entre l’aéroport et le centre-ville…); que les filles des lignes érotiques ont quinze ans et parlent dans des téléphones de maison argent sans fil branché dans le petit trou pour la connexion depuis un studio rempli de coussins, un bateau qui ressemble à un quai flottant ou, les coquines ont lu dans mes fantasmes, un terrain vague de Laprairie où elles étirent leur élastique de culottes… Grrrrrr….

Par-dessus tout, la tétée de nuit m’a permis de constater que 150 ml de lait permettent à un bébé d’engraisser de 100 grammes et d’étirer de 2 millimètres, produisent assez d’énergie pour faire battre les pieds dans les airs pendant 1 heure, et se transforment en 500 grammes (soit environ 8 couches) d’un cottage jaune-vert et nauséabond. À part le macaroni au fromage orange avec bout de saucisse à hot-dog, je ne vois pas ce qui peut battre cela. Avec de tels rendements, on devrait sérieusement penser au lait maternisé comme alternative à l’essence…

mardi 20 juin 2006

Un peu de tout, beaucoup de riens

Une goutte de pluie sur une feuille d’arbre un peu sèche, du miel sur une cuiller de bois, une brise sur la peau moite, une samare dans une coin du carré de sable, un os dans un jardin, le coussin d’une patte de chat, un glaçon dans un verre de limonade, une goutte de caramel sur le bout du doigt, une île de sucre sur la mousse du café, les lumières d’une piste d’atterrissage, une station-service l’aiguille sur le E, une botte de foin dans un champ d’août, l’aiguille dedans, une ampoule nue dans un entrepôt, une dent en or dans le sourire d’un Chilien, un verre de scotch un soir tiède, un phare un soir aveugle, l’appel d’un ami un soir de corne de brume, son sourire quand elle ouvre les yeux et qu’elle m’aperçoit.

mercredi 14 juin 2006

Lapsus calami pharmaceutique

Sur les boîtes de pilules anticonceptionnelles, cet avertissement:
Gardez hors de portée des enfants.

Je crois qu'ils voulaient dire:
Garde hors de portée les enfants.

mardi 13 juin 2006

Actualité

«L'amiral américain Harry Harris a affirmé que [les] suicides [de trois prisonniers de la prison de Guantanamo] ne constituaient pas un acte de désespoir, mais un acte de guerre contre les États-Unis et leurs alliés.»

Avertissement: Après le briquet et le coupe-ongle, la corde, le crochet à plafond et le petit banc ont été ajoutés à la liste des armes terroristes à la frontière américaine. Les armes personnelles, la bêtise et l'égocentrisme demeurent légaux.
Keep on rockin' in the free world...

samedi 10 juin 2006

Gheu!

Hier soir, après l’heure du boire, ma fille est là, lasse, repue, occupée à digérer sans trop régurgiter. La tête calée dans le creux de mon bras, elle me regarde de ses billes bleutées. Je lui fais des gouligoulis, rien de bien original. On est vendredi, après tout.
Puis entre deux coups de doigt sur le menton, Romane arrondit les lèvres, se concentre et fait : gheu! Un gheu guttural, à mi chemin entre le «gheu» et le «ghâ», un gheu qui ne veut rien dire mais qui m’est destiné. Je réponds un oui vaguement intéressé, comme il sied à un père un peu fatigué.
Elle me renvoie son gheu...
-Bah oui...
-Gheu!
-...
-Gheu!
Ça a duré un bon cinq minutes. Gheu! Non! Gheu! Ah oui? Gheu! Tu blagues? Gheu! T'en as parlé à ta mère? Gheu!...
Cinq minutes de discussion avant que la lourdeur de ses paupières ne l’emporte sur tout.
Alors que Jérémy rêve de s’entretenir avec le Pape, pendant que des ingénieurs de la Nasa envoient des sondes remplies de chansons d’Elvis pour jaser avec E.T., moi, assis dans ma cuisine, j’ai parlé pendant cinq minutes avec la vie.
Je n’ai aucune foutue idée de ce qu’on s’est dit.
Enfin, si. Mais je ne vous dis pas.

jeudi 8 juin 2006

De quessé ce que tu dis? The Séquelle!

Suite à mon dernier billet, plusieurs lecteurs éplorés m’ont prié d’éclaircir certaines expressions. Sous cette pluie de courriels, une lumière au bout du tunnel de ma mission sur cette planète s’est allumée : Daniel, éclaire la langue de tes pairs! C’est avec cet objectif en bouche que je poursuis ici mes chroniques De quessé ce que tu dis? C’est rien, ça me fait plaisir, vous me remercierez plus tard.

Parmi la pléthore de missives reçues, une a retenu mon attention. Elle est signée Gabrielle et je vous la lis de ce pas décidé et plein d’assurance qu’est le mien (bon, d’accord, je vous la transcrits, parce que ce blogue m’impose des limites dans lesquels j’hésite rarement à ruer):

Cher gourou de la langue,
Je vous lis depuis huit ans et toujours je vous trouve génial, articulé,
(bla, bla, j’en passe, parce que hein, j’aurais l’air de me vanter de même…)
Je me demandais si vous ne pourriez éclairer ma lanterne car ma chandelle est morte et je n’ai plus de feu au sujet de l’expression Lâche pas la patate.
Merci, très cher
(bla, bla…)
Signé : Philippe (Gabrielle était sûrement trop timide pour mettre son vrai nom, mais je l’ai reconnue).

N’est-ce-t-il pas triste? Ce candide besoin d’aide ne vous arrache-t-il pas l’alarme? Moi si, et c’est en essuyant les perles de tristesse sous mes yeux rageurs que je que je fonce dans l’ignorance dans le but de la déstabiliser.

Si mon souvenir est bon, c’est à Marieville en 1745, lors de la première rencontre des Chevaliers de Colomb, que l’expression naquit, non sans douleur. Lors de cette rencontre, l’idée d’initier les nouveaux membres germa dans l’esprit lucide de ces petits frères de l’Opus Dei et ces lointains cousins des Tailleurs de pierre et des Bisons des prairies (groupuscules érudits dont on peut voir les caricatures-hommages dans les Simpson et les Pierrafeu).
Pendant la suite d’épreuves qui composaient l’initiation proposée, les désireux pré-comlombiens devaient : traverser sans respirer le ruisseau Saint-Louis à son endroit le plus large (soit près de la rue Dupont, où il mesurait près de 13 coudées de large), attraper une famille de rats musqués avec les dents, le corps couvert de goudron et de plumes, courir nu toute une nuit devant le couvent des sœurs grises un soir de moustiques, et se nourrir pendant deux semaines de cette fameuse tourte steak et blé d’inde… sans patates! Pas à dire, on savait s’amuser à l’époque! Mais pour rendre le tout plus difficile, on devait garder en main une patate durant toute la durée de l’épreuve et la rendre intacte au jury à la fin. Il fallait voir le village entier crier aux preux wannabes: «Lâche pas la patate, et escoue tes vieilles pattes!» Notre folklorique langage ne garda de cette époque que le début de ces encouragements.

Ah! Juste d’imaginer la scène me rend nostalgique…

Les rares qui réussissaient l’épreuve devenaient illico Chevaliers de Colomb et, le meilleur de la flopée obtenait le titre de roi et le droit d’installer une roulotte en bordure de la route. Encore aujourd’hui, on peut voir des traces de cette histoire de cheu-nous en moult villages, où il reste quelques vaillants chevaliers pour garder à flots leur roulotte avec cet écriteau sur le toit : Le Roi de la patate.

D’ailleurs, pour confirmer les liens que les esprits les plus éveillés parmi les vôtres ont pu discerner avec l’Opus Dei, les Chevaliers de Colomb ont aussi leur Da Vinci Code qui livre un message secret. Les premières lettres de chaque chapitre du livre Salut Galarneau! forment l’expression «Le roi du hot dog», mais personne n'est dupe, c'est bien des Chevaliers de Colomb dont il est question de! Comme quoi, hein.

mardi 6 juin 2006

De quessé ce que tu dis?

Ne reculant devant aucun défi pour vous instruire en vous divertissant, voici ma nouvelle chronique : De quessé ce que tu dis?

Cette semaine : d’où vient l’expression «à tire-larigot»?

Cette expression veut dire en grande quantité, mais son passé est obscur, du moins l'était, puisque je suis là pour éclaircir les énigmes de la langue française, et tout cela, gratuitement et sans obligation de votre part (aucun représentant n'ira chez-vous).

Selon des linguistiques qui disent un peu n’importe quoi, l’expression viendrait de la ville de Québec, vers le milieu du 18e siècle, en avril 1612 pour être précis. En cette année de grâce, Elizabeth Hoover (ancienne fermière de Rigaud où elle cultivait des roches qu’elle essayait – sans succès - de vendre au marché dans des sacs à patates, pourtant fort populaires dans la gastronomie de son Angleterre d’origine) et son mari Klaus Hahihanhanproutfrrr (poète d’origine hongroise qui laissa pour seule œuvre la chanson C’est eeeeeeen r’venant de Rigaud, Hahihanhanproutfrrr…) s’installèrent dans la basse ville. Rapidement, le couple fut connu du voisinage sous le nom des Rigaud pour leur bonne humeur et leur tourte steak-blé d’Inde-roche.

L’année suivante, soit en 1623, une terrible inondation menaça de noyade les habitants de la basse ville et de rouille le funiculaire. C’était sans compter le dévouement de la grosse Hoover qui, par peur de voir ses réserves de roches pourrir dans le sous-sol, assécha le quartier en aspirant l’eau avec une paille pour la recracher en aval. La regardant faire, le voisinage s’écria, muet de stupéfaction : «A’ tire, la Rigaud!»

N'êtes-vous point aussi muets d'instruction maintenant?
Ne me remerciez pas, c'est normal que je sache des trucs que vous ignorez.

À bientôt pour une autre leçon de De quessé ce que tu dis?

jeudi 1 juin 2006

Soupirs

Parfois, dans l’amas de textes aux sujets éculés – l’avortement, les cellules souches, la peine de mort, etc. – un étudiant à l’humour noir parvient à faire sourire :
«Lorsqu’il y a des problèmes avec la chaise électrique, cela peut prendre plusieurs chocs avant que le condamné ne pousse son dernier soupir, qui doit être de soulagement.» A.B.

mardi 30 mai 2006

Une Histoire banale

Il était 14h14, il devait faire 73 degrés Celsius avec l’humidité, malgré l’ombre, et mes cuisses collaient ensemble quand elles se frôlaient. J’avais les deux pieds sur le garde-fou, pas tant parce que j’étais au dessus de mes affaires que parce que ma galerie est un étroit corridor qui aboutit sur un cabanon rouillé. Je préférais lire face à la ruelle.

Près de moi, dans un mini transat en plastique jauni, dormait ma fille. Trois semaines, cinq jours, 182 cacas. Elle poussait des petits sons dans son sommeil, elle levait parfois les bras sans raison, elle éternuait aussi, pitchi!, si délicatement qu’il tenait de l’impossible que ce fusse efficace. En douce, j’ai scruté pour la millième fois ses plis de bras, ses ongles de doigts, ses petits orteils recroquevillés. J’ai passé un doigt en plume dans ses cheveux de plus en plus roux, sur son oreille, sa joue. Elle a souri. Contagieuse. Au loin, des enfants jouaient à la tag. Je suis retourné à mon livre, à la page 63 d'une histoire banale.

C’était hier. Il était 14h14, il devait faire 73 degrés Celsius malgré l’ombre. Le bonheur est passé sans s’annoncer.

vendredi 26 mai 2006

Ultime Délicatesse

Patrick marchait sur la rue principale du village St-Truc. Il ne se rappelait le nom du village, mais c’était le genre de place où les voitures manquaient d’essence sur le bas-côté lors des balades dominicales. Patrick marchait un bidon rouge à la main, vers une station d’essence.

En passant devant la petite église en bois peint un peu défraîchi, Patrick ne put s’empêcher d’aller y jeter un œil curieux. Il y avait un enterrement. Depuis le parvis, il pouvait voir une trentaine de personnes qui marmonnaient une prière que seul le curé semblait connaître. Puis une femme est sortie en sanglots, le visage dans les mouchoirs. En évitant Patrick, ses talons glissèrent sur le bois vermoulu. L’instant d’un éclair, bien malgré lui, Patrick devint voyeur et vit que la dame portait un slip noir sous sa jupe. Patrick se dépêcha d’aider la pauvre à se relever. Une fois debout, celle-ci ne leva pas les yeux et repassa sa jupe avec ses paumes. Elle souffla un remerciement gêné au bon samaritain, replaça son chapeau, et continua vers le stationnement.

Patrick trouva touchante cette femme qui poussait le deuil, ultime délicatesse, jusqu’à son slip.

jeudi 25 mai 2006

Petits travers de travaux...

Voici un florilège bien incomplet de perles trouvées dans les travaux de mes étudiants. Je ne nomme point leurs auteurs, mais sachez que je ne les aime pas moins, bien au contraire...

Autour de Flora Balzano :
«Elle débute par nous mettre en contexte avec sa mère.»
Ma mère était un jour de juillet 1945. Elle pleuvait.

Autour de Marie-Hélène Poitras :
«La jument est devenue malade après avoir indigesté trop d’avoine et d’eau chlorée.»
Ça lui apprendra à ne pas modester!

«Tranquillement, elle apprend vite sur le monde pervers du "modeling".»
Elle apprend vite mais il faut lui expliquer longtemps.

«(…) un jeu de magie vendu lors d’une ventre de garage.»
Pour digérer les pâtés de maisons.

Autour d'Anna Gavalda :
«Ce livre a probablement été réussi.»
On va vérifier…

«(…) on a tous besoin d’amour, qu’on ne l’admette ou pas.»
Allez, ne l'admettez!

«Passionnée dès un bas âge par les bandes dessinées, elle reçut une éducation de base dans une institution dominicaine pour jeunes filles.»
Ça lui apprendra à aimer les bédés!

Autour de Patrick Brisebois :
«Il a passé plusieurs mois à regarder des livres d’auteurs qu’il aimait pour tenter de s’en inspirer, mais en vain.»
Il fallait les ouvrir et les lire, mais on ne lui avait jamais dit…

«Il faut lire le chapitre pour comprendre ce que le titre de celui-ci signifie.»
Maudit que c’est long lire un livre dans ce temps-là…

Autour de Guillaume Vigneault :
«Les images littéraires donnent un clin d’œil particulier.»
C’est ce qu’on appelle le style racoleur!

«Il se sent perdu et commence une dépression d’amour.»
Ce genre de dépressions annonce toujours la pluie.

«Il utilise des métaphores d’avion pour décrire ses sentiments.»
Ça vole haut!

Autour d’autres sujets :
«Il a une idée racinée dans sa tête.»
Mais il est dur de la feuille…

«Il y a plus d’une centaine d’années que les femmes existent.»
Elles furent créées pour remplacer les peaux de mammouths, devenues rares…

«Les multivitamines sont importantes pour prévenir certaines maladies comme la prévention des maladies.»
C'est bien beau la prévention, mais il ne faut pas en faire une maladie...

«À un certain âge, le corps s’affaiblit dès l’âge adulte.»
Ça arrive vers cet âge-là, le certain âge…

«Personne n’est obligé d’avoir un corps extrêmement sculpté, mais au moins un en bon état physique et mental.»
Moi, j’ai un corps trop sculpté et en piteux état mental…

«La grossesse des adolescences n’est pas juste un problème émotionnel, physiquement ou mentalement.»
La grossesse des adolescences finit par l’accouchement d’enfances – c’est bien connu - mais c’est un problème physiquement émotif.

«La multinationale Wal-Mart s’enfoue des autres.»
Autrefois, les marchands s’enfouaient moins des gens.

lundi 22 mai 2006

jeudi 18 mai 2006

Les Gens denses

Depuis que Bernard a délaissé flotteurs jaunes aux bras, bouée au dos et autres canards à la taille, il tente de faire l’étoile, de flotter sans efforts à la surface des eaux. Sans succès. Il coule immanquablement, doucement, pieds premiers, le laissant après quelques secondes le cou cassé par en arrière à la recherche d’un peu d’air, alors que d’autres ondoient sans problèmes pendant des heures comme des otaries soufflées d’hélium. Après vingt ans d'essais, force lui est d’admettre que son père avait raison, qu’il y a des corps plus denses que les autres, qu’il y a des gens qui devront toujours nager, battre des membres, se débattre pour rester à la surface, ne pas sombrer.

jeudi 11 mai 2006

Les Fabricants de souvenirs

On a tous, tapis dans un coin de notre âme, des odeurs, des images, des sons qui parfument nos souvenirs d’enfance, des fragments d'un quotidien révolu élus au titre de souvenirs selon des critères qui échappent à toute logique. Ma mère qui prépare le dîner en sifflotant du Joe Dassin; un air de Roger Whittaker entre les feuilles de la grosse plante du salon; cette latte du plancher qui craque, la sixième en partant du pied du lit; cette même latte qui m’annonçait que ma mère venait m’embrasser pour une nuit pas d’puces, pas d’punaises; mon doigt sur l’arête de cette tuile cassée près du robinet du bain; les marmonnements incompréhensibles de mon père qui discutait avec son bois dans l’établi; la fois où de colère il avait fait un trou dans le mur de l'entrée avec son poing; le parfum de la sciure de bois, de la soupe aux légumes, du veston bleu marine de mon père, du col en opposum du manteau de ma mère… Même si je visitais toutes les chaumières de toutes les familles du monde, jamais je ne retrouverais ces souvenirs. Tout cela n’existe plus. Ils sont pourtant là, juste là...

Ce matin, en allant voir ma petite grenouille, une latte inévitable, près de son lit, a craqué. J’ai alors réalisé que je lui fabriquais des sons, des odeurs d’enfance. Lesquels retiendra-t-elle? La tâche m’a paru lourde alors qu’elle est fort simple; on n’a qu’à faire semblant d’être occupé à autre chose.

dimanche 7 mai 2006

Des chiffres et des comptes (#1 pour 2)

2/5/2006, 11h30, Aile A, #732, 2.
2cm d’ouverture, 40% effacement, perfusions, 60ml/heure, contractions aux 4 min. Douleur 3/10. 1h. Puis 2h. 3 cm. 6/10. 3h. 9/10. 4h. 10/10. 3cm. 16h. Aux 2 minutes 30. Toujours 3 cm. Un souffle, l'autre souffre. On ne veut plus compter, on ne veut plus jouer. Mais l'aiguille tourne. 10/10 revient. 11/10 si ça se peut. 19h. Aiguille épidurale. T12, L1, insertion. 20h. 1/10. 21h. Décompte des moutons. 7e ciel. 22h. On s’en fout toujours. 32 z. Zzzzz. 23h30. Médecin qui compte manger poulet passe. Check point. Tête à 2 cm. Le #4 pour 2 sera froid. 23h50. Poussée. 72ml/heure.
3/5/2006, 0h8, Aile A, #732, 3.
7 livres 14, 20 pouces (parce que je suis vieux et que les gens se pèsent encore en livres et se mesurent en pouces dans ma tête), premier souffle, puis 2e, puis 3e…
Cette nuit-là, on a tout compté.
Sauf la magie.

vendredi 5 mai 2006

Retours à la maison

Nous sommes à la maison depuis ce matin. On apprend tranquillement à marcher sur les lattes qui ne craquent pas, à évoluer entre la jalousie du chat et cet énorme calme après 48 heures d'hôpital, cet incroyable calme... La vie se déroule par sprint de quelques minutes puis reviennent les boires et les couches, moments où tout s'arrête... Je me suis découvert des gènes de pieuvre, d'organisateur et même de chanteur (hum!)... Gageons que ma fille me priera d'écrire bientôt!

À tous, merci sincère pour les souhaits.

(Coyote: change de photo, ça fait peur à ma fille!)

Et, je suppose qu'il faille le noter, notre choix s'est arrêté sur Romane. Le plus beau système digestif (houla, elle mange puis zoup!), le plus beau des coffres à soucis, ma fille. Il paraît qu'elle me ressemble. Cette ressemblance, ce petit bout de pérennité, m'empêche parfois de fermer l'oeil la nuit. Surtout quand elle dort, quand elle ne fait que me ressembler...

mercredi 3 mai 2006

Leçons d'un accouchement

Suite à cette expérience, j'offre:
aux femmes, tout mon respect;
à Dame V, (outre tout mon amour) toute mon admiration;
à ma mère, toutes mes excuses.

***

Désolé, je serai laconique:
depuis minuit 8, elle est.

lundi 1 mai 2006

Dérive

«Rien. Nada. Mer d’huile. Partout autour, l’océan plat. La proue du bateau pointe vers l’Islande cachée derrière l’horizon. Ce même horizon cache l’Afrique à tribord, l’Amérique à babord. Vents à zéro et voiles baissées. Pourtant le GPS indique une vitesse d’un nœud. Le Gulf Stream, la dérive nord-atlantique, un courant de fond caché sous le miroir. Assis à l’avant, les pieds ballants, je guette la bise. Je devrais savourer ce sel, mais au fond de moi se chamaillent une vague inquiétude pour les réserves d’eau potable et une crainte sourde que de l’autre côté de ce miroir nous attende une tempête…»
(extrait – modifiable - d’un roman à venir)

Depuis quelques jours, le téléphone s’est tu. On n’ose plus demander de nouvelles. Impression désagréable de surplace. Mais il y a ce nuage à l’horizon, cette promesse de provocation de demain, qui assure que tout a une fin, et que, forcément, tout a un commencement. Enfin.

mardi 25 avril 2006

Avant le souffle

À la porte se bousculent des étudiants. C’est la litanie des maladies asymptomatiques, des faux billets de médecin achetés au noir, des grand-mères qui décèdent inévitablement deux jours avant les examens, des virus informatiques brutaux et autres chiens affamés pour justifier les travaux non remis, les examens manqués. On me supplie, on me jure que c’est la première fois. Un vague mal de tête rôde. Plus tard, dans le corridor, je serai Bozo si j’ai accepté, Hitler si j’ai refusé. Aujourd’hui, je mène le IIIe Reich…

Sur le bureau, un vieil ordi fatigué, trois piles de travaux à corriger, une tasse de café qui trône sur un cerne vieux comme le cégep. J’en prends une gorgée pour la recracher aussitôt. Les Finlandais ont un dicton qui dit que le café froid rend beau. Moi, ça me donne des goûts d’invasions. Je cherche des yeux une Pologne. Où sont les Polognes quand notre jour est venu pour marquer l’Histoire?

Dans mes poches, des clés séparés en trousseaux différents. Je ne mélange pas celle de l’auto, celle de la maison et celles du collège. Fort pratique pour chercher ses clés trois fois plus souvent au cours d’une journée. Fort pratique pour s’impatienter.

Sur la table basse, des chemises jaunes pleines de Post-It, de rappels, d’indications pour ceux qui me remplaceront à pied levé quand le téléphone m’annoncera l’ouverture des barrages, la perte des eaux, l’inondation. Alors, j’irai souffler à l’hosto. Ici, pour l’instant, l’air est à la fois léger et lourd. Je suis au feu rouge, et dans l’autre sens la lumière est jaune depuis un moment déjà.

Personne ne m’avait dit que 9 mois en duraient 10, que «d’une seconde à l’autre» signifiait interminablement, que la vie mettait tant de temps avant de respirer.

dimanche 23 avril 2006

Mon pathos, ce n'est pas mon pathos, c'est l'envers...

Pour ceux qui ont manqué la genèse du tollé, vendredi dernier, Émilie Dubreuil, une chroniqueuse (pas une journaliste, nuance) à la radio de Radio-Canada, faisait un portrait du côté sombre des blogues (et qui dit sombre sous-entend qu’il y a un côté plus clair). Basée principalement sur les témoignages éloquents de Catherine Voyer-Léger et de Bertrand Hall, la chronique mettait au jour ce que d’aucuns savent : sur les blogues, il y a de forts égos qui vivent par et pour le succès de leur blogue, que ce dernier est parfois leur unique médium de socialisation, qu’il y a un je-ne-sais-quoi de pathétique à exposer sa vie sans censure sur le Net et à attendre la réaction de lecteurs anonymes, et que de disgracieux et malsains règlements de compte parfois très personnels y foisonnent.

En réponse à ce portrait peu flatteur mais ô combien réaliste, quelques blogueurs ont remis en question les compétences journalistiques de Dubreuil, ont souligné qu’ils ne sont pas centrés sur eux-mêmes tout en se demandant pourquoi on ne leur a pas demandé leur avis sur la question, et ont attaqué personnellement, à mots à peine couverts, les deux blogueurs du reportage en les traitant pratiquement de pathétiques collabos d'un vague complot anti-blogues de la société d’état…

CQFD.

Intéressant de voir à quel point les mécanismes de défenses de certains blogueurs ont fortement réagi à ce portrait.

En psychologie, on appelle ça du déni.

mercredi 19 avril 2006

Les Mauvais Amis

Je suis un mauvais ami. J’appelle peu et j’oublie souvent les évènements importants. Je tiens mes promesses cependant, mais je le sais et je promets très peu. Je ne suis pas prometteur.

J’ai la chance extraordinaire d’avoir des amis compréhensifs, qui pardonnent habituellement mes manques, pallient mes faiblesses, poussent sous le paillasson mes lacunes. Des amis que je vois des fois souvent, parfois moins qu’avant, parce que la vie. Des amis qui appellent, qui invitent le temps d’une bière, qui donnent des petits cadeaux, comme ça, de même, parce que, parce que pour eux, Noël n’est pas toujours à la même date.

Des amis qui sourient quand je les croise. Pas des sourires hypocrites, des vrais, des contents, des sans prix. Des amis qui rient de mes travers, qui signalent mes égarements, mais sur qui je peux m’appuyer en cas de coups durs. Des amis assurance tous risques. Des amis qui me relisent, repèrent mes erreurs, soulignent mes jolies tournures, m’enrichissent. Des amis qui ajustent la vitesse, le focus, l’ouverture. Des amis lunettes, des amis objectif. Des amis qui m’appuient, soulignent mes bons coups, affichent mes forces comme des bulletins sur la porte du frigo.

J’ai surtout l’honneur d’avoir des amis à qui je pardonne les manques, les faiblesses et les lacunes. Des amis que j’invite le temps d’une bière et à qui je souris quand on se croise. Pour vrai.

J’ai cette immense chance d’avoir des amis imparfaits. Les meilleurs.

lundi 17 avril 2006

Reflux

Fin de semaine en forme de brunchs familiaux. Mon foie s’est retrouvé enseveli sous les croissants cholestérolés, les cafés trop tard en matinée, les verres de vin trop tôt, les fromages coulants et les pâtés de bêtes trop jolies pour être mangées sous d’autres forme que chocolatées. Mais tout cela était sous le signe de la bonne humeur, des retrouvailles rassurantes malgré tout, des derniers jours avant la paternité.

La fin de semaine s'est terminée dans la quiétude de l’appartement redevenu silencieux. Vers les 22h, je suis allé verrouiller la porte en me disant que je ne sortirais pas ce soir; j’étais un peu fatigué, j’avais ce vague brûlement d’estomac et je voulais rester écrasé dans mon sofa à regarder la télé éteinte. Dehors marchait un adolescent. Il avançait avec cette foi aveugle en la vie qu’on a à quinze ans. Quand il m’a vu dans la porte, il a fait semblant de me reconnaître et m’a trop chaleureusement salué avant de disparaître en riant au coin de la rue.

C'est moi ou la vie m'envoie un message?

mardi 11 avril 2006

Comptes rendus

Décompte des jours, décompte des heures. On compte dans nos têtes, on compte sur la pleine lune qui elle, compte pour des prunes. Un compte à rebours impossible où zéro peut être ce soir, demain ou la semaine prochaine. Une sorte de compte à rebours de quart-arrière. 82-7-24… Hop! Hop! Hop! Comme quoi tout ne commence pas à zéro, comme les décollages de fusée ou les courses de sacs à patates.

À défaut des jours, on compte lentement les centimètres d’ouverture. Mais on ne compte toujours goutte...

Dans nos insomnies, en place des moutons, on compte les pas, ceux qu’on fera mille fois, qui séparent la chambre du salon, la chambre de la chambre, le lit du rêve, le rêve cerné, le rêve qui refuse de s’endormir. Heureusement.

Dans ces insomnies, je me retrouve au pied du berceau. Je tourne la clé du mobile et des lames de métal butent sur les bosses d’un barillet, jouent une mélodie pour endormir les petits, pour faire rêver les grands. Puis je me rends compte que je suis devant un lit vide depuis quelques minutes déjà. Des minutes que je ne compte pas.

Pendant que Dame V dort pour deux, respire pour deux, vit pour deux, je compte, je tiens compte de nous. 1, 2…

Demain, peut-être, en fin de compte, jusqu’à 3.

lundi 10 avril 2006

Un Tour de taxi sur le siège avant

Parfois, il est bon de se faire raconter la vie vue depuis le rétroviseur.
Taxi!

Pour prendre le pouls, lisez 12 heures en taxi et laissez monter le compteur...

Un must.